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« MANY THINGS » DE SEUN KUTI (FILS DE FELA ANIKULAPO KUTI) : Un album signé au nom du père, du fils et de l’Afrobeat !

Atse Ncho De Brignan | | Musique

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Les mélomanes connaissaient bien sûr Fela, le célébrissime créateur de l’Afrobeat, l’homme aux vingt-sept femmes mort du sida, il y a bientôt onze ans, mais aussi Femi, son fils aîné, lors des scènes populaires au Nigéria. Désormais, il faut compter avec Seun (prononcer Shéhoun ; l’abréviation de son prénom Oluseun qui signifie « Dieu a fait de grandes choses » en langue yoruba du Nigéria, le nouveau prince de l’Afro beat. Le benjamin du plus célèbre chanteur du Nigeria vient de sortir son premier album : Many Things avec l’aide des mythiques musiciens de son père, Egypt 80.

De son vrai nom Oluseun Anikulapo Kuti, Seun Kuti, est le benjamin des trois fils du chanteur nigérian Fela Anikulapo Kuti né en 1982. L’aventure commence très tôt pour le jeune Kuti. Déjà adolescent, il intègre la formation musicale, Fela’s Egypte 80, de son père. Ses membres jouent ensemble depuis plus de vingt ans prouvant que la musique est avant tout une histoire de relations humaines et que même à plus de 70 ans, un musicien de génie peut encore servir à quelque chose.

Many Things (« nous avons fait beaucoup de choses ») est l’une des sept chansons qui doit son titre à l’album. Ce titre phare et satirique débute par un extrait d’un discours d’Obasanjo, l’ex-président du Nigéria. La section rythmique en est vraiment saisissante et le bassiste Kayode Kuti est l’une des surprises de cet opus. Quant au batteur, Ajayi Adebiyi, il n’a rien à envier aux plus grands du jazz contemporain, à l’instar d’un Al Foster ou d’un Paco Séry. Les deux trompettistes – Emmanuel Kunnuji & Olugbade Okunade – apportent leur touche en tant que solistes dans les titres « Many Things » et « Mosquito Song ».
Fela Kuti pourrait être fier de son fils : Seun Kuti est devenu le véritable maître de l’afrobeat, le meilleur de cette longue tradition musicale.

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« Contrairement à Femi qui a pris ses distances avec mon père, est parti aux Etats-Unis et créé son propre groupe, moi je suis resté jusqu’au bout avec lui. Quand je suis né mon père avait près de 50 ans. Il était moins radical, il chantait moins, il était beaucoup plus souvent à la maison, et j’ai été très proche de lui. Il m’a vraiment choyé. Mais ce n’est pas lui qui m’a poussé à faire de la musique, ni ma mère. Je l’ai décidé de moi-même, à l’âge de 8 ans, et j’ai pratiqué tous les jours pendant des années. Un jour, mon père m’a demandé ce que je voulais faire dans la vie. J’ai dit : « Chanter sur scène ! ». Il a dit : « Mais tu sais chanter ? ». Alors je lui ai chanté « Sorrow, blood and tears » et je l’ai épaté. On a répété avec le groupe, et j’ai donné mon premier concert en 1991. J’avais un trac terrible. Mon père m’a dit après le concert : « Tu ne dois pas avoir peur du public. Tu dois faire face ! », se souvient-il encore.
À la différence de ses frères et sœurs, Seun a profité de la relative présence de son père à la fin de sa vie pour apprendre et tirer les leçons de son discours et de sa musique. Lorsque son père meurt, le 2 aout 1997, il a tout juste 15 ans, et rares sont ceux, parmi ses proches, qui le croient capable de reprendre le flambeau. Le jeune héritier est conscient de la portée planétaire de l’œuvre de son père : « Si l’afro-beat a une reconnaissance planétaire aujourd’hui, c’est parce que l’audience de Fela était planétaire ! ».

L’orchestre du père, Egypt 80, un des orchestres les plus légendaires d’Afrique, est devenu celui du fils. Depuis, il le dirige comme chanteur soliste et saxophoniste. Avec les musiciens, Seun fait revivre la plus originelle incarnation de l’Afro beat. Il a su s’imposer comme une star à part entière faisant de lui, sans doute, le dépositaire de l’héritage musical de son père. Désormais, très aguerri sur scène, Seun fait vibrer le public lors de ses concerts. Sa dernière sortie au Bataclan, à Paris, le 26 mai dernier en témoigne.
A 26 ans aujourd’hui, avec la sortie de Many Things, c’est donc un véritable coup de maître que Seun Anikulapo Kuti signe au nom de son père (Fela), du fils (qu’il est en tant qu’héritier) et de l’Afrobeat, le genre musical devenu un héritage familial.