Incontestablement le meilleur de sa génération, une carrière bien remplie auréolée de prix au plan international et national. Sans faux fuyant, Bailly Spinto, le chanteur à la voix d’or a bien voulu répondre à nos questions et donner son point de vue sur l’actualité du moment. Interview.
Vous êtes une icône de la musique Ivoirienne avec 30 ans de carrière, aujourd’hui pouvez-vous nous faire un bilan de votre riche parcours.
Je ne suis pas encore à la retraite, bien au contraire je me bonifie comme un vieux vin. Pour parler de bilan j’ai eu une carrière bien remplie toujours sur la rampe de l’actualité musicale. Pendant une longue période j’ai été meilleure vente, meilleur artiste Africain, la preuve j’ai été le premier artiste Ivoirien à jouer à l’Olympia et à être sur scène avec Africando au Zénith en France. Sur le plan mondial j’ai fait des concerts dans plusieurs villes, aux Etats-Unis et dans d’autres pays en Europe. J’ai une discographie qui continue de plaire à mes fans et à la génération décalée. La plupart de mes chansons sont devenues des classiques légendaires et sont reprises par des chanteurs d’ici et d’ailleurs. J’ai une Radio qui va bientôt émettre avec des tubes de ceux qui ont donné les lettres de noblesse à la musique mondiale tels que les James Brown, Steve Wonder, Johnny Halliday et une part belle aux artistes Africains et Ivoiriens. Pour ces fêtes de fin d’années, j’étais en attraction pour des concerts live à Paris et au Golf Hôtel Abidjan. Pour ces fêtes de saint valentin j’ai eu à honoré plusieurs concerts. Et puis grâce à Dieu je sors de terre une bâtisse qui répond aux normes de l’habitation, un petit château non loin de l’Académie de la mer pour mettre ma famille à l’abri.
Et pourtant vous ne roulez pas en carrosse comme ces artistes Américains qui se déplacent en jet privé, avec une ligne de vêtements et des parfums. Avez-vous des regrets ?
Nous, les artistes Africains de ma génération on aurait pu être des multimilliardaires et avoir une vie en rose comme vous le dites plus haut. Nos gouvernants en Afrique n’ont jamais mis sur place une politique de lutte contre la piraterie des œuvres des artistes. C’est dans ce tohu-bohu que nous avons évolué. Il y a des moments où nous avons voulu tout abandonner. La grosse plaie de l’industrie musicale reste la piraterie. Cette pandémie a appauvri les artistes. Nos œuvres musicales à peine sorties sur le marché se retrouvent dans le réseau de la piraterie à telle enseigne que ces bandits à col blanc se remplissent les poches au détriment des artistes. A la sortie de son album, un artiste peut connaître un succès médiatique et croupir sur le poids des dettes, pire d’autres n’arrivent pas à payer leurs loyers et vivent dans des conditions déplorables. C’est pour cela que nous connaissons ces derniers temps des morts en cascades. Des regrets, oui je n’ai pas eu l’aubaine d’être encadré par un major pour mieux vendre mes albums qui étaient pourtant de bonne qualité. J’ai dû me battre tout seul et avec l’aide des mécènes pour me faire une place au soleil.
IL y a eu un duel musical entre le papa national Lougah François et vous le rossignol qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive à son temps. Avec du recul qu’est-ce que vous avez tiré de cette opposition ?
Ce fut une belle époque de la musique Ivoirienne, nous avions à cœur de montrer aux yeux du monde que les artistes Ivoiriens ont du talent à revendre. Pendant pratiquement deux mois, les prometteurs et managers ont fait monter le mercure. Personne ne voulait se faire raconter cette belle fête entre deux monstres, deux feelings aux répertoires aussi riches que variés. Même dans les coulisses le jour du spectacle, il y avait une bataille sur le choix de celui qui allait prester en premier entre François Lougah et moi, juste pour dire jusqu’où nous avions atteint le paroxysme du show. Selon les organisations le gagnant de ce duel musical, c’est la musique Ivoirienne. Mais après ce spectacle des personnes aux esprits chagrins ont voulu faire des comparaissons malsaines pour porter atteinte à ma carrière. Il faut reconnaître que ce duel entre François Lougah et moi a boosté ma carrière et donner une suite favorable à ma carrière. Je profite de cette occasion pour remercier mes fans qui m’ont apportés leur soutien jusqu’à ce jour, je leur dois une fière chandelle.
L’on raconte que vous avez « mangé » avec tout les Présidents de Houphouët à Bédié, Guéi en passant par Gbagbo et aujourd’hui le président Alassane Ouattara ?
Le président Houphouët est un homme de culture de haut niveau et le premier sponsor des artistes Africains, Ivoiriens même mondiaux. Je peux citer pèle-mêle des noms tels que; Manu Dibango, Bocana Maïga, Salif Keita, Myriam Makeba et même la star mondiale Steve Wonder pour ne citer que ceux là qui ont reçu la sympathie du Président. Donc vous conviendriez avec moi que c’est d’ailleurs normal que le premier Président de la Côte-d’Ivoire nous aide à nous épanouir. En ce qui me concerne, je pense cette admiration est due à mon talent et à la qualité de mes albums. Quant au Président Henri Konan Bédié, il est mon parrain. Avec lui, j’ai une relation affective. C’était pour moi la continuité du Président Houphouët. Quant au Président Guéi, j’ai été associé aux spectacles de sa campagne, c’est mon métier. Les organisateurs ont payé mon cachet pas plus. Le Président Laurent Gbagbo, c’est mon frère, ça tout le monde le sait et je ne peux le renier. Lui et moi avions des relations fraternelles. Pour le Président Alassane Ouattara certainement cela est dû à mon vécu parce la plupart des ministres du gouvernement ont été bercé par mes chansons et puis je suis heureux qu’il m’apprécie et au travers de moi, ce que font les artistes Ivoiriens dans toute la globalité. Donc pour ceux qui pensent que je suis l’artiste des Présidents cela n’est pas de mon fait, je ne fais pas de la politique, juste un artiste-chanteur qui par ses mélodies, adoucie les cœurs, maintenant si cela est apprécié au haut niveau de l’Etat, je rends gloire à Dieu.
La musique Azonto ou Xmelya venue du Nigeria dame le pion au Coupé Décalé, quel conseil pouvez-vous donner à la génération ARAFAT, DJ MIX, SERGE BEYNAUD pour prendre le dessus ?
Douk Saga est venu avec un mouvement qui s’est transformé en musique. Mais aujourd’hui qu’est ce qu’on remarque un véritable vacarme. Mais qui plait aux mélomanes de leur génération et cela marche puisqu’ils font des spectacles sur plusieurs scènes en Europe et aux Etats-Unis. Les artistes de coupé décalé ont du succès médiatique. A ce titre, ils ont le devoir de pérenniser cette tendance en hommage au créateur Douk Saga en apportant des nouveautés au niveau du feeling. Ils doivent apporter des textes bien agencés, et une bonne orchestration derrière; que de crier avec des paroles peu audibles. Notre capitale Abidjan est la plaque tournante de la musique mondiale, il n’est donc pas question pour eux d’être à la traine, ils doivent jouer les premiers rôles, ces artistes ont du talent à revendre. Ils vont rebondir avec de nouveaux concepts, j’ai foi en eux.
La Côte-d’Ivoire pendant la crise postélectorale a connu des moments effroyables, comment vous avez vécu cela ?
Un sauve qui peut, j’étais menacé de mort, ma tête était mise à prix, j’ai erré ça et là. C’était insoutenable d’être un refugié dans son propre pays. Ce sont des souvenirs inoubliables qui seront gravés dans la mémoire collective. Mais aujourd’hui il faut tourner la page et reconstruire notre Côte-d’Ivoire, la belle. C’est pour cela je lance un appel aux nouvelles autorités pour aller à une réconciliation vraie, et pour cela, il faut accorder une amnistie générale de tous les acteurs politiques; comme le faisait le Président Houphouët. Une paix à l’Ivoirienne.
