La question du genre dans les compétitions artistiques  Cas des « Haut de Gamme 2007 » en Côte d’Ivoire

Dans cet article inspiré de notre participation au concours les « Haut de Gamme » destiné aux artistes ivoiriens, nous donnons notre position sur un débat qui touche de plus en plus à tous les secteurs d’activité. L’émancipation de la femme est sur toutes les lèvres et, dans tous les domaines, on assiste à une discrimination tendant à prouver et à célébrer la spécificité de la femme en marge de l’homme.

Si nous ne sommes pas contre cette façon qui fait l’unanimité aujourd’hui, il y a des moments où il faut l’envisager avec réserve. Dans le cas de la pratique artistique, si nous devons promouvoir la femme, plus que dans la société moderne où rien n’astreint la femme dans ses capacités intellectuelles, c’est la femme en milieu traditionnel qui mérite à notre sens, un regard particulier, car elle s’y trouve souvent devant des interdits affirmés ou tacites qui ne favorisent pas l’éclosion et la célébration de son talent d’artiste.

Introduction
Faut-il instituer une discrimination entre les œuvres d’art produites par les hommes et celles produites par les femmes ? Le plaidoyer en faveur de la femme dans le domaine de l’art n’est-il pas plus facteur d’aliénation que facteur d’épanouissement de celle-ci ? Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de répondre dans cet article.

En effet, alors que nous assistons depuis quelque temps dans tous les fora où les débats s’y prêtent, à la proclamation de l’égalité des genres et surtout à la célébration de l’émancipation de la femme dans le monde, certaines pratiques et réalités nous conduisent à nous interroger sur la pertinence du concept dans certains domaines. Que ne voyons-nous pas lors de certaines compétitions sportives ou des compétences intellectuelles mettant aux prises des acteurs de sexes opposés ? Quels arguments n’entendons-nous pas pour justifier telle discrimination en faveur de la femme : il faut encourager la femme battante, il faut aider les femmes audacieuses à mieux s’exprimer, il faut que les femmes se hissent au même niveau que les hommes. Certes, nous partageons avec les États membres de l’OIF l’engagement pris à la Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes, qui s’est tenue à Pékin en 1995 de : « Réaliser l’égalité des droits et la dignité intrinsèque des hommes et des femmes et atteindre les autres objectifs et adhérer aux principes consacrés dans la Charte des Nations unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme et les autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme, en particulier la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et la Convention relative aux droits de l’enfant ainsi que la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes et la Déclaration sur le droit au développement : « Garantir la pleine réalisation des droits fondamentaux des femmes et des petites filles, en tant que partie inaliénable, intégrante et indivisible de tous les droits de la personne humaine et de toutes les libertés fondamentales. »

Mais si cette volonté peut s’expliquer dans certains secteurs de la vie humaine, notamment dans l’armée, les sports physiques, quoique rien ne démontre la primauté de l’homme en la matière, il existe à notre sens un secteur où ces discriminations ne sauraient se justifier, surtout dans les sociétés modernes. Nous parlons ici du domaine des arts. Car si l’art est une expression de sentiments personnels, de vécu propre à un auteur, aucune distinction ne devrait s’opérer entre les œuvres produites par les hommes et les femmes tendant à prouver la faiblesse de la faculté de création de ces dernières devant les premières cités.

Cette conviction, nous la vivons plus qu’un postulat après l’organisation des «Haut de Gamme 2007 » par le Bureau Ivoirien des Droits d’Auteur (BURIDA) de Côte d’Ivoire en décembre 2007. Notre démarche se veut une critique de cette activité célébrant les artistes en vue d’en situer les limites et proposer des voies pour une meilleure considération de la femme artiste en Afrique.

LES « HAUT DE GAMME » UNE CÉLÉBRATION A L’HONNEUR DES CRÉATEURS
En 2007, dans le cadre de l’exécution du programme du Ministère de la Culture et de la Francophonie, le BURIDA décide d’organiser une journée de célébration et de distinction des artistes sociétaires de cette structure et dénommée les « Haut de Gamme » dont ce fut la première édition. Cette initiative inédite en Côte d’Ivoire donne l’occasion de primer les meilleurs artistes ivoiriens issus de domaines variés et sélectionnés par un jury composé de membres dont l’expérience en la matière est indiscutable.

