À quelques kilomètres de Clermont-Ferrand, une ligne d’environ 80 volcans alignés du nord au sud domine le plateau des Dômes. Inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis le 2 juillet 2018, la Chaîne des Puys et la faille de Limagne racontent un phénomène colossal, la rupture d’un continent.
Voici pourquoi ce paysage a été distingué, ce qu’il faut absolument y voir et ce qu’il faut savoir avant de partir, car l’automne change les horaires.
Un continent qui se déchire, un alignement de volcans pour le raconter
Ce que l’UNESCO a reconnu, ce n’est pas seulement la beauté des puys. Le site porte le nom de « Haut lieu tectonique Chaîne des Puys – faille de Limagne », et il a été inscrit lors de la 42ᵉ session du Comité du patrimoine mondial, à Manama, au titre du seul critère naturel (viii), celui qui récompense les exemples éminents des grands stades de l’histoire de la Terre. Il s’agit du premier site naturel de France métropolitaine à entrer sur la liste, et l’un des rares biens tectoniques du patrimoine mondial.
Le site donne à voir les étapes d’un rift. Un ancien plateau continental, le plateau des Dômes, s’est étiré, fracturé, puis effondré. Les magmas sont remontés par les fissures ainsi créées, donnant naissance à environ 80 volcans, des cônes, des dômes et des maars, sur une quarantaine de kilomètres. Ces volcans sont dits monogéniques, car chacun s’est formé lors d’une éruption brève et unique.
La faille de Limagne, le socle de cette histoire
Pour comprendre la Chaîne des Puys, il faut regarder à ses pieds. La faille de Limagne, haute de près de 700 mètres, marque la limite entre le plateau des Dômes et la plaine effondrée de la Limagne. Elle sert de piédestal à l’alignement volcanique et explique pourquoi la chaîne se détache si nettement dans le paysage. La Montagne de la Serre, un relief inversé, complète cet ensemble.
Le territoire n’a rien d’une réserve figée. Selon les porteurs du site, l’homme façonne ces paysages depuis 6 000 ans.
Le puy de Dôme, une star classée deux fois
Le point culminant de la chaîne, le puy de Dôme, s’élève à 1 465 mètres. En octobre 2022, l’Union internationale des sciences géologiques l’a retenu, avec le Petit puy de Dôme, parmi les 100 premiers sites du patrimoine géologique mondial. Ils y figurent pour avoir été, historiquement, un lieu clé de la compréhension des volcans éteints.
Le sommet se rejoint à pied ou grâce au Panoramique des Dômes, un train à crémaillère en service depuis 2012. La montée dure environ quinze minutes et le sommet est accessible aux personnes à mobilité réduite. Le site attirerait près de 500 000 visiteurs par an, selon les estimations disponibles.
Randonnées, volcan à ciel ouvert, ce qu’il faut voir
Pour qui préfère marcher, le puy de Pariou propose un cratère presque parfait, avec un parcours d’environ 6,2 km et 249 mètres de dénivelé positif, soit environ deux heures. La montée au puy de Dôme par les sentiers représente environ 5,2 km et 374 mètres de dénivelé, pour environ 1 h 45. Les puys de la Vache et de Lassolas, avec leurs cratères égueulés et leurs coulées de lave qui ont formé des lacs de barrage, se visitent en moins de deux heures.
Le volcan de Lemptégy, ancien site d’exploitation de pouzzolane, permet de plonger dans l’intérieur d’un volcan, à pied ou en petit train, avec un guide.
Attention à la saison. Vulcania et le volcan de Lemptégy ont fermé le 1ᵉʳ novembre et rouvriront au printemps. Le Panoramique des Dômes passe aux horaires d’automne du 2 au 15 novembre, avec un train par heure du mercredi au vendredi et le week-end, de 10 h à 17 h, dernière descente à 17 h 30. Mieux vaut vérifier les horaires officiels avant de partir, des travaux ou la météo pouvant les modifier.
Un joyau fragile à protéger
Ce succès a son revers. La Chaîne des Puys est sujette à l’érosion, et la fréquentation accentue la pression sur ses sentiers et sa végétation. Les gestionnaires appellent à respecter la faune, la flore et les balisages.
Le même défi se pose aux sites volcaniques les plus visités du monde. Les îles Galápagos, premier site classé au patrimoine mondial en 1978, ont ainsi doublé en 2023 le prix d’entrée pour les visiteurs étrangers, désormais fixé à 200 dollars, afin de financer la protection des espèces et la modernisation des infrastructures.
Un classement qui résonne bien au-delà de l’Auvergne
La Chaîne des Puys s’inscrit dans le cadre de la Convention de 1972, qui protège les sites de valeur universelle exceptionnelle, culturels comme naturels. Cette convention couvre aussi des sites ivoiriens, de la ville historique de Grand-Bassam aux parcs nationaux de Taï et de la Comoé, ainsi que la réserve naturelle intégrale du mont Nimba. Autant de lieux qui rappellent que protéger un paysage, c’est protéger la mémoire de la planète.
En Auvergne, cette mémoire a pris la forme de quatre-vingts cônes et dômes alignés sur un horizon. À voir au lever du jour, ou en fin d’après-midi, quand la lumière rasante en dessine les courbes.
Alexandre Martin