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Prix Nobel de Littérature : L’Afrique a-t-elle été oubliée ?

Rachelle Tape | | Litterature

Le constat est clair : avec seulement cinq écrivains africains honorés du Prix Nobel de Littérature depuis 1901, l’Afrique se trouve en retrait derrière l’Europe et l’Amérique du Nord. Des questions persistent quant à la représentation des écrivains du continent dans cette prestigieuse récompense littéraire, mettant en lumière des défis de visibilité, de langues, et de légitimité.

L’annonce du lauréat du Prix Nobel de Littérature, Jon Fosse, par l’Académie suédoise, jeudi 5 octobre met en évidence un déséquilibre persistant. Avec seulement cinq écrivains africains parmi les 119 lauréats, les voix du continent restent sous-représentées, soulignant un défi continu de reconnaissance.

Wole Soyinka, Naguib Mahfouz, Nadine Gordimer, John Maxwell Coetzee et Abdulrazak Gurnah sont les seuls Africains à avoir été honorés jusqu’à présent. Une réalité que Elara Bertho, chercheuse au CNRS spécialisée dans les littératures africaines, considère comme limitée par rapport à la richesse littéraire du continent.

L’attente autour de Ngugi Wa Thiong’o, jamais récompensé malgré sa renommée, soulève des interrogations sur la diversité des langues et des perspectives qui sont souvent omises. Des écrivains tels que Boubacar Boris Diop et Ben Okri, pourtant espérés chaque année, restent exclus du cercle des lauréats.

L’universalisme proclamé du Prix Nobel de Littérature est critiqué par certains, soulignant un eurocentrisme dans la sélection des œuvres. Sami Tchak, écrivain togolais, suggère que la profusion d’écrivains remarquables en Europe et en Amérique explique cette disparité. Pour Elara Bertho, c’est le résultat d’une longue histoire d’invisibilisation des littératures africaines.

Un autre facteur frappant est la prédominance des langues européennes parmi les lauréats africains. Sur les cinq écrivains récompensés, quatre écrivaient en anglais et un en arabe littéraire. La francophonie, bien que représentée, « est réduite à la France », selon Elara Bertho.

Sami Tchak souligne également le manque de maisons d’édition puissantes en Afrique, forçant les auteurs du continent à dépendre des grandes maisons d’édition européennes. Cette dynamique renforce un système de légitimation centralisé, selon la chercheuse, qui appelle à des prix littéraires en Afrique et à une autonomisation des maisons d’édition.

La question de la visibilité des langues africaines est également soulevée, avec des appels à reconnaître la richesse de la littérature écrite dans des langues telles que le swahili et le wolof. La traduction, bien que cruciale, soulève des défis, comme l’explique Sami Tchak, illustrant le besoin d’une validation autonome en Afrique pour briser les dominations symboliques.

En fin de compte, la question persistante est de savoir comment les écrivains africains peuvent s’affranchir des limitations actuelles pour obtenir une reconnaissance mondiale indépendante de leur origine géographique et linguistique.

Rachelle Tape

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