Si les critères d’évaluation ne souffrent d’aucune insuffisance, certaines catégorisations voulues par les organisateurs sont loin de rencontrer l’adhésion du chercheur que nous sommes et surtout membre d’une communauté où certains clivages ne sauraient être tolérés. Parmi les distinctions attribuées aux nominés, on note en bonne place les trophées suivants : meilleur humoriste féminin, meilleure comédienne, meilleure actrice du cinéma, meilleur auteur-compositeur féminin de la musique de variété, meilleur auteur-compositeur de la musique religieuse, meilleur auteur-compositeur féminin de la musique tradi-moderne, entre autres. Il est bien évident que dans ces mêmes domaines des hommes ont été distingués dans leur catégorie respective.

Les arguments qui ont milité en faveur d’une telle discrimination se résument essentiellement en la volonté des organisateurs de faire la promotion des femmes dans ce secteur des arts et de la culture où le pourcentage des femmes est largement inférieur à celui des hommes. Si on ne peut se permettre de condamner la logique des organisateurs de la cérémonie, là où le bât blesse, c’est qu’il s’agit de célébration du talent créateur des artistes. Et faire du genre un critère discriminant dans le domaine des arts, c’est opérer sur une variable dont la pertinence demeure problématique. Certes, les tenants de la thèse de la défense de la condition féminine ne manquent pas d’arguments, mais aussi, pensons-nous que promouvoir cette discrimination dans toutes les compétitions, risquerait de se révéler être l’antithèse de cette volonté. En effet, qui peut prétendre que dans une même catégorie artistique une création féminine ne peut être supérieure à celle d’un homme ? De même, en observant la vie musicale à travers les scènes, à l’évidence, ce critère de genre semble avoir son fondement dans le fonctionnement de certaines sociétés africaines, où toute la pratique de l’art dans ce continent accorde une place prépondérante à l’homme. Il faut malgré tout louer cette initiative à l’honneur des créateurs qui ne sont pas suffisamment célébrés au regard de la place qui est la leur dans nos sociétés.

LE GENRE ET L’ART EN AFRIQUE
Nécessité de distinguer l’art moderne de l’art traditionnel
Il est bon de distinguer en Afrique deux types d’art : d’une part, l’art moderne pratiqué dans un univers ouvert, notamment dans les villes par les artistes aux origines diverses. D’autre part, l’art traditionnel qui relève du milieu paysan et ethnique où sa pratique est soumise à des normes et considérations socioculturelles qui très souvent dépassent la dimension artistique. Et étant donné que c’est de cette Afrique bipolaire qu’il s’agit dans notre argumentation, un plaidoyer particulier sera accordé à la promotion de l’art traditionnel étant entendu que dans nos milieux modernes aucune prescription formelle ne balise la pratique de l’art en terme d’antagonisme entre l’homme et la femme.

La pratique de l’art dans nombre de sociétés en général et particulièrement en Afrique a toujours été assujettie à une ségrégation dont l’origine remonte en grande partie à l’organisation socioculturelle et religieuse de chaque société. Ainsi, si certains corps de métiers artistiques sont-ils presque exclusifs aux femmes, tels que la poterie, la vannerie, le filage de coton, entre autres, en raison de leur caractère « féminisant », d’autres dont la pratique est l’affaire des hommes posent un véritable problème de bon sens ou de valeur scientifique. Si nous prenons l’exemple de la musique, il nous est donné de constater que la plupart des musiques dites « sérieuses » ou « graves » et bon nombre d’instruments de musique sont interdits aux femmes. Cette façon de faire inhibe toute aptitude créatrice chez les femmes qui éprouveraient le besoin de créer des œuvres musicales dans les sociétés traditionnelles. Encore faut-il préciser que les données dans ce domaine sont régies en grande partie par des raisons plus mystiques, surnaturelles, que scientifiques. Les fonctions assignées à telle musique, les pouvoirs attribués à tel instrument dans la société traditionnelle africaine sont en général à l’origine des lois qui imposent le choix des acteurs.

