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Seydinan Cherif Président fondateur de l’ICN « Les moyens les plus importants que nous disposons sont notre culture et notre histoire »

Raymond Alex Loukou | | Arts Visuels

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Seydinan Cherif  Ahmed  Ladji est auteur-compositeur, producteur et Président-Fondateur de l’Institut des Civilisations Noires. Cet homme d’engagement, de conviction et de grande foi est convaincu que l’Afrique doit être réhabilitée mieux, elle doit jouer sa partition dans le concert des nations. Pour ce faire, les Africains doivent connaître leur propre histoire et travailler à ce que la culture soit le moteur de leur développement. Écoutez plutôt un homme qui dit sa foi en l’Afrique.

Pouvez-vous nous présenter brièvement votre structure ?
Notre Structure est une organisation non gouvernementale (ONG) dénommée « Institut des Civilisations Noires ». C’est une organisation spécialisée dans la promotion des œuvres culturelles et intellectuelles africaines et d’origines africaines.

Qu’est-ce qui a motivé la création d’une telle structure ?
Notre motivation vient du faite que, quand nous étions au collège dans les années 1990 et que nous avions appris l’histoire de grands Hommes comme : Martin Luther King, Malcom  X, Bob Marley , parlant de l’Homme noir et de l’Afrique. Surtout quand nous avions lu l’œuvre l’Homme et sa pensée de Marcus Garvey ; nous avons cerné beaucoup de choses. Une certaine prise de conscience nous a habités et nous avions compris que nous étions depuis longtemps dans le « noir ». Cette prise de conscience nous a permis de faire nos propres recherches. C’est au cours de ces recherches que nous avons su que certaines valeurs universelles réclamées haut et fort par les Occidentaux sont africaines ou d’origines africaines. Notamment : la charte des Droits de l’Homme que nous avons aujourd’hui, la bonne gouvernance tant réclamée par les Occidentaux sont des valeurs déjà exprimées dans le Kurukan  Fuga (la charte du Mandé fait en 1236 par Soundjata  Keïta). La découverte de l’Amérique n’a jamais été une œuvre de Christophe Colomb, mais plutôt celle de Aboubakri II (Roi du Mandingue, Empereur Explorateur). Des inventions faites par des savants Noirs.(les Feux tricolores ont été inventés par Garett Morgan, un Africain américain. L’ascenseur inventé par Alexander Miles, un noir. Le réfrigérateur inventé par John Stenard, un noir américain pour ne citer que ceux-ci). En sommes, quand nous avons découvert tout ça, nous nous sommes dit qu’il était impératif et de notre devoir de chercher à recadrer les choses afin de divulguer l’information ; d’où la création de notre organisation.

Pensez-vous que l’histoire du peuple noir a été travestie et à quel dessein ? 
Oui, nous pensons et nous confirmons avec vigueur que l’histoire du peuple noir a bel et bien été travestie. Et cela dans le but de nous entretenir dans l’ignorance. Or l’ignorance c’est l’abandon de soi, c’est la soumission, c’est la mort. L’on veut faire de nous un peuple déraciné, sans repère, sans ambition et sans avenir. En réalité, faire de nous un peuple mort. Quand on est mort, ça veut dire qu’on existe plus et que l’on peut accaparer nos biens et en faire tout ce que l’on veut.

ICN vient donc rétablir la vérité historique ?
Oui, ICN vient rétablir la vérité. Nous ne voulons rien d’autre que la vérité. ICN vient éclairer les esprits et redonner à notre peuple la confiance perdue en ses capacités de développement.

De quels moyens disposez-vous pour mener ce combat et comment le menez-vous ?
Les moyens les plus importants que nous disposons sont notre culture et notre histoire. Parce que notre histoire nous permettra de nous connaitre et notre culture nous permettra aussi de savoir nos besoins. Pourtant se connaître est le premier pas vers le progrès et connaitre ses besoins est le premier pas vers l’auto satisfaction. Surtout, nous comptons sur deux options essentielles qui sont la formation et l’information. C’est dans cette optique que nous avons créé un centre de formation artistique le « Dèmèliton » que nous avons mis à la disposition des enfants en difficulté.

