Suivez Nous

JOEL DJIGBÔ, ex-membre du groupe “DJIGBÔ“ désormais PDG de “IVOIRE PHOTONS-TECHNOLOGIES“ : « Nous invitons l’Etat à nous aider à former nos jeunes aux métiers des énergies renouvelables. Car c’est un métier d’avenir »

Arsene DOUBLE | | Société

JOEL DJIGBÔ, ex-membre du groupe Zouglou “DJIGBÔ“ qui a connu son temps de gloire sur l’échiquier musical ivoirien dans les années 1996 avec son titre à succès “Paradis“, fait aujourd’hui figure de chef d’entreprise. Il est à la tête de “IVOIRE PHOTONS-TECHNOLOGIES“, une entreprise spécialisée dans l’énergie solaire. Dans un entretien accordé à 100pour100culture, JOEL DJIGBÔ a donné un peu plus de détails sur le mode opératoire de son entreprise “IVOIRE PHOTONS-TECHNOLOGIES“, non sans revenir sur sa reconversion de la musique à l’industrie solaire.

Comment votre reconversion de la musique à l’industrie solaire s’est-elle passée ?

Il n’y a pas eu réellement de reconversion. Disons que c’est une suite logique. Parce que pour moi, le Zouglou a toujours été une base. Même si j’ai pris un peu du recul, je reste Zouglou.  Dans les années 90, quand nous avions le vent en poupe, je poursuivais les études.

Je venais d’avoir mon BEPC, quand “Paradis“ est sorti. J’étais en classe de seconde. Et, j’ai toujours priorisé les études. Car, feu mon père était très à cheval là-dessus. Pour lui, c’était la condition pour que je continue à faire du Zouglou. J’avais donc intérêt à m’y intéresser.

Ce sont des valeurs que j’ai intégrées jusqu’à mon arrivée en France, où j’ai rencontré ma première femme, la mère de mon fils. L’idée de toujours apprendre m’amène à m’inscrire dans une école d’électronique industrielle, où j’ai eu mes différents diplômes.

Après, je me suis perfectionné dans le domaine des énergies renouvelables. Puis, j’ai travaillé pour plusieurs entreprises, notamment Concept Habitat et UDF ENL en tant que technicien de maintenance.

Juste pour dire que c’est une suite logique. Il n’y a pas eu vraiment de reconversion. Certes j’ai pris un peu du recul par rapport à l’activité artistique, mais je fais aussi le Zouglou à ma manière. Il est bon de savoir que le Zouglou compte plusieurs branches. Il y a ceux qui chantent, ceux qui font de la musique (les arrangeurs), ceux qui font du business (des affaires) et des cadres tels que nos “Kôrô“, les Parents du Campus. Chaque fois qu’il y a des festivités “zougloutiques“, tous répondent présents.

Pourquoi avoir choisi de travailler sur des solutions en autoconsommation et optimisation énergétique plutôt que la production musicale ou autre chose par exemple ?

Mon orientation vers les énergies renouvelables est venue d’un constat amer, lors d’un passage à Abidjan en compagnie d’un ami. Entre 1999 et 2000. En visite dans un village, nous avons constaté que les habitants étaient complètement privés d’électricité. Ils n’avaient pas accès à l’information, à l’éducation et à des centres de santé. J’ai en même temps été surpris et peiné de voir qu’il existe encore dans ce nouveau monde de telles irrégularités. Je me suis donc dit qu’il fallait agir en conséquence.

Une fois rentrée en France, je décide de me lancer concrètement. En mettant à profit mes compétences en électricité. Car, je disposais d’une connaissance générale en électricité, notamment dans le domaine tertiaire, industriel et domestique. Ce qui m’a donc motivé à m’orienter vers les études, dans le domaine des métiers des énergies renouvelables.

A partir de là, je me suis dit qu’il fallait que j’aie tous les attributs nécessaires pour pouvoir répondre à ce besoin en énergie renouvelable soit par un volet associatif, soit par une entreprise. Aussi, il fallait Challenger les coûts pour permettre à toutes les classes d’avoir accès à cette énergie. Vu qu’en Afrique, nous avons le soleil en abondance, il était hors de question, pour moi, que nos populations ne puissent pas en tirer profit.

Il est bon de rappeler qu’un tel challenge nécessite également une volonté réelle de nos autorités politiques. Leur soutien est de mise pour remédier efficacement à ce manque. Malheureusement, en Afrique, de telles initiatives souffrent d’un manque de volonté politique, contrairement en France où les entrepreneurs bénéficient d’une largesse au niveau des accompagnements.

Pour l’heure, nous nous battons tous seuls dans l’espoir d’y arriver.

Votre insertion dans cette branche a dû tout de même faire appel à une formation professionnelle. Peut-on avoir une idée du parcours entre les études en Europe, votre expatriation dans votre pays pour y installer votre entreprise ?

Je suis titulaire d’un diplôme d’électricité d’équipement industriel, tertiaire et domestique et d’un diplôme de technicien supérieur en étude, conception et planification des systèmes solaires photovoltaïques. Ayant appris parallèlement la comptabilité, j’ai aussi un niveau Bac+3 en comptabilité et gestion juridique des entreprises. Je suis également titulaire d’un diplôme de contrôleur de gestion.

J’ai essayé de joindre toutes ces cordes à mon arc afin d’avoir tout le confort possible en tant qu’entrepreneur. L’entrepreneuriat est un monde très difficile, où il ne faut pas avoir trop de lacunes. Connaître son métier est bien beau, mais apprendre la gestion, le développement et tous les contours de son business est aussi important.

C’est donc le lieu pour moi d’exhorter, par votre biais [100pour100culture, ndlr], tous nos frères vivant en Europe à saisir toutes les opportunités de formation qu’offrent les pays européens. Il y a plusieurs opportunités de formation dans ces pays qu’en Afrique. C’est donc ce que j’ai fait jusqu’à maintenant. Je continuerai d’apprendre et de me performer tant que j’aurai la possibilité de grandir en mon savoir. Car notre savoir, nul ne peut nous en priver.  Voici ce qui fait ma force en tant qu’entrepreneur.

 Comment se comporte aujourd’hui votre entreprise sur le terrain ?

Mon entreprise se comporte bien actuellement. Bien que nous ayons eu des débuts difficiles comme toute jeune entreprise qui se crée sans véritables moyens. Nous avons atteint la vitesse de croisière, je crois, ces deux dernières années. Mais malheureusement, le Covid-19 est passé par là. Et nous avons connu une baisse de nos activités due à l’importation de nos produits.

A présent, les choses commencent à s’améliorer. Donc, de façon générale l’entreprise se comporte bien. Toutefois, je ne vais pas donner les chiffres ici. (Rire) Sinon après les impôts vont m’attacher.

Les ivoiriens comprennent-ils que l’énergie solaire est accessible ?

Si. Nous développons des produits pour toutes les classes. Cela peut partir du simple panneau pour le petit habitant ou la petite case du village jusqu’à une centrale industrielle. Nous touchons donc toutes les couches sociales de la population.

Le facteur coût reste un aspect important car nous travaillons avec du matériel de qualité. Nous avons le privilège d’avoir des produits à des coûts défiant toute concurrence avec nos partenaires fabriquant en Europe. Et nous essayons de les répercuter sur la population pour vraiment les aider à s’équiper, pour les accompagner, pour être présent tout au long de la vie de leurs produits.

 Il est clair que les Africains ont besoin de l’énergie solaire. Cependant, qui peut bénéficier d’une installation solaire ?

Tout le monde peut bénéficier d’une station solaire. Nous développons, en notre sein, des facilités de paiement pour permettre l’accessibilité à tout le monde. Par exemple, les maisons qui sont sur des systèmes hyper-coûteux, qui ont décidé de s’autonomiser avec le soleil, peuvent bénéficier de nos mesures d’accompagnement pour passer de longs termes. Notons que ces mesures tiennent compte du risque et sont fonction de l’environnement où vous évoluez.

L’énergie solaire est-elle de nos jours à la hauteur de la bourse de l’ivoirien lambda ou reste-elle encore aujourd’hui un produit de luxe ?

Comme je viens de le dire, nos produits sont accessibles à tous. Partant du système le plus simple dans un ordre de coût relativement faible pour alimenter une lumière, deux à trois points lumineux, une télévision, un ventilateur, qui sont des besoins basiques dans nos villages, au système hyper-coûteux.

