Le «Chanté Nwel», un brassage du créole et du français

© CMT / H.Salomon  —  Chanté Nwèl au Lorrain

Chaque année à l’approche des fêtes de Noël, des Antillais d’outre-mer et de métropole se regroupent en famille et entre amis pour célébrer le « Chanté Nwel », une tradition antillaise emblématique qui rythme la période de l’Avent.

« Le Chanté Nwel est un moment important où nous nous réunissons pour chanter des cantiques. Ces chants sont accompagnés de musique et de danse. C’est une manière d’honorer la période de pré-Noël, mais aussi le moyen de retrouver le lien avec nos origines », explique Cathy, Guadeloupéenne et présidente de l’association antillaise Otantika qui promeut la culture guadeloupéenne.

Faisant partie des préparatifs des fêtes de Noël, <<chanté nwel>> constitue un regroupement de personnes pour chanter des cantiques de Noël classiques, mais aussi partager un repas traditionnel. Si, historiquement, cette rencontre se fait dans un cadre familial ou amical, elle s’est généralisée au sein d’entreprises ou donne lieu à des festivités publiques. Les chants de Noël, s’ils conservent souvent les paroles d’origine en français, sont instrumentalisés au rythme des Antilles avec souvent l’utilisation du gwo ka ou de la biguine en Guadeloupe, ou peuvent faire l’objet d’adaptations en créole, notamment concernant les refrains

A cet événement les Chants chrétiens sont chantés mais d’origines africaines
Si la chrétienté tient une place majeure dans la communauté antillaise, les origines africaines importent tout autant. « C’est vrai qu’historiquement, la chrétienté nous a été imposée, dit Toni. Nous avons été évangélisés par le code noir qui réglait la vie des esclaves dans les colonies françaises. Puis le christianisme s’est disséminé un peu partout dans le monde. Nous l’avons intégré, accepté, mais aussi ré-approprié. Il y a chez nous une pratique un peu différente de notre rapport à Dieu. »

Avec le Chanté Nwel, la communauté antillaise recrée, en créole, quelque chose de différent, d’enraciné et relié à l’Afrique. « On transpose et l’on intègre dans ces cantiques des instruments essentiels comme le gwoka ou le bèlè, des tambours aux origines africaines », explique Nathalie, Guadeloupéenne et membre de l’association Otentika.

Ces tonalités, ces rythmes qui évoquent des sentiments sont aussi traduits par la danse. « Quand nos ancêtres africains ont été déportés et débarqués aux Antilles, ils ont amené avec eux une culture qui est restée, dit Cathy. Certes, nous avons développé des traditions qui nous sont propres, mais ça reste ancré dans notre identité. »

« On démystifie le texte, c’est lors des ritournelles qu’on se permet de plaisanter et de faire des allusions à la nourriture, au rhum… On se lâche. C’est le passage aux caricatures où la religion est à ce moment-là vraiment désacralisée. » a expliqué Toni Mango professeur de créole.

C’est aussi ce qu’affirme Yann originaire de Martinique : « Les cantiques sont détournés avec la présence de la musique, de la danse et de la fête. C’est le mélange de toutes ces « saveurs », de ce métissage qui rend ces instants très joyeux. » Et d’ajouter : « Dans notre culture antillaise, tu peux être très respectueux, mettre tes plus beaux habits, avoir un respect du sacré tout en te laissant la liberté d’être moins contenu. »

On rappelle que Cette célébration a fait l’objet en 2007 d’une opération de rapprochement des cultures conjointement organisée par le ministère de la Culture et de la Communication et de la délégation interministérielle pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer.

 

Jean Paul TRA BI

Jean Paul Tra Bi: