Dans le monde, un adulte de 30 à 79 ans sur trois vit avec une hypertension, mais à peine un sur cinq la maîtrise, selon le dernier rapport de l’OMS. La bonne nouvelle, c’est que des gestes simples, validés par les recommandations internationales, aident à protéger son cœur et ses artères.
Voici lesquels, à partir de quels chiffres il faut s’alarmer, et ce que cela change en Côte d’Ivoire comme en France.
Un ennemi silencieux que très peu de personnes maîtrisent
Le deuxième rapport mondial de l’OMS sur l’hypertension, publié le 23 septembre 2025, estime que 1,4 milliard de personnes vivaient avec cette maladie en 2024. Seules 23 % d’entre elles, soit environ 320 millions, parviennent à la contrôler, par des médicaments ou par des changements de mode de vie. Dans 99 pays sur 195, le taux de contrôle est inférieur à 20 %.
L’enjeu dépasse la simple statistique. L’hypertension est l’une des principales causes d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral (AVC), d’insuffisance rénale chronique et de démence, rappelle l’OMS, et elle provoquerait 10 millions de décès par an.
Le monde culturel ivoirien en a mesuré la brutalité avec la disparition d’Angelo Papa, leader d’Aboutou Roots, frappé d’un AVC en septembre 2024 et décédé le 3 décembre 2025. Les causes précises de son cas n’ont pas été détaillées, mais l’hypertension reste l’un des grands facteurs de risque de ces accidents.
En Côte d’Ivoire, entre 30 et 40 % des adultes concernés, et beaucoup l’ignorent
Les chiffres varient selon les enquêtes. Une étude nationale menée en décembre 2017 auprès de 3 198 adultes de 20 à 79 ans a retenu une prévalence de 39,9 %. Les autorités évoquent aujourd’hui une fourchette de 30 à 40 %, et l’Institut de cardiologie d’Abidjan a parlé de plus de 35 % à la Journée mondiale du cœur, le 29 septembre 2026. Des enquêtes plus anciennes, dont STEPS en 2005 (21,7 %), donnaient des taux plus bas.
Autre constat qui revient, la méconnaissance. En 2024, le ministère de la Santé estimait que 12 millions de personnes étaient touchées et que 9 millions ignoraient leur statut. En 2025, des cardiologues ivoiriens parlaient de 60 % d’hypertendus qui ne le savent pas. En mai 2026, l’OMS a annoncé une nouvelle enquête STEP pour actualiser des données vieilles de plus de vingt ans.
La société civile s’en empare. Le Rotary Club Abidjan Massina, dont la présidente Françoise Aye Sona a fait de l’hypertension l’une de ses trois priorités sanitaires avec le diabète et les hépatites virales, en est un exemple.
Mesurer d’abord, avec la bonne méthode et les bons seuils
On ne ressent presque jamais une hypertension. Le premier réflexe reste donc de mesurer. En France, l’Assurance Maladie a lancé le 11 septembre 2026 la campagne « Votre tension mérite toute votre attention », qui rappelle qu’il faut faire mesurer sa tension au moins une fois par an à l’âge adulte. Elle estime à 17 millions le nombre d’adultes concernés, et près d’un hypertendu sur deux l’ignorerait.
Les seuils dépendent de la méthode de mesure. Au cabinet, une hypertension est confirmée à partir de 140/90 mmHg, mesure répétée. À domicile, le seuil est plus bas, une moyenne de 135/85 mmHg ou plus est considérée comme anormale. L’automesure suit la règle des 3, trois mesures espacées d’une à deux minutes le matin avant le petit-déjeuner et les médicaments, trois le soir avant le coucher, pendant trois jours.
Les experts ne placent pas tous la barre au même niveau. L’OMS et la Société européenne de cardiologie (ESC) maintiennent la définition à 140/90, mais l’ESC a créé en 2024 une catégorie « tension élevée » entre 120/70 et 139/89. Les recommandations américaines AHA/ACC de 2025 retiennent 130/80 comme objectif pour la plupart des adultes hypertendus. Dans tous les cas, c’est un professionnel de santé qui interprète les chiffres.
Le sel et le potassium, le duo qui pèse le plus dans l’assiette
L’OMS recommande de rester sous 5 g de sel par jour, soit moins de 2 g de sodium, toutes sources confondues, environ une cuillère à café. Les recommandations américaines de 2025 fixent la limite à 2,3 g de sodium (environ 6 g de sel), en visant idéalement 1,5 g. Le sel se cache surtout dans les plats préparés, les charcuteries et les produits transformés.
Côté potassium, ces mêmes recommandations conseillent de viser 3,5 à 5 g par jour, de préférence par l’alimentation, sauf en cas de maladie rénale ou de médicaments qui retiennent le potassium. Dans ces cas, un suivi médical est nécessaire. Cela vaut aussi pour les substituts de sel enrichis en potassium.
Dans les assiettes ivoiriennes, la banane plantain est une bonne alliée, avec environ 500 mg de potassium aux 100 g crus selon la table Ciqual de l’Anses. Braisée ou bouillie plutôt que frite, elle garde ses atouts sans l’huile en plus. Le festival de l’alloco, qui célébrait déjà en 2018 la banane plantain et le secteur vivrier, rappelle à quel point elle est ancrée dans le quotidien. Plus largement, les recommandations parlent d’une alimentation riche en fruits, en légumes et en fibres, de type régime DASH.
Bouger, perdre quelques kilos, éviter le tabac et l’alcool
L’OMS conseille au moins 150 minutes par semaine d’activité aérobique d’intensité modérée, ou 75 minutes d’activité soutenue, et de limiter le temps passé assis. Les recommandations américaines de 2025 ajoutent un travail de renforcement musculaire.
En cas de surpoids, perdre au moins 5 % de son poids est recommandé. Le tabac est à éviter, et l’alcool à limiter, voire à supprimer selon les recommandations américaines de 2025.
Quand le mode de vie ne suffit plus
Ces gestes ne remplacent pas toujours un traitement. Les recommandations européennes et américaines prévoient des médicaments lorsque les chiffres restent trop élevés après une période de changement de mode de vie, ou d’emblée à partir de 140/90. Pour les personnes traitées, l’ESC vise une tension systolique de 120 à 129 mmHg si elle est bien tolérée.
Un traitement ne s’interrompt jamais de soi-même, même quand les chiffres s’améliorent. En cas de doute, le médecin ou le pharmacien reste le premier interlocuteur.
L’OMS le répète, l’hypertension est évitable et traitable. Reste à la dépister, ce qui, dans un pays où des millions de personnes ignorent leur statut, ne demande qu’un tensiomètre et quelques minutes. Cet article est informatif et ne remplace pas l’avis d’un médecin.
Issa Kone