Tel un roc, Kalujah résiste à l’érosion. A force de persévérance et de travail, il est aujourd’hui en passe de franchir le rubicon. Et sa chanson « je ne suis pas dedans » pourrait y jouer un rôle prépondérant. Dans la ferveur de cette reconnaissance enfin, l’enfant de Golizra a bien voulu dire son état d’esprit dans cet entretien avec 100%culture, non sans pointer des doigts aux défuntes maisons de disques en Côte d’Ivoire qu’il compare à « des fast-foods. »
Entretien.
Entretien.
De « Bebidjo « à « Kalujah », tu es finalement passé du rap au reggae. On est bien tenté de savoir où tu vas ?
La plupart des rappeurs ne savent pas chanter en général. Moi j’ai eu la chance de savoir chanter, » toaster » et rapper. En 1998, je me suis dit que je commettais une erreur d’opter pour le rap. Et vu qu’à partir des années « 1990 » le Rap à mes yeux avait changé d’idéologie et que de plus en plus on pouvait voir des « rappeurs » fortunés avec des « Ferrari », cela n’était plus ma conception du rap du temps des « Bagui « et autres. En un mot, je ne voulais plus être un cheveu sur la soupe du rap.
Alors ! De « Travaux forcés », ton premier album produit par les RAS à maintenant, tu évolues désormais dans la musique reggae, mais on constate aussi qu’avec ce genre musical, la carrière n’avait jusque-là pas décollé. Qu’est ce qui a pu être un frein à ta carrière ?
Je me suis retrouvé pendant longtemps dans un désert artistique. Mais cela ne m’a pas empêché de meubler mon actualité durant toutes ces années. Et même si ce n’était pas des choses de nature à me propulser dans un premier temps, il était important pour moi de m’exprimer en tant qu’artiste et surtout de le rester malgré la difficulté liée peut-être au manque de vrais producteurs ou détenteurs professionnels de talents en Côte d’Ivoire. Le plus important pour moi était de rester en scène le temps que le déclic arrive.
N’est-ce pas une accusation grave de dire qu’il n’y a pas de producteurs ou de vrais détecteurs de talents en Côte d’Ivoire ?
Tu sais, il ne faut pas se voiler la face. Le constat est clair. Si les maisons de disques et de production avaient été professionnelles, elles ne seraient pas toutes fermées aujourd’hui. C’est vrai qu’il y a eu le facteur de la guerre qui depuis 2002 a favorisé une « émergence » de la piraterie en Côte d’Ivoire, mais c’est ça aussi être » professionnel », de savoir faire face à des situations difficiles au niveau de la production et la promotion des œuvres musicales. Que ce soit Showbiz, Tropic Music, JAT music et tous les autres, je considère que ce sont des maisons de production
« fast-food » qui ont tout juste produit et fait la promotion de ces artistes qui les ont finalement tuées et voir enterrées.
En Côte d’Ivoire, on aime bien produire des sons qui font du bruit sans structure musicale derrière. Nous autres, nous souffrons parce que nous refusons de nous prostituer et nous résisterons jusqu’à ce que des producteurs professionnels nous produisent.
En Côte d’Ivoire, on aime bien produire des sons qui font du bruit sans structure musicale derrière. Nous autres, nous souffrons parce que nous refusons de nous prostituer et nous résisterons jusqu’à ce que des producteurs professionnels nous produisent.
Pour revenir à ta carrière, peut-on donc dire que le déclic est enfin là ? Vu que ta chanson « je ne suis pas dedans » connaît un succès
remarquable sur les ondes des radios ivoiriennes depuis quelques mois.
J’ai été aussi surpris du boom de cette chanson sur l’onde des radios, et il faut reconnaitre que cela contribue quelque peu à me remettre en selle. Seulement cette production fait partie d’une compilation produite par Alpha Blondy avec d’autres artistes. Blondy n’a pas vraiment eu le temps d’en faire la promotion mais n’empêche que ce titre s’est démarqué des autres. C’est d’abord « Zion Radio » qui a commencé à le passer en boucle et les autres ont suivi. Le message a sûrement plu au public qui l’a tout de suite adopté.
Alors selon toi pourquoi le public aime bien cette chanson ?
Cette chanson m’a été inspirée dans la « mouvance » de l’accord de paix pour la réconciliation en Côte d’Ivoire après la crise qu’elle a traversé. L’essentiel du message est que le peuple dise « non » aux politiciens qui l’ entraînent souvent sur des terrains assez compliqués. Alors, J’ai voulu à travers ce refrain « je ne suis pas dedans », que nous chantions tous à l’unisson pour nous désolidariser des projets des politiciens de nature à diviser le peuple que sur le plan religieux qu’ethnique.
Alors comment tu vois l’avenir ?
Je crois que la Côte d’Ivoire a traversé des moments difficiles et c’est pourquoi il ne faut pas que le dialogue s’arrête. Nous sommes un peuple uni à l’origine et c’est ce qui doit être.
Et pour ce qui concerne ta carrière ?
Je suis en ce moment en train de finaliser mon dernier album. Nous comptons maximiser la promo de « je ne suis pas dedans en prélude au prochain album qui va dévoiler une autre facette de Kalujah.
Ton mot de fin ?
Il faut que la paix revienne en Côte d’Ivoire.
Firmin Koto