Les éléphants de Côte-d’Ivoire, composés d’une pléiade de grands joueurs a eu la peine pendant 23 ans pour remporter la coupe d’Afrique ?
Avant tout commentaire je voudrais qu’on arrête de traiter Drogba et Zokora de la sorte. Il ne faut pas avoir la mémoire courte nous savons tous combien de fois Drogba a tout donné à cette équipe. J’ai encore des frissons quand je parle des sacrifices qu’a faits ce joueur. On se souvient qu’à la veille de la coupe du monde en Allemagne, blessé au bras lors d’un match amical avec le Japon, en valeureux capitaine, il a donné le meilleur de lui même. Un autre exemple suite à une opération au genou, à peine guéri, Drogba a tenu à être à la coupe d’Afrique organisée au Ghana. Si je dois citer les qualités du joueur on n’en finira pas. C’est vrai que le football est un jeu collectif mais Drogba à lui seul a porté haut le drapeau de la Côte- d’Ivoire, que se soit à l’olympique de Marseille, à Chelsea et dans d’autres clubs. Regardez dans les championnats Italiens et Anglais il y a des joueurs « vieillissants » qui continuent de jouer au plus haut niveau. Jamais ils n’ont été humiliés et jetés à la porte. Pour une histoire de brassard de capitaine on le traite de moins que rien. Voilà un autre joueur, Zokora Didier, ce joueur polyvalent a toujours mouillé le maillot. Aujourd’hui il est vilipendé, traiter de » vieux » joueur. Et pourtant ces deux joueurs pouvaient apporter un plus aux jeunes joueurs qui font leurs entrées. Ils ont besoin d’être encadrés par » ces doyens » qui ont du vécu et une forte expérience des joutes internationales. Je n’ai rien contre ces nouveaux talents, mais faisons attention pour ne pas les » griller ». La preuve pendant la coupe d’Afrique, nous avons vu une équipe pas trop sereine et rassurante dans ces différents compartiments. Vous savez chaque génération à son histoire, les Laurent Pokou, Kallet Bially et Gnegnery malgré leurs talents n’ont jamais remporté une coupe d’Afrique. Après il y a eu la génération de Pascal Miézan. C’est en 1992 que nous avons gagné la coupe d’Afrique avec des joueurs comme Gadji Celi, Aboulaye Traoré, Yousouf Falikou, Tiehi joel, Gouamené Alain, Lago Patrice et autres. Cette génération à Drogba a fait connaitre la Côte -d’Ivoire sur le plan mondial, c’est peut-être leur destin. Aujourd’hui, par la grâce de Dieu nous avons remporté cette coupe après 23 ans de disette avec la bande à Yaya Touré. Nous l’avons gagné dans la douleur face à un pays frère le Ghana. Logiquement, elle doit nous réconcilier et nous amener à la paix durable.
Il a y a aujourd’hui une floraison d’artistes qui ont choisi de faire de la musique leur gagne pain, quels conseils pouvez vous leur donner ?
Il ne faut pas venir à la musique sur un coup de tête. C’est un métier difficile qui demande beaucoup de sacrifices. Un artiste, c’est le miroir de la société, nos faits et gestes sont passés aux peignes fins par les paparazzis, donc ils doivent faire attention. Maintenant sur le plan musical et discographique, il faut avoir des textes certes dansants mais sensibiliser les fans sur les fléaux de la société. Surtout faire des économies pendant qu’on a du succès. Avoir des réalisations qui vous permettront de vivre aisément aux temps de vaches maigres. Tout simplement parce que le succès d’un artiste ne dure pas une éternité…
Jean Paul Kipré Leroy