Suivez Nous

Romuald Hazoumé, le plasticien béninois qui conçoit des sculptures avec des bidons

Arsene DOUBLE | | Art contemporain

Le plasticien béninois Romuald Hazoumé âgé de 58 ans se sert des bidons pour concevoir des masques et des figures mythologiques, échappées d’un songe industriel et carnavalesque. Les sculptures  d’Hazoumé prônent le métissage culturel. Les bidons dont le peintre-sculpteur se sert, dans l’exercice de son art, sont pleins à ras-bord de sens et de détournement critique.

 

Les créations d’Hazoumé, faites à partir de bidons plastiques, parlent un commun langage. Elles s’inscrivent dans un métissage obligé. Sa créativité, portée par des bidons récupérés, est composée de masques et des figures mythologiques, échappées d’un songe industriel et carnavalesque. A travers ses sculptures, le plasticien béninois Romuald Hazoumé se livre à un formidable remix de la culture locale et de l’occupation post-coloniale.

L’artiste défend le métissage culturel. Hazoumé n’exclue jamais une culture, pour en ré-installer une autre. Quitte parfois à aller à contre sens des polémiques.  Il y a deux ans la restitution des œuvres d’art au Bénin l’ont vu saluer l’importance de la politique culturelle française. Il dénonce alors les gouvernements africains incapables de mesurer l’importance de leur propre histoire.

Même chose en 2015, où il s’oppose violemment à Sindika Dokolo, homme d’affaires et collectionneur d’œuvres d’art congolais, qui voulait partir en guerre contre les musées occidentaux. A cela il oppose la nécessité de culture et conseille au milliardaire congolais d’investir dans des fondations africaines, au lieu de briller en Europe.

A quand remonte la découverte de son art ? Il y a plus de vingt ans… En 1996, dans le numéro 18 de la “Revue Noire“, un coup de projecteur est donné sur la jeune création béninoise. Le lecteur y découvre alors les bidons récupérés de Romuald Hazoumé. Sous les gestes du créateur, ces contenants sont devenus des masques, des figures mythologiques, échappées d’un songe industriel et carnavalesque. Éminences magiques bien sûr, puisque nous sommes en terre du vaudou.

L’œuvre va ainsi traverser plus de 20 ans, dans des déclinaisons toujours surprenantes. La galerie Gagosian (New-York) s’y est largement intéressée et lui consacrait en octobre 2018 une large rétrospective. Cette même année, la Fondation Louis Vuitton avait acquis l’étonnante “Exit Ball”, planisphère pétrolière et sans doute trafiquante, dont on ne sait plus si elle est un poison ou une nécessité, comme il le souligne. Et encore ces masques, dans des associations quasi rituelles, épines de porc-épic, nattes nouées, végétations de wax, qui racontent aussi nos vies quotidiennes.

En 2018 à New-York, les dernières créations du peintre-sculpteur, notamment “Oiseau bleu“ (Bluebird, 2018), “Algoma“ (2016), évoquaient les communautés amérindiennes ou la communauté musulmane birmane des réfugiés rohingyas.

Jusqu’au 11 novembre, le plasticien béninois Romuald Hazoumé prendra part à une exposition à Nantes.

Arsène DOUBLE

Mots-clefs : , , ,