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La Renaissance et le rêve, l’abandon du corps

Virginie Gimaray | | Arts Visuels

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Abandonner son corps pour plonger dans le sommeil : le musée du Luxembourg livre une exposition sur la «Renaissance et le rêve», dont le parcours conduit de la nuit et de l’endormissement à l’aurore et au réveil.

Tout commence par la Nuit et cette langoureuse figure de femme aux lignes courbes, que Michel-Ange a exhumé des ténèbres pour la placer sur le tombeau de Julien de Médicis. Cette pose allongée contient en germe la question formelle du statut de rêveur : comment représenter cet état de sommeil qui permet d’accéder au rêve?

C’est alors que le visiteur appréciera la subtilité des poses, des gestes, des regards, qui parviennent à restituer l’effet d’engourdissement de celui qui abandonne le contrôle de son corps pour se laisser aller à la «vacance de l’âme», un concept élaboré par Marsile Ficin en référence à Platon où l’âme, libérée des servitudes de la matière, peut s’élever.

Ce moment précis d’abandon passe chez les artistes par la ligne ondulante, méandre qui enlève toute solidité et gravité au corps physique. Le corps se déroule comme une arabesque, entrant à l’unisson des visions de l’au-delà. Point d’horizontale ou de verticale appuyant ces beaux endormis, mais des lignes qui basculent et dont les artistes soulignent la sinuosité par tout un jeu d’attitudes.

Il faut alors regarder les mains de ces endormis. Elles s’ouvrent sur des doigts souples, vidés de toute tension musculaire, qui reposent délicatement sur des ventres bombés, relâchés. La main écrit une poésie muette (Ut pictura poesis de Horace) et pointe sur l’état d’abandon du corps, gorgé de sommeil, sans doute empli du souffle d’hypnose…

Ainsi l’exposition du musée du Luxembourg déroule les stades du rêve, montrant les visions divines ou démoniaques qui habitent les rêveurs à travers un relâchement total du corps. « Lorsque le corps est dompté, assoupi et à moitié vif seulement, l’âme voit beaucoup plus clairement », nous dit Symphorien Champier. Le corps en repos, l’âme s’éveille. Mais c’est aussi en renonçant au contrôle de l’esprit que le corps s’offre si voluptueusement à l’abandon.

Après avoir parcouru le temps du rêve, le visiteur sortira par la salle consacrée à l’Aurore et au réveil, dans l’état trouble du rêveur éveillé. Une dernière citation, de Montaigne, l’accompagnera à sa sortie au jour : « Nous veillons dormants, et veillants dormons ».

Par Virginie Gimaray
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