Garba : l’histoire méconnue d’un plat ivoirien, au cœur d’une polémique récente

Le passage du streamer Speed à Abidjan a récemment suscité un vif débat sur les réseaux sociaux. En cause : la présentation du garba, plat emblématique de la Côte d’Ivoire, comme un mets originaire du Niger par une intervenante étrangère. Une déclaration qui a provoqué incompréhension et indignation chez de nombreux Ivoiriens.
Au-delà de la polémique, cet épisode met en lumière une question essentielle : d’où vient réellement le garba ?
Un pilier de la cuisine populaire ivoirienne
Consommé à toute heure de la journée dans les rues d’Abidjan et à l’intérieur du pays, le garba occupe une place centrale dans le quotidien des Ivoiriens. Accessible, nourrissant et profondément ancré dans les habitudes alimentaires, il est devenu au fil du temps un véritable symbole de l’identité culinaire nationale.
Pourtant, son origine continue d’être sujette à confusion. Contrairement à certaines affirmations relayées ces derniers jours, le garba ne trouve pas ses racines au Niger, mais bien en Côte d’Ivoire, dans un contexte politique et économique précis.
Une décision politique à l’origine du garba
L’histoire du garba débute dans les années 1970, sous l’impulsion de Dico Garba, alors ministre ivoirien de la Production animale. À cette époque, le thon pêché en Côte d’Ivoire était exclusivement destiné à l’exportation. Placé sous douane, il transitait par le port de pêche d’Abidjan sans pouvoir être commercialisé sur le marché local.
Lors des opérations de manutention, des morceaux de thon se détachaient et s’accumulaient dans les entrepôts. Considérés comme des déchets, ils étaient voués à être détruits.
Face à ce gaspillage, le ministre prend une décision à forte portée sociale : distribuer gratuitement ces morceaux de thon aux commerçants locaux, plutôt que de les jeter.
Du « poisson garba » au plat national
Rapidement, ces morceaux de thon trouvent leur place dans la cuisine populaire, notamment accompagnés d’attiéké, aliment de base largement consommé en Côte d’Ivoire. Dans le langage courant, on parle alors de « poisson garba », en référence au nom du ministre à l’origine de cette initiative.
Avec le temps, l’appellation s’impose et le plat prend définitivement le nom de garba. Ce qui n’était au départ qu’une réponse pragmatique à un problème logistique devient un phénomène alimentaire majeur, traversant les générations, les classes sociales et les régions.
Un patrimoine culinaire ivoirien
Rappeler cette histoire permet de rétablir un fait essentiel : le garba est le produit d’une initiative ivoirienne, née d’une décision publique, enrichie par l’ingéniosité des commerçants nigeriens au départ et les habitudes alimentaires populaires.
Il ne s’agit ni d’un plat importé ni d’un héritage étranger, mais d’un élément à part entière du patrimoine culinaire de la Côte d’Ivoire.
Au-delà de la polémique
La controverse née lors du passage de Speed à Abidjan illustre les dérives possibles d’une information approximative dans un monde hyperconnecté. Elle souligne surtout l’importance de documenter et transmettre l’histoire des symboles culturels nationaux, afin d’éviter leur déformation.
Le garba, au-delà de sa simplicité apparente, raconte une autre facette de la Côte d’Ivoire : celle d’un pays capable de transformer une contrainte économique en richesse culturelle durable.
Firmin Koto
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