Par le biais des coopératives, on offre aussi des facilités de paiement. Car l’accès direct à nos parents cultivateurs est un peu difficile.

L’Etat est-il conscient de l’importance et des avantages de l’autoconsommation et optimisation énergétique ? Que fait-il dans ce sens ?

Si. Nous bénéficions de quelques accompagnements de la part de l’Etat, mais pas suffisant. Insistant sur la formation, nous invitons l’Etat à nous aider à former nos jeunes aux métiers des énergies renouvelables. Car c’est un métier d’avenir. Malgré notre bonne volonté, nous ne pouvons pas assurer la formation d’un nombre suffisant de jeunes. Il faut que l’Etat mette les moyens à notre disposition pour développer cet aspect formation, qui est vraiment très important.

Aujourd’hui, tout jeune d’un niveau 3e, qui a les bases en électricité, peut bénéficier de notre formation. Lui permettant de pouvoir soit travailler avec nous, soit ailleurs, soit créer son propre business.

Sinon que c’est un peu difficile. Nous n’avons pas d’accompagnement financier. Ce n’est pas facile de contracter des prêts auprès des banques en tant que nouvelle entreprise.

Pour le jeune entrepreneur que je suis, qui n’était guidé que par son savoir, les choses n’ont pas du tout été facile. Je suis revenu en Côte d’Ivoire sans argent, mais avec une croyance et mon savoir. J’avais juste le minimum pour vivre.  En venant donc en Côte d’Ivoire pour développer mon projet, j’étais conscient des difficultés qui m’attendaient. Je m’y étais préparé. Il y a 8 ans en arrière, cela n’était pas ancré dans les mœurs des populations. C’est maintenant que cela commence à se développer.

On parle aujourd’hui de 4 grandes tendances qui caractérisent le secteur de l’électricité en Afrique. Quelles sont ces tendances et comment interagissez-vous face à ces tendances ?

En termes de tendance, notons que nous avons deux grandes tendances en ce qui concerne notre secteur d’activité. Nous avons l’autoconsommation avec stockage, c’est-à-dire avec des batteries, et l’autoconsommations sans stockage. Je m’explique. S’agissant de la première tendance, l’autoconsommation avec stockage, elle consiste à stocker son énergie pour l’utiliser ultérieurement. Elle peut être valable pour le particulier qui stocke son énergie le jour pour pouvoir l’utiliser en soirée. Quant à la seconde, l’autoconsommations sans stockage, c’est le fait de produire et de consommer automatiquement son énergie. Elle est plus appropriée aux entreprises, telles que les banques, les compagnies de téléphonies et les pharmacies.

Peut-on avoir une idée de comment fonctionne l’énergie photovoltaïque ?

Bon, je vais essayer de l’expliquer de façon très simple. Les panneaux captent les énergies du soleil et les transforme en électricité, qui est accumulée dans des batteries et transformée par un appareil appelé onduleur, qui peut transformer cette électricité en 24 V, 48 V, 12 V, 220 V (tension monophasée), 480 V (tension triphasée), en fonction du pays où nous nous trouvons. Voici un peu de façon très basique comment fonctionne cette électricité.

Nous avons aussi, dans un système, un régulateur de charge et de décharge, qui permet de contrôler la charge et la décharge de la batterie.

Après, nous avons tous les accessoires de connexion, tous les appareils de sécurité que nous mettons dans l’installation. En fonction de la grandeur et de la puissance, plusieurs éléments viennent s’intégrer dans le système.

Nous avons un contrôle de monitoring à distance pour les installations dites industrielles ou mini-industrielles et pour le particulier qui peut contrôler sa production et sa consommation à distance, quelques soit l’endroit où il se trouve, depuis notre plateforme monitoring. Le particulier peut y avoir recours également pour une optimisation de son installation.

Quelle est votre axe d’action dans la vulgarisation de cette opportunité vue que le soleil est une source intarissable en Afrique ?

J’en ai déjà parlé un peu plus haut (…). Nous sensibilisons les populations par le biais des séminaires. Nous allons aussi dans des contrées lointaines pour permettre à nos populations les plus reculées un accès à moindre coût à cette énergie verte et propre. C’est en cela que nous interpelons nos autorités étatiques afin de nous accompagner dans ces initiatives.

Arsène DOUBLE