Après des mois de tests menés à la demande de l’État, la Côte d’Ivoire s’apprête à franchir une étape attendue depuis longtemps par ses créateurs de contenu. Les autorités ivoiriennes et des représentants de Meta ont fait le point, le 1er octobre 2026 à Abidjan, sur les résultats de ces essais, jugés concluants, avant l’ouverture officielle d’un dispositif de rémunération directe pour les producteurs de contenus locaux.
Concrètement, les créateurs ivoiriens pourraient bientôt toucher des revenus versés directement par les plateformes du groupe américain, en plus des revenus déjà générés par les partenariats de marque et les opérations commerciales. Les modalités précises d’accès et de rémunération restent cependant encore à définir.
Une économie qui existait déjà, mais sans cadre officiel
Sur le papier, la nouveauté tient surtout à la formalisation d’un système que les créateurs ivoiriens les plus en vue avaient déjà, d’une certaine manière, inventé eux-mêmes. C’est le cas de cet étudiant ivoirien installé aux États-Unis, devenu en quelques semaines l’un des créateurs TikTok les plus suivis du continent grâce à ses directs nocturnes, où les cadeaux virtuels offerts par ses fans se convertissent directement en argent réel. Un modèle de monétisation informelle qui a prouvé, bien avant l’arrivée d’un programme officiel, qu’une audience ivoirienne pouvait générer des revenus substantiels sur les plateformes numériques.
Meta dispose déjà, sur Facebook, d’un programme permettant aux créateurs éligibles de toucher une rémunération sur plusieurs formats de contenus, calculée notamment selon la performance de leurs publications. Reste à savoir dans quelles conditions ce dispositif sera adapté au marché ivoirien, un point que le groupe n’a pas encore détaillé.
Un marché numérique en pleine expansion
Si Meta s’intéresse de si près à la Côte d’Ivoire, c’est que le terrain y est particulièrement fertile. Selon les données de DataReportal, le pays comptait 13,4 millions d’internautes en octobre 2025, soit un peu plus de 40 % de la population. Les propres outils publicitaires de Meta évaluaient de leur côté à 8,4 millions le nombre de personnes potentiellement atteignables sur Facebook dans le pays à la même période.
Cette audience grandissante n’a d’ailleurs pas échappé aux créateurs internationaux eux-mêmes. La tournée africaine qui a conduit l’un des créateurs de contenu les plus suivis au monde jusqu’en Côte d’Ivoire en dit long sur le poids que représente désormais le pays dans l’économie numérique du continent, un rayonnement que l’arrivée de la monétisation officielle pourrait encore accentuer, cette fois au bénéfice des talents locaux.
Un chantier engagé depuis plusieurs mois
Le dossier n’est pas né du jour au lendemain. Dès février 2026, le gouvernement avait entamé des discussions avec la Haute autorité de la communication audiovisuelle sur la monétisation des contenus numériques, avec l’objectif de permettre aux créateurs et à l’ensemble de l’économie créative de mieux tirer parti de leurs productions. Cette ambition figure aujourd’hui parmi les priorités du Plan national de développement 2026-2030, qui entend renforcer à la fois les activités numériques et les secteurs créatifs du pays.
Reste une question que la structuration du secteur devra inévitablement affronter, celle de la traçabilité des revenus. Elle s’est d’ailleurs déjà posée de façon concrète, quand les autorités ont ouvert une enquête pour déterminer l’origine des fonds exhibés dans une vidéo par un influenceur ivoirien parmi les plus suivis du pays, alors placé en détention le temps que la justice établisse la légalité de ses activités. Un épisode qui rappelle qu’une économie des créateurs plus formelle, avec des revenus mieux identifiés et mieux déclarés, pourrait aussi bénéficier à la crédibilité de tout un secteur encore jeune.
Pour l’heure, la prochaine étape consiste à préciser les conditions d’ouverture du dispositif avant son officialisation. Les créateurs ivoiriens, eux, n’attendent plus qu’une chose, savoir combien et comment.
Firmin Koto