Au Malawi ; un artiste utilise sa musique pour défendre la cause des albinos

Musicien des rues et albinos, Lazarus Chigwandali s’est progressivement imposé dans la musique au Malawi. Aujourd’hui, il a décidé d’utiliser sa jeune notoriété musicale pour défendre les siens, cibles de préjugés, de rejet et de violences de toutes sortes.

Agé de 39 ans, Lazarus Chigwanda est né à Dedza, une petite ville du centre du Malawi. Il se met à la musique depuis son très jeune âge accompagné de son frère Peter, tous deux albinos. Après le décès de son frère des suites d’un cancer en 2006, Lazarus se dirige vers la capitale de son pays Lilongwe pour l’eldorado. Il commence par s’installer devant un “Fast Food” où, avec les cordes de son banjo, il entonne des chansons en échange de quelques pièces. 

Sa musique, un mélange de rock et de country rythmée et énergétique attirent des oreilles curieuses et lui confère une notoriété qui le distingue de la concurrence de ses voisins des rues. Et bigo, une vidéo de l’une de ses prestations filmées par un touriste il y a un an maintenant, tombe entre les mains d’un producteur suédois et signe pour lui le démarrage d’une véritable carrière. 

Johan Hugo produit alors son tout premier disque intitulé “Stomp on the Devil” (“Piétiner le Diable”), en septembre, une chanson qu’il dédie à tous ses frères albinos.  

Le Malawi étant un pays encore très traditionaliste, les albinos sont pourchassés, tués et amputés de leurs membres. On les utilisent ensuite pour des rituels censés apporter richesses et chances. Lazarus Chigwandali évoque dans son album la détresse qu’ils vivent au quotidien, les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Pour avoir lui-même vécu une enfance tourmentée par les préjugés, il sait ce qu’il en est. Son frère et lui ont dû subir beaucoup d’humiliation et de rejet avec pour seul soutien leur mère. 

Grâce à la musique, Lazarus est maintenant un peu épargné des préjugés. La reconnaissance artistique lui a enlevé cette peur qui l’animait des années en arrière. Il est maintenant une fierté et à travers sa musique, l’artiste compte toucher le cœur des gens et changer les mentalités sur l’albinisme. Il souhaite par sa musique donner une voix aux albinos afin qu’ils sortent de cette peur qui les empêche de vivre. « Ils ont autant de valeur que n’importe quel autre être humain », a-t-il affirmé. 

Des titres de son album sont déjà diffusés en avant-première sur la prestigieuse BBC britannique. Son souhait est de devenir le nouveau Salif Kéita, l’icône de la musique malienne qui est un grand espoir et de réussite pour tout albinos. Un documentaire a été réalisé par le réalisateur américain David Darg sur sa vie pour aider à casser les idées préconçues sur les albinos. 

 

Irène COULIBALY

Irene COULIBALY: