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Interview  : Olivier Yro « Ma vision de l’union »

Cheickna D Salif | | Média

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Président de l’Union des journalistes culturels de Côte d’Ivoire de 2003 à 2008, Olivier Yro est aussi, depuis un an, président fondateur de l’Union des journalistes culturels d’Afrique de l’Ouest. Qu’est-ce qui fait courir l’homme ? Ses ambitions ?

Pendant 5 ans vous avez présidé aux destinées de l’UJOCCI. Quel regard portez-vous sur cette union après votre départ ?

A dire vrai, quand je prenais la tête de l’union en 2003, j’avais mes rêves et mes ambitions. J’avais un défi, celui de donner une autre vision du journalisme culturel. D’abord au journaliste lui-même et ensuite aux lecteurs et partant, à toute la nation. En quittant la tête de l’Ujocci, parce que je me sens foncièrement journaliste culturel, j’ai la satisfaction que plus jamais les gens ne pensent et ne croient que le journaliste culturel est celui qui n’écrit que des potins. Sa spécialisation est reconnue de tous et même par l’Etat puisque j’ai eu l’honneur d’avoir été fait chevalier du mérite culturel ivoirien en décembre 2007. Avant nous, jamais le mérite des journalistes culturels n’avait été reconnu. Pour cela, je remercie encore le ministre de la Culture et de la Francophonie, Augustin Kouadio Comoé. Nous avons démontré que les journalistes culturels ne sont pas là uniquement pour des reportages. Mais qu’ils développent une capacité d’initiative et de conception pouvant aider l’état ivoirien à adopter une politique culturelle dynamique. Et nous l’avons prouvé en organisant les premiers états généraux du cinéma en 2004. Ce qui n’avait jamais été fait par les cinéastes eux-mêmes. Les résolutions de ces assises qui ont réuni tous les acteurs du 7e art ivoirien ont débouché récemment sur deux décrets présidentiels portant création de l’Office Ivoirien du Cinéma et du Fonds de Soutien à la Création Cinématographique. Cela également est à mettre à l’actif de l’Ujocci sous notre mandat. Certes, il reste beaucoup à faire, parce que nous avons la conviction de n’avoir pas tout fait puisque nous n’avons pas la science infuse. Mais nous avons la foi que l’équipe qui est aux affaires a les capacités de conduire un idéal et d’ajouter une pierre à l’édifice.

Que savez-vous de votre successeur et qu’en pensez-vous ?
Je connais le jeune confrère Sérikpa Benson pour avoir assisté à ses premiers pas dans la presse, en 1999 je crois. Je l’avais appelé à mes côtés pour m’aider à faire avancer l’union. Certes, il n’y avait pas l’engouement que j’attendais les premières fois, mais Benson a la volonté d’imprimer sa vision de l’union et je le soutiendrai. Il est le candidat qui a démontré qu’il a un programme qui sied aux journalistes culturels et je le répète, nous lui donnerons tout le soutien dont il aura besoin pour réussir sa mission. La tâche ne sera pas facile. Je le sais, pour avoir piloté cinq années durant, cette union.

Après votre départ de la tête de l’UJOCCI est-ce la séparation d’avec le secteur ?
Pas du tout. Il est hors de question pour moi de quitter la famille de la presse et de la presse culturelle qui a fait de moi ce que je suis et surtout ma décoration en tant que Chevalier de l’ordre du mérite culturel de Côte d’Ivoire. Je dois énormément à cette famille tant en Côte d’Ivoire qu’à l’extérieur. Tant et si bien que j’ai tenu à mettre sur pied l’union des journalistes culturels d’Afrique de l’Ouest (UJCAO) dont j’ai été élu président fondateur depuis septembre 2007. Une union qui a pour vocation de représenter la dimension culturelle de l’intégration sous-régionale dont parlent tant nos hommes politiques mais qui est magistralement ignorée. Nous nous battrons pour faire comprendre que la culture est la seule et vraie clé de l’intégration sous-régionale. Ses activités seront lancées en octobre prochain, en marge du Salon International de l’Artisanat à Ouagadougou au Burkina Faso. Et le président du Faso qui est le président en exercice de la CEDEAO en sera le parrain.