Comme nous pouvons donc le constater, dans le milieu traditionnel la logique intellectuelle ou organisationnelle n’est pas celle des sociétés modernes, occidentalisées. La balise du champ artistique dans les communautés africaines constitue un véritable frein à l’affirmation de l’esprit créateur féminin. Pour preuve, nous avons fait la connaissance d’une femme Lobi qui, parce que née dans une famille où les membres, depuis le père aux frères, sont tous musiciens, joue à merveille du balafon. Mais parce que ce type d’instrument est interdit aux femmes dans cette communauté, elle n’en joue pas, étouffant ainsi son talent.

Dans les sociétés modernes, où la femme bénéficie d’un autre regard, la situation est différente et il n’est pas rare de voir des femmes exceller dans le domaine artistique. Ainsi, lorsque l’occasion est donnée aux femmes de montrer leur talent d’artiste, nous en découvrons des génies dont la renommée dépasse les frontières de leur espace géographique naturel : c’est le cas de Miriam MAKEBA, de l’Afrique du Sud, Césaria EVORA, du Cap-Vert, Aïcha KONE, de la Côte d’Ivoire, Oumou SANGARE, du Mali qui ne sont plus à présenter. Peut-il y avoir des mélomanes ou acteurs culturels avertis qui puissent attribuer le succès et le rayonnement de ces artistes à leur appartenance féminine ? De même, personne ne peut affirmer que tous les artistes masculins issus des pays d’origine de ces artistes sus-citées leur sont supérieurs, si ce n’est faire preuve d’inconsistance scientifique.

L’ART ET L’AFFIRMATION DE LA CONDITION FÉMININE
Pour une discrimination positive
L’occasion des « Haut de Gamme 2007 » doit être pour nous un prétexte pour interpeller les femmes quant à leur place dans le domaine artistique et culturel. Si la discrimination doit permettre à la femme de démontrer ses atouts artistiques, alors nous y adhérons. Car, quoi de plus beau que de voir une femme Lobi mettre en exergue sa poitrine en dansant aux côtés d’un homme. Quoi de plus magnifique que de voir une femme Ahizi se livrer à un jeu de tremblement de son postérieur devant son cavalier. Quoi de plus sublime que les pirouettes et autres mouvements balançant d’une danseuse de la Salsa cubaine autour de son cavalier. Enfin, quoi de plus magnifique que la voix soprano d’une cantatrice d’opéra dont les prouesses ne peuvent qu’outrepasser celles d’un homme dans le même registre. Quoi de plus excellent que d’écouter une femme peule malienne qui chante en accompagné de sa vièle monocorde.
Il est clair que toute discrimination artistique en faveur de la femme doit favoriser et affirmer son talent. Toute tendance à confirmer leur féminité inférieure à la masculinité est à bannir. Et nous pensons qu’une telle logique est à éloigner des compétitions dont le but est de promouvoir les meilleurs artistes modernes. En permettant aux femmes de compétir aux côtés des hommes dans les mêmes conditions et selon les mêmes critères, ce serait les stimuler et leur offrir ainsi le moyen de se mesurer à ces hommes privilégiés, étant donné que rien ici ne limite leur capacité d’action.

LA CATÉGORISATION ET SES LIMITES
Nous avons pu nous rendre compte pendant les délibérations du jury que si pour certains domaines la distinction entre homme et femme s’est opérée sans difficulté, dans d’autres cela n’a pas été le cas. D’où les limites du choix du genre comme critère de catégorisation.

Il nous a été donné de constater que deux artistes féminins pratiquant le même type de musique ont été classés dans deux catégories différentes. Le résultat est que l’artiste la moins talentueuse a été primée dans sa catégorie, alors que l’autre se trouvant dans un groupe avec les hommes n’a pu être primée. Devant ce résultat, doit-on scientifiquement estimer que l’artiste primée soit supérieure à celle qui n’a pas été retenue par le jury ? Que ce serait-il passé si les deux femmes avaient été mises dans la même catégorie avec les hommes ? Cette situation nous invite à revisiter le concept d’émancipation de la femme et dire que si cette bataille tendant à affirmer la position de la femme dans la société moderne a sa raison d’être, elle ne doit pas être menée sans rigueur de discernement.

Selon le Fonds Mondial, « une approche sensible aux questions de genre reconnaît que les femmes et les hommes sont différents en matière de sexe et de genre. Une telle approche permet de définir des interventions appropriées pour les hommes et pour les femmes ». En effet, il y a des domaines où les dispositions biologiques imposent que l’on reconnaisse l’impossible comparaison des capacités ou des performances entre l’homme et la femme. Dans ce cas, une discrimination fondée sur le genre ne peut qu’être salutaire. Mais dans le domaine de la connaissance et surtout de la créativité artistique, nous pensons que la place du genre doit être abordée avec beaucoup de finesse au risque de se tromper sur les objectifs à atteindre. Rien, tant biologiquement, qu’intellectuellement ne prédispose la femme à des résultats inférieurs à ceux de l’homme, si ce n’est dans nos mentalités. D’ailleurs, dans certains champs où l’on a souvent proclamé la supériorité de l’homme devant la femme, il n’est pas rare de voir des femmes plus performantes que des hommes. La présence de femmes dans les corps militarisés que l’on observe aujourd’hui dans de nombreux services est révélatrice de cette réalité.

En menant ces réflexions, nous ne visons pas la remise en cause d’une conception, mais plutôt l’efficacité de la pratique. Il faut faire en sorte que, s’il doit y avoir une discrimination, que celle-ci permette efficacement l’affirmation, la confirmation de la condition féminine et non qu’elle soit source de stigmatisation. Et nous pensons que si dans le domaine des arts, le genre doit être un facteur discriminant, sa célébration doit s’opérer dans le milieu traditionnel, au lieu de la société moderne où les frontières entre les activités dévolues à l’homme et celles destinées à la femme deviennent de plus en plus inexistantes.

L’ART FÉMININ, UN ART À PROMOUVOIR DANS LES SOCIÉTÉS TRADITIONNELLES
L’art des femmes est dévalorisé
Nous abordons cette réflexion par deux constats :
Le premier constat rencontre la préoccupation de Marlaine Cacouault-Bitaud et Hyacinthe Ravet(2008) que nous citons : « la réflexion menée dans ce dossier sur les femmes dans les « professions » des arts et de la culture, s’appuie sur un constat et un paradoxe : les activités artistiques ont longtemps été (et sont encore) considérées comme un domaine « féminin », celui des « arts d’agrément », dont la maîtrise est le signe d’une éducation accomplie chez les « jeunes filles de bonne famille ». Aujourd’hui, les femmes sont toujours majoritaires parmi les pratiquants amateurs. Pourtant, l’accès des femmes à l’exercice professionnel d’une activité artistique, qui sera alors considérée dans certains cas comme un « métier », s’est effectué difficilement. Parfois, les œuvres et les pratiques des femmes ont été rendues invisibles alors même que leur présence est attestée. Aujourd’hui encore, la place qu’elles occupent au sein des professions artistiques est ambiguë, elles sont cantonnées à certains domaines (par exemple, au chant plutôt qu’aux instruments) et à certaines fonctions (enseignement et accompagnement versus création) ».

Le deuxième tient de notre environnement social. En effet, nous sommes de l’ethnie Lobi. Chez ce peuple, la pratique de l’art est assujettie à des balises. La poterie, la vannerie par exemple sont l’affaire des femmes. La musique instrumentale est fondamentalement et exclusivement réservée à l’homme. D’autres types de musique sont pratiqués par les femmes. Cependant si nous avons entendu et continuons d’entendre parler d’artistes masculins dont la renommée dépasse les frontières du pays lobi, à aucun moment des noms de femmes ne sont évoqués dans ce milieu. Devons-nous conclure que les femmes artistes ne sont pas méritantes chez les Lobi ? Bien évidemment non. Car des talents, il y en a chez les femmes Lobi. IL n’y a qu’à écouter les airs des chanteuses du « ’djii »’ ou du « ’beniè »’ pour s’en convaincre. Les rares enregistrements informels qui ont été faits sur elles nous donnent d’apprécier leur talent sans les connaître physiquement et tout en ignorant parfois leur nom.

