À l’approche des élections présidentielles en Côte d’Ivoire prévue en octobre 2025, les figures du monde culturel, entre engagement partisan et appel à la paix, occupent une place centrale dans le débat public. Leur influence pourrait bien peser sur l’issue du scrutin
L’élection présidentielles en Côte d’Ivoire d’octobre 2025 ne se joue pas uniquement dans les meetings ou les urnes. Elle prend aussi corps sur les réseaux sociaux, dans les studios d’enregistrement, et parfois même sur les scènes de concert. Comme à chaque rendez-vous électoral majeur, les artistes ivoiriens oscillent entre soutien affirmé à certains candidats et appels à la neutralité pour préserver l’unité nationale.
Le chanteur Serge Kassy, fidèle soutien de l’ex-président Laurent Gbagbo, a récemment rejoint le mouvement « Trop c’est trop », né au sein du PPA-CI. L’événement a été salué par de nombreuses figures militantes, donnant à la culture un rôle de levier politique. Dans le camp adverse, certains artistes multiplient les appels à la stabilité et à la continuité, incarnée par le RHDP. D’autres, plus prudents, préfèrent garder le silence, redoutant les retombées d’un engagement trop visible.
Mais ce n’est pas nouveau : depuis les années 1990, les musiciens, comédiens, slameurs ou plasticiens ivoiriens interviennent dans la sphère politique. Tantôt mobilisateurs, tantôt médiateurs, ils reflètent les divisions de la société tout en portant la voix du peuple.
La culture comme miroir des tensions et levier d’espoir
Ce rôle croissant des artistes dans l’élection en Côte d’Ivoire interroge. À la fois relais d’opinion et porte-voix des aspirations citoyennes, ils façonnent une conscience collective qui dépasse les discours politiques classiques.
Le reggae, le zouglou, le coupé décalé ou encore le rap sont devenus de véritables vecteurs de messages politiques. L’artiste Tiken Jah Fakoly, bien que souvent éloigné de la scène politique locale, a régulièrement dénoncé les dérives du pouvoir et appelé à des réformes profondes. D’autres figures comme Yodé et Siro, sans choisir de camp, plaident pour une élection apaisée, transparente, et un avenir meilleur pour la jeunesse ivoirienne.
Face à une population jeune, connectée et friande de culture urbaine, les candidats semblent désormais intégrer la stratégie artistique dans leur communication. Concerts de soutien, clips de campagne, slogans chantés… la frontière entre showbiz et politique n’a jamais été aussi mince.
Une influence à double tranchant
À l’approche du scrutin, une question demeure : les artistes peuvent-ils peser réellement sur l’élection en Côte d’Ivoire ? Si leur pouvoir d’influence est indéniable, leur crédibilité dépend souvent de leur indépendance. Trop d’engagement partisan peut entacher leur image, surtout lorsque les intérêts politiques prennent le pas sur les convictions personnelles.
Mais dans un pays où la parole politique est parfois décriée, la voix des artistes reste l’une des plus écoutées. Leur rôle sera donc crucial : non pour désigner un vainqueur, mais pour veiller à ce que le débat reste vivant et respectueux.
Jonas Kouassi