Il aura fallu attendre près d’un demi-siècle pour voir Ébinto quitter les pages du livre. Jeudi 15 octobre 2026, au Pathé Cap Sud de Marcory, le public abidjanais a découvert l’adaptation du roman d’Amadou Koné, signée Luc Gnepa, et lui a réservé un accueil chaleureux.
Entre rires, émotion et reconstitution minutieuse des années 1970, le film s’annonce comme l’un des rendez-vous marquants du cinéma ivoirien de cette rentrée, avant une première internationale prévue au Grand Rex de Paris.
Une adaptation financée à 90 % par des capitaux locaux
Le détail a son importance. Selon les informations relayées par la presse ivoirienne, Ébinto a été produit à 90 % grâce à des financements locaux, un chiffre rare pour une production de cette ampleur. Derrière le projet, on retrouve Charly Kodjo et son Instant2Vie Studio, en coproduction avec NCI (la Nouvelle chaîne ivoirienne).
Ce pari d’un cinéma racontant le pays avec ses propres moyens n’est pas nouveau. La productrice Yolande Bogui l’affirmait déjà avec la série Cacao, quand elle expliquait avoir voulu mettre en scène l’or brun ivoirien, en s’inspirant de ces industries sud-africaines qui placent leurs propres richesses au cœur de leurs fictions.
À l’écran, Ephraïm Oka incarne Ébinto, entouré d’Armande Lô, qui joue Monique, et de Maud Guerard, dans le rôle de Murielle. Le scénario est signé Gauz, de son vrai nom Armand Patrick Gbaka-Brédé, écrivain, photographe et scénariste né à Abidjan en 1971.
Quarante jours de tournage pour retrouver les années 1970
Le film a été tourné du 24 mars au 15 mai 2025, soit quarante jours de production. L’équipe a dû reconstituer des décors d’époque pour redonner vie à l’univers du roman, une exigence qui se ressent dans l’ambiance générale, selon les spectateurs présents à l’avant-première.
Dans la salle, les réactions ont fusé. Les spectateurs ont ri, applaudi, puis se sont laissé gagner par l’émotion à mesure que l’intrigue avançait. Les ministres de la Culture et de la Francophonie, Françoise Remarck, et de la Communication, Amadou Coulibaly, ont également félicité l’équipe du film.
Une histoire de jeunesse qui parle encore à celle d’aujourd’hui
L’intrigue tient en quelques mots. Quand Murielle part étudier en France et que Monique annonce sa grossesse, la vie d’Ébinto bascule. Un récit de choix, de responsabilité et de conséquences, que le roman a longtemps porté auprès de milliers de jeunes lecteurs.
Les producteurs insistent sur la portée sociale du projet, dans un contexte où les grossesses en milieu scolaire restent un sujet brûlant. Luc Gnepa résume l’ambition du personnage en une phrase, « ébinto n’est pas juste un personnage, c’est le reflet de l’Afrique en transition ».
Cette volonté de faire dialoguer un classique et la jeunesse actuelle tranche avec le constat dressé il y a neuf ans, quand les professionnels réunis lors de Clap Ivoire en 2017 plaidaient pour la reconquête d’un public éloigné des salles, certains exploitants affirmant même ne jamais programmer de films ivoiriens.
Du Cap Sud au Grand Rex, la suite du parcours
La sortie est annoncée dans les salles du Pathé et du Majestic d’Abidjan, avant une étape à Bouaké. Le Pathé Abidjan, multiplexe de six écrans inauguré en mars 2024, offre un cadre moderne à cette sortie nationale.
Le Majestic n’est pas un inconnu des comédies made in Abidjan. En 2023, il accueillait déjà la comédie de course-poursuite du Camerounais Jean-Pierre Bekolo, tournée dans les rues de la capitale, preuve que le public local répond présent quand l’histoire lui ressemble.
Rendez-vous ensuite le 29 octobre 2026 au Grand Rex, à Paris, pour la première internationale d’Ébinto, en présence de l’équipe. Une vitrine de choix pour un film qui veut prouver qu’un classique de la littérature ivoirienne peut séduire bien au-delà d’Abidjan.
Innocent KONAN