Des exemples de ce type, il en existe presque partout en Côte d’Ivoire et ailleurs et, si rien n’est fait, la musique des femmes risque de disparaître avec le temps, parce que défavorisée. C’est donc ici que doit intervenir la discrimination positive des organisateurs de spectacles et des acteurs culturels. Il faut révéler les talents féminins inconnus dans les sociétés traditionnelles et leur donner la place qui leur revient, à l’image des hommes et stimuler ainsi les femmes qui ont un don et qui ne trouvent pas le besoin de pratiquer l’art pour se faire connaître. Un regard furtif sur les travaux des chercheurs montre que ceux-ci traitent inégalement les hommes et les femmes artistes du milieu traditionnel. Nous avons parcouru les documents à notre possession pour nous imprégner de la place accordée aux travaux sur la musique des femmes en Afrique. Et nous avons été convaincus sur ce que nous pensions : presque tous évoquent de façon superficielle la place de la femme dans les activités musicales traditionnelles. Et comme si cela ne suffisait pas, toutes les images qui illustrent les travaux des chercheurs montrent presque toutes des hommes pratiquant les instruments et rarement les femmes, si elles ne sont pas confinées à danser aux côtés des hommes, à battre les mains ou à être en arrière plan.

Instituer une compétition pour les femmes artistes traditionnelles
C’est une expérience à laquelle nous invitons tous les opérateurs culturels, car à l’instar des chercheurs qui ont permis de révéler à la nation ivoirienne Zélé Zana dit « Zélé de Papara » dont les prouesses musicales n’ont laissé personne indifférent, des efforts doivent être poursuivis. En effet, l’action menée par les mass media sur cette chansonnière a permis aux membres de la société Sénoufo de lui accorder une place qu’elle n’aurait jamais envisagée, n’eût été ce regard extérieur. Cet épisode n’a pas fait long feu, puisque quelques années après sa découverte, Zélé de Papara est décédée. Et depuis, aucune initiative similaire n’est entreprise ni à l’endroit de la société Sénoufo, ni à l’endroit d’aucune autre communauté ivoirienne. Dans ce cas, comment découvririons-nous les talents des artistes féminins dont les possibilités d’expression et d’épanouissement sont contrariées par des balises inhérentes aux modes de pensée régissant leur société d’appartenance ?

Il est clair que par cet article nous voulons saluer l’initiative du BURIDA qui, en célébrant les artistes et autres créateurs des œuvres de l’esprit, a permis au chercheur que nous sommes de mettre le doigt sur un problème, celui de la place de la femme dans le domaine des arts en Afrique et particulièrement en Côte d’Ivoire. Et nous pensons que le BURIDA doit instituer une compétition pour les artistes féminins du milieu traditionnel dont les œuvres pourraient servir de vivier pour les artistes modernes. De fait, relever les particularités de création et les capacités artistiques de la femme aux côtés de l’homme n’est pas critère impertinent, toutefois le domaine d’application ne doit pas être sujet à la polémique. Les femmes sont intransigeantes et inflexibles quand il s’agit de la défense de leur droit à l’émancipation. C’est pourquoi, lorsque le milieu social en jeu n’est pas la société traditionnelle où la transgression de certaines balises expose à des sanctions de tous ordres, il serait souhaitable qu’elles se lèvent et se battent becs et ongles contre toute tentative de sublimation qui en réalité ne fait que confirmer l’opinion devenue précepte : « la femme est inférieure à l’homme ». Nous refusons donc que des quotas taillés sur mesure soient attribués à des femmes tant dans le domaine des arts que dans d’autres domaines, notamment politiques. Et nous osons croire qu’au nom de leur émancipation, les femmes se donneront les moyens de leur épanouissement intellectuel et surtout de leur intégration sociale en refusant des partages de gâteau qui font d’elles des personnes de second plan. Les exemples de femmes rivalisant d’ardeur avec les hommes, voire supplantant ceux-ci dans divers domaines sont légion et aucune forme de discrimination ne s’aurait prospérer fut-elle en arts.