Le centre a pour objectif non seulement de faire du social, mais aussi à pérenniser notre travail. Nous avons aussi créé un groupe musical le Thian Téré Band (qui veut dire en malinké : l’ère de la vérité) et les objectifs du groupe sont clairs ; à savoir le rétablissement de certaines vérités historiques et culturelles concernant l’Afrique, la promotion du panafricanisme culturel, l’insertion des enfants formés par le centre, etc. Pour cette raison que dans notre première œuvre musicale nous traitons à travers certains titres des sujets comme la découverte de l’Amérique, le réveil des Africains, le Kurukan Fuga, les valeurs de solidarités africaines…

Pensez-vous que la culture peut aider à l’épanouissement d’un peuple ?
Oui, la culture peut aisément aider un peuple à vivre de la meilleure façon. Pour nous, la culture est le pilier essentiel de tout développement humain. Elle est l’incarnation de la maitrise totale de son épanouissement. Vous voyez aujourd’hui comme hier, les peuples les plus développés, les peuples les plus riches et prospères sont les peuples qui ont la maîtrise de leur culture aussi développée.

Pourquoi les enfants orphelins ou en difficulté vous intéressent-ils ?
Vous savez ces enfants ne sont pas forcement victimes des parents, nous pensons avec beaucoup de réflexion qu’ils sont surtout victimes des systèmes imposés et venus d’ailleurs. Sinon dans nos sociétés africaines, dans nos traditions on ne connait pas ce phénomène d’enfants en difficulté. Car l’enfant appartient à tout le village, à toute la communauté. Donc les enfants en difficulté nous intéressent pour deux raisons fondamentales : la première est toujours dans le cadre de promouvoir les valeurs africaines, il faut que nous revenions à nos traditions et nos valeurs. La seconde répond au fait que nous sommes des agents de développement et nous sommes convaincus que le développement passe aussi par l’assainissement de nos sociétés, de nos rues (nous voulons parler de la lutte contre banditisme, contre la prostitution.)

Comment se fait le recrutement de ces enfants ?
Avec ma voiture nous sillonnons les weekends souvent les rues d’Abidjan dans le but de rencontrer les enfants qui y sont. Nous les sensibilisons des situations opportunes qu’ils ont à quitter la rue pour le centre. Mais le plus grand des recrutements se fait dans les familles démunies. Vous savez, ce ne sont pas tous les enfants en difficulté qui sont dans la rue. Nombreux de ces enfants vivent sous les toits de leurs parents. Un enfant dans une famille qui a l’âge d’aller à l’école et qui reste à la maison est pour nous un enfant en difficulté, voyez-vous ?

Thian Téré Band est né pour s’occuper de l’aspect musical de votre combat ?
Oui, il nous permet de promouvoir les instruments africains. Thian  Téré Band est aussi notre véhicule à travers lequel nous passons nos messages. Au-delà d’être un groupe musical, Thian Téré Band est une véritable bibliothèque historique et culturelle. Assister à un spectacle ou écouter les œuvres du groupe équivaut à suivre une formation. C’est l’acquisition d’une connaissance de soi. C’est avoir une ouverture sur les autres tout en restant soi-même. Thian Téré Band n’est donc pas un groupe musical comme les autres…

Combien de titres comprend votre album ?
Notre album comporte 13 titres, disons 13 chapitres, car l’album a été conçu et travaillé comme des livres, voire comme une encyclopédie. Écouter l’œuvre, c’est lire, découvrir, s’informer et se former.

Quel message particulier véhicule-t-il ?
Le message principal que nous véhiculons à travers cet album, est de faire comprendre aux Africains en particulier et au monde, en général, que rien n’a été dit sur la valeur réelle de l’homme Noir et son continent. Nous voulons que nos frères et sœurs se débarrassent au plus vite de tout complexe d’infériorité et leur faire comprendre que nous sommes les meilleurs. Nous sommes ceux dont les valeurs ont inspiré le monde et surtout fait de ce monde ce qu’il est aujourd’hui et ce qu’il sera demain. Nous voulons répondre à ceux qui soutiennent que « l’Afrique n’est pas assez entrée dans l’histoire ». Nous voulons rafraîchir leur mémoire sur les hommes noirs ou d’origines noires à l’instar de Séphora, l’épouse de Moïse, Bilal, le premier muezzin de l’islam, la Reine de Sabbah et sur bien d’autres savants et inventeurs.

Quel genre musical pratiquez-vous ? 
Nous faisons la musique africaine, la musique de brassage. Nous ne sommes pas musicalement renfermés sur nous même. Nous savons tout faire, car nous sommes des professionnels. Notre musique est souvent inspirée des sujets que nous voulons aborder dans nos chansons. Notre premier album est à 90 % mandingue parce que nous traitons des sujets qui touchent beaucoup plus l’histoire du grand Mandingue. Telle que l’histoire du Kurukan Fuga (la première constitution au monde) la découverte de l’Amérique par Aboubari II, etc.

Un mot à l’endroit des mélomanes qui hésitent à se procurer votre album ?
Nous demandons aux mélomanes hésitants de se procurer l’album et nous sommes prêts à leur rembourser s’ils ne sont pas satisfaits des thèmes développés dans nos chansons et de la musique qui les habitent. C’est aussi une bonne occasion pour les curieux et tous ceux qui veulent connaitre l’histoire vraie du peuple africain.

Qu’est-ce le public doit retenir d’ICN ?
D’abord, nous demandons au public de chercher à nous connaitre. Et ce qu’il retiendra de l’ICN. Qu’elle est une organisation composée de jeunes panafricains, de jeunes sans complexe, dévoués et ouverts ! Nous sommes pour une communauté universelle avec le respect mutuel des peuples, nous sommes citoyens du monde. Et nous allons au fur et à mesure nous donner les moyens pour faire connaitre notre histoire vraie, l’histoire de l’Afrique aux Africains et au monde.

Pourquoi croyez-vous tant en l’Afrique ?
Nous croyons énormément en l’Afrique parce qu’elle a gouverné le monde à une époque donnée en démontrant son génie et son esprit de paix. Lorsque nous avions découvert l’Amérique en 1236, nous n’avions tué personne, au contraire nous avions entrepris des démarches commerciales et culturelles. Lorsque nous avions reçu les élèves grecques en Égypte, nous leur avions donné le savoir et ils sont repartis chez eux formés. Par la suite, ils ont transformé l’Europe et le monde. Nous avons créé le Kurukan Fuga et bien d’autres choses, mais n’avions jamais eu l’idée de créer des armes pour détruire. Cependant quand ils ont découvert chez nous, pris de jalousie et de haine, ils se sont attelés à freiner notre évolution et à nous donner la mort. Nous affirmons que nous pouvions faire mieux qu’hier. Toutes ces raisons nous poussent à croire fermement en l’Afrique.

Pensez-vous que l’Afrique peut rattraper son retard ?
L’Afrique n’est pas du tout en retard. Ce sont certains Africains qui sont en retard. Malgré ces vingtaines de siècles d’exploitation, de pillage et de vol, l’Afrique garde toujours ses richesses. Malheureusement, certains de ses fils déracinés et ignorants se sont constitués comme des agents de destruction du continent et agents de développement des autres. Si nous prenons conscience et que nous revenons à la source, une dizaine d’années suffisent pour que nous soyons leader du monde.

L’ICN peut-il apporter quelque chose dans ce sens ?
Absolument ! Nous sommes une organisation qui s’oppose intelligemment à la définition que l’on attribue par ironie ou par mauvaise foi à la culture africaine. En effet pour nous la culture est le pilier essentiel de tout développement humain. Elle est le compteur de la capacité et de la dimension de l’intelligence d’un peuple. En d’autres termes, elle est le moteur de l’équilibre, de l’épanouissement et du bien-être de l’Homme. La culture étant l’identité d’un peuple, nous sommes convaincus qu’elle aidera pleinement l’artiste à sortir du gouffre.

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