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Le Sénégalais Thione Seck, roi du “Mbalax“, a tiré sa révérence

Arsene DOUBLE | | Musique

Les chanteurs sénégalais Thione Seck (g) et Youssou N’Dour à Dakar, le 9 septembre 2012
afp.com – Seyllou

Thione Seck, roi du “Mbalax“ et seigneur de la musique sénégalaise, est mort, ce dimanche 14 mars, des suites d’une courte maladie, à l’hôpital Fann de Dakar, à l’âge de 66 ans.

 

« Il [ Thione Seck, ndlr ] est décédé ce matin d’une maladie au centre hospitalier de Fann » à Dakar, a déclaré à l’AFP Me Seye, confirmant une information de la presse sénégalaise. Thione Seck, membre de la légendaire formation “Orchestra Baobab“ dans les années 1970 avant d’être sacré roi de la musique “Mbalax“, depuis une quarantaine d’années, est décédé ce dimanche des suites d’une courte maladie, à l’âge de 66 ans.

Issu d’une famille de griots, Thione Ballago Seck – de son nom complet – était considéré comme l’un des seigneurs de la musique sénégalaise avec Youssou N’Dour, Omar Pène, Ismaël Lô ou encore son propre fils, Wally Seck, aujourd’hui l’un des chanteurs les plus populaires d’Afrique de l’Ouest. Son grand-père était griot à la cour royale de Lat Dior, dernier roi du royaume du Cayor qui s’est développé entre le milieu du XVe siècle et 1886. Ce dernier est surtout célébré au Sénégal, pour sa résistance et son esprit patriotique car il lutta toute sa vie contre les autorités coloniales françaises.

Né en 1955 à Dakar, Thione Seck a hérité de son père non seulement sa voix exceptionnelle mais aussi une connaissance profonde des traditions sénégalaises. Sa carrière a commencé dès son enfance, durant laquelle il participa aux cérémonies et aux fêtes traditionnelles comme chanteur et percussionniste. Vers l’âge de 17 ans, il intégra le “Star Band de Dakar“, puis le mythique “Orchestra Baobab“, groupe culte sénégalais des années 70 qui fit danser avec ses fusions des traditions africaines et des rythmes cubains. Mais Thione Seck qui disaient souvent « qu’une chanson qui n’éduque pas, ne sensibilise pas, n’éveille pas les consciences n’est pas une chanson » voulait aller plus loin.

 

Du mbalax aux accents orientaux

C’est ainsi qu’il fonda par la suite ensuite son propre ensemble, “Raam Daam“, un groupe de pur Mbalax, genre né de la rencontre entre plusieurs rythmes locaux, le chant, le funk et parfois le reggae. Sa discographie comprend notamment “Allô Petit“, “Diaga“ et surtout “Orientissime“ signé chez Syllart Records. Sorti il y a une quinzaine d’années, cet album est l’un des plus aboutis de l’artiste selon plusieurs mélomanes. En effet, de manière assez inédite pour l’époque et pour sa stature musicale, il y effectuait une plongée dans les musiques orientales, indienne et arabe, avec cordes, cuivres, oud, kanun, cithare et tablas.

L’album avait été enregistré tout au long de voyages à Madras, Paris, Londres et Le Caire, avec nombre de musiciens locaux. Thione Seck, élevé dans la tradition musulmane, y brouillait les pistes, transcendant tous les genres – entre chant wolof, gammes indiennes, mélopées arabes – et le fameux mbalax, toujours là en filigrane. À Dakar, il avait pendant longtemps animé plusieurs fois par semaine son propre club, le Kilimandjaro.

 

Les belles voix de la musique sénégalaise le pleurent

« Nous sommes tous consternés. Nous avons perdu un grand homme, un parolier, notre grand frère », a réagi dans les médias locaux Youssou N’Dour, l’autre roi du mbalax, après avoir réconforté la famille du chanteur à l’hôpital de Dakar où il est décédé dans la matinée.

« Il ne fait pas dans la dentelle, il dit ce qu’il pense et puis c’est tout », a dit de lui son compère Omar Pène, sur la radio privée RFM.

 Ismaël Lô a, quant à lui, salué « l’intégrité, la sincérité, la générosité et la piété » du musicien né le 12 mars 1955 à Dakar.

Arsène DOUBLE

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