Le bruit court que vous êtes candidat à la présidence de l’UNJCI…
Chaque chose en son temps. Et le temps de Dieu est le meilleur. J’ai pourtant ma vision de l’UNJCI qui n’est pas forcément semblable à celle qui a cours présentement. Pour moi l’Union doit sortir le journalisme du marasme économique dans lequel il baigne. A présent que nous avons atteint l’indépendance politique grâce aux différentes lois sur la presse, il nous faut désormais passer à l’indépendance économique. Le journalisme est un métier noble comme la médecine et l’enseignement. Il est donc hors de question de voir les journalistes ivoiriens raser les murs après les cérémonies. Ce qui les maintient dans l’abaissement perpétuel et l’avilissement. Notre union doit être à même de faire du journalisme un métier envié. Son rôle est hautement important, elle se doit d’être au cœur des décisions d’état et de représenter un guichet d’informations fiables capables de déclencher des textes de lois en Côte d’Ivoire. L’UNJCI doit être un outil d’aide à la décision, consulté préalablement et à tout moment par les autorités nationales. Je cite à titre d’exemple la démarche mentionnée plus tôt quand j’étais à la tête de l’UJOCCI, en faveur du cinéma ivoirien. Ce sont donc des textes de lois, suscités par notre union pour le bien être des journalistes, qui sont attendus. C’est cela être le quatrième pouvoir. Une UNJCI qui en impose et un Syndicat de la presse plus dynamique et soutenu pour sortir les journalistes de leur précarité, voilà ce que nous attendons de celui qui sera élu à l’issue du prochain congrès à Grand-Bassam.

Tenez, aujourd’hui les journalistes de la presse privée ont besoin de se soigner, d’avoir un toit, une formation qualifiante et une centrale d’achat ainsi qu’un patrimoine immobilier conséquent. Comment y parvenir ? J’ai mon idée là-dessus, en ayant la foi que le monde la presse ivoirienne a les capacités de s’attacher le soutien d’opérateurs économiques dans chaque secteur que je viens d’énumérer.

Ne craignez-vous pas des complications en ce qui concerne votre candidature puisque vous n’exercez pas dans un journal à ce jour ?
Les journalistes indépendants sont de plus en plus nombreux aujourd’hui. Soit parce que leurs journaux sont fermés, soit parce qu’ils refusent tout simplement d’appartenir à une rédaction pour des raisons personnelles. Je suis de cette dernière catégorie. A ce titre, j’évite toutes les contraintes pour me consacrer à l’écoute de mes confrères. Et puis, ceux qui disent que je ne peux pas être candidat pour cette raison, ne connaissent vraiment nos textes organiques. D’autre part, ce sont les journalistes qui font les organes de presse. Qui les animent et qui leur donnent une renommée grâce à leur plume et non le contraire. Le journalisme est un métier pour toute la vie. Je suis journaliste ivoirien et fier de l’être. Je souhaite qu’on se pose plutôt la question de savoir ce que j’ai comme ambition pour mes confrères ivoiriens. C’est un idéal que je porte depuis 2000. Face à Honorat De Yedagne alors président sortant. Et plus encore quand j’ai été membre de la section Synapci du groupe Olympe. Nous avons été menacés, et mis sous pression par le patronat soutenu en cela par certains de nos collègues pour lesquels nous nous battions effectivement. Le secrétaire de la section a lui-même été radié des effectifs. Triste épisode de notre lutte pour le bien être du journaliste mais qui a fait date dans notre détermination à vouloir changer les choses. A ce jour, on compte trois sections du Syndicat de la presse privée. Pour quelle raison ? Aucun moyen mis à la disposition du syndicat et les patrons s’en méfient naturellement. De plus, pour bénéficier des largesses des patrons, certains combattent son implantation. Or, lorsqu’il s’agit de bénéficier des acquis de la lutte personne n’est oublié. Je suis de ceux qui pensent qu’on doit aider le syndicat à évoluer tant au plan national qu’international en s’affiliant à des centrales puissantes et en participant à des rencontres internationales. Cela demande des frais que le secrétaire général seul, ne peut et ne doit soutenir.

Le mot de fin ?
Dieu veille.