Abiba’O : la styliste ivoirienne qui a fait de la mode un acte de générosité

Passée par les ateliers parisiens avant de conquérir les podiums africains, Abiba Abdoul, alias Abiba’O, n’a jamais séparé la mode de l’engagement. Aujourd’hui reconvertie en chanteuse sous le nom d’Abiba Dior, elle reste avant tout connue pour son combat en faveur des peuples pygmées du Sud-Cameroun.
Il y a des parcours qui ressemblent à une ligne droite, et d’autres qui ressemblent à une vie. Celui d’Abiba Abdoul appartient clairement à la seconde catégorie. Styliste, entrepreneuse, philanthrope, et désormais chanteuse, Abiba a construit, collection après collection, un nom qui dépasse largement les frontières de la mode.
Paris comme école, l’Afrique comme mission
Tout part d’une évidence. Pour bien connaître son métier, il faut d’abord aller le chercher là où il s’apprend. Abiba Abdoul choisit Paris. Pendant plusieurs années, elle travaille dans l’ombre des grandes maisons de couture françaises, apprend les coupes, les finitions, le sens du détail qui fait basculer un vêtement correct en pièce mémorable.
Elle aurait pu rester là-bas. Beaucoup l’ont fait avant elle. Mais Abiba Abdoul rentre, avec une idée précise en tête : mettre ce savoir-faire au service de sa propre culture, plutôt que de continuer à l’exercer pour d’autres. C’est ce choix, presque à contre-courant, qui donne naissance à Abiba’O.
Sa griffe se distingue vite par un mélange assumé : des racines africaines revendiquées, sans concession, mais racontées avec un langage résolument moderne. Les invitations dans les grands salons de mode du continent s’enchaînent. Pour suivre le mouvement, elle ouvre boutique après boutique, en Afrique comme en Europe, pour que ses collections ne restent pas réservées à une poignée d’initiés.
Quand la mode rencontre la forêt
C’est là que l’histoire prend une direction que peu de créateurs osent emprunter. Plutôt que de se contenter d’un succès commercial, Abiba’O choisit de mettre une partie de son énergie — et de ses moyens — au service d’une cause qui parle peu, mais qui compte énormément : les peuples pygmées, gardiens depuis des générations des forêts équatoriales.
Elle crée une fondation à son nom, installée à Mintom, une petite localité du Sud-Cameroun perdue au cœur d’un des écosystèmes les plus riches et les plus menacés de la planète. Sur place, le travail n’a rien de symbolique : la fondation finance des microprojets, apporte un soutien matériel et pédagogique, et cherche avant tout une chose — donner à ces populations les moyens de tenir debout par elles-mêmes, sans dépendre d’une aide extérieure permanente.
Ce genre d’engagement, discret et de longue haleine, ne fait pas les gros titres aussi facilement qu’un défilé. Mais c’est sans doute ce qui a le plus construit sa légitimité sur le terrain. Elle est aujourd’hui perçue comme une véritable ambassadrice de ces communautés, à tel point qu’on la surnomme, non sans affection, la princesse des forêts équatoriales.

Et l’histoire ne s’arrête pas là. Après avoir marqué la mode africaine de son empreinte, Abiba Abdoul se lance aujourd’hui dans un tout autre univers : celui de la musique, sous le nom d’Abiba Dior. Un nouveau chapitre, mais toujours la même logique : ne jamais se limiter à une seule identité, et continuer à porter, sous une forme ou une autre, une certaine idée de la culture africaine.
Au fond, ce qui frappe chez elle, ce n’est pas tant la diversité de ses talents que la cohérence de sa démarche. Styliste, mécène, artiste : à chaque étape, c’est la même personne qui avance, avec la même conviction que le succès n’a de valeur que s’il profite à plus grand que soi.
Firmin Koto