Salomon, Gnohité Gallas, Balliet Uliet et Aboli Kann ont porté leurs toiles sur les cimaises de la galerie Houkami Guyzagn depuis la mi-mars.
Sous une formule relookée (plus austère), l’hebdomadaire Apero’Art de la galerie Houkami Guyzagn aux Deux-Plateaux, a été le théâtre, samedi dernier, d’échanges sur les œuvres des peintres Salomon, Gnohité Gallas, Balliet Uliet et Aboli Kann qui y ont leurs toiles exposées depuis mi-mars. Une façon pour le directeur de la galerie, Thierry Dia, de «laisser allumée la flamme des beaux-arts en cette grisaille sociopolitique». Des regards croisés sur les sujets explorés et les formes spécifiques d’écritures des artistes, il ressort un lien nécessaire entre féminité et divinité. Ainsi d’Aboli Kann (peintre et grioticien), où l’on découvre dans une superposition géométrique inspirée du cubisme qu’«Une femme peut en cacher une autre, puis une autre…», comme l’indique l’intitulé de sa collection.
Figurative à l’envi, son écriture picturale met en scène, sous des tons chromatiques chaleureux, la femme africaine dans son vécu quotidien. Une sorte de photographie instantanée et éclatée de la femme (mère, épouse, fille, battante). En somme un modèle quasi déifié. Et Aboli Kann de confier: «La femme, c’est l’Afrique. C’est la terre sur laquelle je marche. C’est la dépositaire de l’humanité. La femme est au début et à la fin de la vie de l’homme».
Il est rejoint en cela par Balliet Uliet qui laisse éclore de son pinceau ou de son couteau (dont il détient une technique originale d’écriture) la maternité incarnée. Par la femme. Figuratif, il montre la femme dans toute la noblesse de sa fonction procréatrice, créatrice même, devrait-on dire. Car «qui donne la vie permet à l’humanité de se recréer et de pérenniser l’espèce humaine».
D’où «La touche en hommage à la femme éternelle», thème de l’ouvre de Salomon. De son vrai nom Irié Hermann Anges Fabrice, Salomon dédie son art à la femme. «Un choix esthétique qui lui permet d’exalter à la fois sa foi religieuse et picturale», souligne le critique Mimi Errol.
Foi religieuse par son appropriation du pseudo Salomon, allusion faite au personnage biblique (prophète et bâtisseur), incarnation de la grandeur, mais aussi et surtout à de «L’homme aux mille femmes». Foi picturale ; car s’il peint la femme, c’est pour l’abstraire des vicissitudes existentielles qui altèrent l’appréciation de sa nature profonde. A juste titre, que dans les tableaux de Salomon, on ne distingue qu’un seul plan, où espace, matière et sujets se condensent pour donner la vie. «Abodan», «Couple heureux», «Intimité féminine», «Harmonie», etc., sont autant de tableaux qui en témoignent.
S’il est admis par tous les créateurs, à travers leurs œuvres, que la femme est dépositaire de la vie ici-bas, ils rejoignent, tout aussi, la démarche mi-figurative mi-abstraite de Gnohité Gallas. Qui invite à une élévation plus spirituelle. «Regard vers Dieu» est son leitmotiv. La force de surmonter les aléas de la vie, les guerres et autres divisions ne réside qu’en une dévotion pieuse aux préceptes et principes divins: amour, partage, justice. Une trilogie vertueuse qui, mise en corrélation avec la sainte Trinité (Père, Fils, Saint-esprit), ne saurait être opératoire sans le canal de la femme (Immaculée conception).