Chronique : L’art de l’ecriture Identité d’une mémoire

 

« Alors que les hommes naissent et meurent depuis un million d’années, ils n’écrivent que depuis six mille ans » soulignait avec détermination, l’écrivain spécialiste de la littérature comparée et grand connaisseur des langues orientales, René Etiemble connu sous la plume d’Etiemble. L’histoire se passe à Lascaux, très loin de notre ère contemporaine, vingt mille ans en arrière. Des hommes marquèrent leur passage terrien de traces considérées comme précieux souvenirs dans l’histoire de l’humanité. Des dessins d’une singulière maturité débutent le couronnement de la plus fabuleuse invention de la civilisation humaine : la naissance de l’écriture. Ces signes écrits, plantureusement magiques voulaient garder trace de leur quotidien, leur légende ou apologue.

Du dessin aux signes et des images vers l’invention de la forme écrite, l’écriture n’est autre que la mémoire tout entière de l’humanité. La naissance de l’écriture se confond avec celle des hommes. Ce fut un dur labeur, long, lent, complexe et à la fois passionnant. De nombreux moyens de transmissions des messages à l’aide de dessins, de signes, d’images se matérialisaient depuis plus des dizaines de milliers d’années chez les premiers hommes. « Mais l’écriture à proprement parler, n’existe-elle, qu’à partir du moment où se constitue un corps organisé de signes ou de symboles, au moyen desquels leurs usagers peuvent concrétiser et consolider clairement tout ce qu’ils pensent et ressentent, relatent ou savent exprimer ». En réalité, les apparitions d’écritures se chevauchent souvent dans des dates indicatives :
3500 à 3000 av. J.-C. : À Sumer, sonne l’heure d’Uruk. Des pictogrammes apparaissent pour noter les chiffres. En Chine, l’écriture passe de pictogrammes aux idéogrammes et phonogrammes.

3000 av. J.-C. : L’Inde connaît un développement parallèle d’où l’éclosion de sa proto-écriture sur les tablettes de cuivre fait ses premières apparitions.
3000 à 2500 av. J.-C. : Sur les rives du Nil se développe l’« écriture des Dieux », les hiéroglyphes.
1000 à 700 av. J.-C. : L’alphabet phénicien donne le jour au Grec ainsi qu’à son alphabet moderne à voyelles. Dans la mouvance les Araméens, se dispersant vers l’Est, demeureront les précurseurs des écritures « hébreu et arabe ».
600 av. J.-C. : Rome devient le centre d’attraction tant des Étrusques que des Grecs. Le latin apparaît pour la première fois sur « la pierre noire » du Forum.
Moyen Âge : Les écritures carolines, gothiques et humanistiques inscrivent le latin dans toute l’Europe occidentale, alors que l’alphabet cyrillique, issu du grec, voit le jour à l’Est.

Le cryptogramme naquit par une simple pensée : « On ne peut pas tenir de registres de comptes oralement. C’est pour cette raison toute prosaïque que naquit l’écriture ». Les premiers signes furent donc des comptes agricoles. Les fragments en argile de tablettes d’Uruk datant du IVe millénaire attestent qu’il s’agissait de livre de comptes et nous renseignaient sur l’organisation sociale des peuples sumériens. Ils avaient inventé la monnaie et également le prêt à intérêt. L’intérêt des inscriptions pictographiques associées d’idéogrammes montre le génie et les diverses phases évolutives de l’écriture (une sorte d’aide-mémoire). Pour une utilité de simple besoin dans la comptabilité, l’art de l’écriture affirme son identité de manière à communiquer, s’exprimer et penser. Cet héritage réunissant l’ensemble des Assyriens, des Babyloniens, des Sumériens et Akkadiens engendra la correspondance, le courrier, les enveloppes à base de matières argileuses et la littérature (hymnes religieux, formules divinatoires). D’essence divine, l’écriture fait sa mue en Égypte comme dans la lointaine Chine sur des supports solides comme la pierre, des supports tendres comme l’argile et des supports souples comme le papyrus.

Desire Amani: