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M. Adama Konkobo, Président d’ Africadoc « L’Africadoc est la lumière d’une jeunesse »

Raymond Alex Loukou | | Cinéma

Africadoc est le réseau des professionnels du cinéma documentaire, créé en 2001 par Ardèche Image de la France, Dakar Image du Sénégal et LX Films du Portugal présent dans 15 pays africains. Ce réseau favorise la production de films documentaires sur l’Afrique par les africains car jusque là ces films étaient le fruit d’un regard externe. A travers ces résidences de formation, les Masters 1 et 2, les rencontres Louma de Saint Louis, le réseau milite pour une professionnalisation du cinéma documentaire en Afrique. Africadoc c’est aujourd’hui plus de 50 films produits à travers la collection Lumière d’Afrique, plus de 50 jeunes formés et professionnels en Afrique. Présente à Ouaga lors de la 23ème édition du Fespaco, la section ivoirienne d’ Africadoc n’ a pas du tout chômé. Nous avons rencontré à cet effet M. Adama Konkobo, Président d’ Africadoc (Côte d’ Ivoire ) pour avoir de plus amples informations sur le mobile de sa présence à cette grand-messe du cinéma africain.

Qu’ est ce qui justifie votre présence à la 23ème édition du Fespaco ?

Nous sommes ici à la 23ème édition du Fespaco avec une trentaine de jeunes cinéastes ivoiriens qui dans la majorité sont à leur premier festival. Nous avons voulu à travers ce convoi en partenariat avec ARTIVISTE leur offrir la possibilité de rencontrer d’autres jeunes passionnés de cinéma et de pouvoir échanger avec des professionnels du monde entier. Le Fespaco est le plus grand rendez-vous du cinéma en Afrique et c’est là que les décisions importantes concernant le cinéma se prennent et c’est aussi le moment de confronter les oeuvres produites.

Etes-vous satisfaits de contacts que vous avez eu durant le festival ?

Nous sommes satisfaits des contacts que nous avons eu lors de cette messe cinématographique. En effet nous avons rencontrer Mme Leguenou, Directrice de Canal+Afrique avec qui nous avons échangé sur la politique de coproduction de la chaîne Canal et surtout de la politique de promotion du cinéma ivoirien par cette télévision, nous avons également pu discuter avec M. Coffi Charlemagne et Gerard Essamba respectivement consultant international et ancien Directeur du fonds audiovisuel de l’OIF et acteur camerounais qui a joué dans beaucoup de films ivoiriens. Nous avons enfin échangé avec M. Boris Kasowski, attaché audiovisuel régional du Ministère des Affaires Etrangères français résidant au Burkina -Faso, avec lui nous avons parlé de la formation de cinéastes ivoiriens. Nous avons des contacts avec d’autres cinéastes africains.

En terme de retombées qu’avez-vous obtenu ?

Ce voyage a été profitable à la délégation. Nous avons obtenu la première résidence de formation Africadoc de la Côte d’Ivoire, chaque année le réseau Africadoc organise 4 résidences et cette année en septembre une résidence d’écriture aura lieu en Côte d’Ivoire, c’est une bonne nouvelle car c’est une opportunité pour ces jeunes de voir leurs projets de films documentaires aboutir, ensuite des acteurs ont obtenu des pré-contrats pour des films au Bénin, au Niger et au Burkina Faso. Des producteurs ont noué des contacts pour des coproductions avec des collègues africains. Nous pensons que les retombées sont réelles et contribueront à la consolidation du cinéma ivoirien.

Qu’ est-ce que votre association fait concrètement pour l’émergence du film documentaire ?

Comme nous l’avons dit Africadoc organise 4 résidences de formation chaque année, à cela il y’a le Master 1 à l’Université de Niamey et le Master 2 à l’Université de Saint Louis, ce sont des formations universitaires sur la réalisation du cinéma documentaire. Africadoc, c’est aussi le Louma et le Tënk de Saint Louis. Louma est en wolof et signifie marée alors que Tënk veut dire pitch dans cette même langue. Ce sont des rencontres de vente de films documentaires et de coproduction de films, les projets développés pendant les résidences sont présentés à des producteurs et diffuseurs africains et européens en vue de créer les conditions optimales de production. Aujourd’hui Africadoc c’est plus de 50 films documentaires produits et diffusés sur des chaînes de télévision, c’est plus de 50 jeunes africains formés.

Pensez-vous que le film documentaire est délaissé au profit du film de fiction ?

En Afrique, force est de reconnaître que la fiction a pris le pas sur le documentaire. C’est une évidence. Les cinéastes croient plus à la fiction qu’au documentaire alors que malheureusement le documentaire c’est le réel. Une société qui ne produit pas d’images sur ses réalités est une société  appelée à disparaître.

Que pensez-vous du panorama documentaire présenté cette année ?

Cette année nous avons vu de bons films documentaires. Techniquement et artistiquement, les réalisateurs font preuve de professionnalisme et tant mieux pour le spectateur. Ils ne sont plus que dans la dénonciation, ils sont aussi dans l’espoir.

Quel film documentaire a attiré votre attention au cours de ce festival ?

Bon ! Je pense que  c’est  » Hamou Beya, les pêcheurs de sable  » de Samoute Andrey Diarra du Mali. Ce film traite de la question de la gestion environnementale en Afrique. Des pêcheurs maliens qui par manque de poissons pêchent le sable pour le revendre.

Du point de vue de la thématique et du traitement technique, pensez-vous qu’il y a eu de l’amélioration?

Je l’ai déjà dit,  les jury de cette année ont rencontré des projets techniquement et artistiquement meilleurs car dans chaque pays on accorde plus de place à la formation et aussi la coproduction a permis cela.

A part le Fespaco, quelles sont les activités que vous menez ?

Nous organisons des rencontres entre cinéastes, des ateliers de formation et enfin nous favorisons la production de documentaires.

Votre regard sur cette 23ème édition du Fespaco…

Bon ! Nous avons  remarqué que le côté festif du festival était bien mis en évidence ; bière et danses à gogo ( rires ) . Ce n’est pas mauvais en soi. Cela dénote que malgré la crise à quelques kilomètres de là n’a pas émoussé la joie des festivaliers. La fermeture des salles n’a pas arrangé les choses et malheureusement dans les salles il y avait plus d’européens que d’africains. J’ai regretté cela ! Il faut noter que le festival a souffert de la crise au Mali mais la fête fut belle. Le cinéma africain a de beaux jours devant lui. Avec les innovations majeures annoncées pour l’édition à venir, je pense que nous sommes dans le bon tempo.

Entretien réalisé à Ouaga.

Alex Loukou