CONCLUSION
Au terme de ce travail fait à partir du concours « Hauts de Gamme 2007 » organisé par le BURIDA, nous avons été amenés à donner notre position sur un concept bien à la mode, « l’émancipation de la femme », dans un domaine spécifique, les arts. Il ressort de nos réflexions que, si opérer des critères de discrimination en faveur de la femme n’est pas futile en soi, il y a des domaines où ce critère pose problème. Et le domaine des arts nous a permis de préciser notre idée puisque rien ne prédispose la femme à des résultats médiocres ou inférieurs à ceux de l’homme dans ce domaine. Pas plus que dans d’autres champs intellectuels où les compétitions entre les hommes et les femmes de manière égalitaire ont plutôt montré des meilleures dispositions chez les femmes. Pour nous, si une telle discrimination doit avoir lieu, elle doit se donner pour axe le terrain traditionnel où les balises sociales inhibent et étouffent toute velléité artistique chez les femmes, alors que des exemples démontrent bien que lorsqu’on s’intéresse à elles, elles sont capables de créer des œuvres à même de concurrencer celles des hommes. En définitive, le genre comme facteur discriminant doit être un véritable vecteur d’épanouissement de la femme et non un moyen de sa réification. Et la lutte des femmes dans cette matière doit se fonder sur des critères dont la pertinence ne souffre d’aucune insuffisance, au risque d’être une simple vue d’esprit.

HIEN Sié
Ethnomusicologue
Enseignant chercheur à l’UFR-ICA
Université Félix Houphouët-Boigny

Notes

Le jury est composé de musiciens, littéraires, cinéastes, dramaturges, journalistes, promoteurs de spectacles, chorégraphes.
2 La communauté universitaire ne peut juger les connaissances sous la prime d’opposition homme et femme.
3 Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons pas connaissance de travaux scientifiques qui attestent l’infériorité biologique de la femme devant l’homme en matière de créativité artistique ou de talent artistique du monde, il est quasiment impossible de démontrer que dans les domaines retenus pour les « Haut de Gamme », il en existe qui appartiennent exclusivement aux hommes ou aux femmes.
4 Même si dans certaines sociétés africaines comme chez les Mandingues, l’appartenance à la caste des griots autorise les femmes à pratiquer la musique, dans la quasi-totalité des autres sociétés, la femme occupe une place secondaire dans le domaine des arts.
5 Nous utilisons ce qualificatif parce que la réalité est autre dans les sociétés traditionnelles.
6 Fiches d’information : Garantir une approche sensible aux questions de genre dans les propositions du Fonds mondial 1sur 6 , 15 septembre 2008.

7 Ce sont les chants de lamentation (beniè), les chants de la meunière (dju nan niè), les chants au clair de lune (djii).
8 Chansonnière sénoufo révélée en Côte d’Ivoire dans les années 80.
9 Partout aujourd’hui sur le terrain politique on fait état de la nécessité d’accorder environ 30 % des postes aux femmes tant dans les instances dirigeantes que dans les postes électifs.

BIBLIOGRAPHIE

BEBEY Francis ; Musique africaine. Expressions Horizons de France 1967 ; 267 p
Fonds Mondial : Fiche d’information1sur 6, 15septembre 2008
Marlaine Cacouault-Bitaud et Hyacinthe Ravet. « Les femmes les arts et la culture », Travail, genre et sociétés 1/2008 (n° 19) p. 19-22.
Pierre Bourdieu(1984), « Mais qui a créé les créateurs ? », Questions de sociologie, Paris, Minuit, pp. 207-221
Fatou Sow Sarr. « La parité et la question du genre : un concept politique sans dignité scientifique » conférence prononcée à l’IFAN de Dakar, 2011.

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