SOUS LES ÉTOILES DE MIMI : LUCILE GROFF FAIT BRILLER LA DIFFÉRENCE

Dans “Mimi et le secret des étoiles”, Lucile Groff nous invite à suivre le parcours sensible de Mimi, une petite souris autiste en proie au mutisme sélectif. Avec une écriture douce et juste, l’autrice éclaire les défis sensoriels, émotionnels et relationnels que peuvent vivre certains enfants neuroatypiques. En parallèle du livre, elle propose aux professionnels un fichier pédagogique pensé pour favoriser la compréhension, l’empathie et l’expression émotionnelle. Une approche à la fois poétique et engagée, pour faire rayonner la différence dès le plus jeune âge.
Mimi est une petite souris très sensible, en proie au mutisme sélectif et au trouble de l’oralité, mais aussi dotée d’une imagination lumineuse. Comment est née cette héroïne ? Est-elle inspirée d’une histoire personnelle ?
Absolument, le personnage de Mimi est entièrement inspiré de ma fille Mila et de son vécu. Quant au choix de la souris, il s’est imposé naturellement puisque c’est le doudou de Mila (une petite souris grise avec un noeud rose entre les oreilles), qu’elle ne quitte jamais !
Dans le livre, Mimi dit qu’elle se souvient d’avoir choisi sa maman avant sa naissance, “pendant la fête des bébés”. Ce passage poétique est très marquant. D’où vous vient cette idée ?
Je n’ai rien inventé, Mila nous a raconté cette histoire de “fête des bébés” un soir, de façon tout à fait spontanée, sans mesurer à quel point ses mots étaient touchants pour nous. Puis elle l’a racontée à nouveau, en étant toujours aussi convaincue par son récit qui, effectivement, est très poétique. Ainsi, lors de cette seconde écoute, je me suis dit : “ce n’est pas possible il faut que j’en fasse quelque chose”.
Le récit évoque avec une grande justesse la violence sensorielle du quotidien pour un enfant autiste. Aviez-vous à cœur d’offrir une autre manière d’expliquer l’autisme que les discours médicaux habituels ?
Tout à fait, je voulais faire passer de façon la plus simple possible, ce que Mila ressent au quotidien. On ne peut pas s’imaginer à quel point des choses qui nous semblent anodines lui demandent des efforts considérables. Être autiste c’est aussi faire preuve d’une résilience impressionnante. Ce récit est donc une approche plus sensorielle, plus poétique aussi, qui permet aux enfants comme aux adultes d’éveiller leur empathie et leur connaissance.
Vous avez également conçu un fichier pédagogique destiné aux enseignants, psychologues et autres professionnels de l’enfance. Avez-vous reçu des retours qui vous ont particulièrement touchée ?
Le livre vient de sortir et je vous avoue que pour l’instant je n’ai pas beaucoup distribué le fichier pédagogique, je suis en attente de retours. Toujours est-il que je le transmets volontiers sur simple demande.
Vous proposez des activités sensibles comme le “labyrinthe sensoriel” ou l’écriture d’une lettre à Mimi. Pourquoi était-il important pour vous de prolonger la lecture par des expériences corporelles et émotionnelles ?
Quoi de mieux que l’empathie ? “Se mettre à la place de”, pour mieux comprendre l’autre. Ces petits jeux et activités sont une façon ludique d’entrer dans le monde de l’autisme et de se rendre compte des difficultés que les enfants neuroatypiques rencontrent au quotidien.

L’amitié entre Mimi et Lila joue un rôle clé. Pensez-vous que les enfants sont naturellement ouverts à la différence, ou faut-il leur en donner les clés ?
Les enfants ont effectivement une ouverture naturelle, mais comprendre et respecter la différence demande des clés. Que ce soit pour les enfants ou les adultes d’ailleurs. Lorsque j’ai découvert le trouble de ma fille, j’ai dû m’informer pour mieux la comprendre, et il y a encore des choses sur lesquelles je ne suis pas forcément à l’aise (la gestion des crises autistiques par exemple), car en tant que parents nous sommes livrés à nous-mêmes. Il nous faut apprendre ; se renseigner pour comprendre est primordial.
De manière générale, l’incompréhension engendre souvent le rejet. Pour en revenir à l’amitié entre Mimi et Lila, elle s’épanouit grâce à la compréhension justement. Lila ne juge pas Mimi, elle cherche à la connaître, à l’écouter… mais c’est aussi parce qu’on lui a donné l’espace (et peut-être les mots) pour le faire. J’espère que l’histoire de “ Mimi et le secret des étoiles “ permettra aux enfants de cultiver leur ouverture à la différence.
Dans le livre, Mimi tente de se fondre dans le groupe jusqu’à l’épuisement. À quel moment, selon vous, commence la reconnaissance de soi chez un enfant neuroatypique ?
Dans un premier temps, sûrement au moment où l’enfant accepte sa différence… L’effondrement peut d’ailleurs être un élément déclencheur pour engager le processus d’acceptation. Dans un second temps, lorsque l’entourage (famille, enseignants…) fait preuve de bienveillance, valide ses émotions, l’encourage et lui renvoie une image positive de lui.
Vous écrivez aussi de la poésie pour adultes. Est-ce que l’écriture pour enfants a changé votre manière de créer, de penser les mots ?
Oui, ça a même été plus compliqué pour moi. Il s’agissait de trouver un vocabulaire adapté, d’être clair et d’en venir au fait. Alors que la poésie est faite de figures de style, de sous-entendus, de jeux de mots…. C’était donc un autre exercice que celui auquel j’étais habituée. J’espère avoir réussi.
Si vous deviez résumer le message de Mimi et le secret des étoiles en une phrase destinée aux parents, quelle serait-elle ?
“Mimi et le secret des étoiles” invite les parents (et moi en premier) à regarder leur enfant autrement, non pas en pensant qu’il y a des choses à “corriger”, mais en accueillant sa différence comme une richesse.
Enfin, quelle est la question que l’on ne vous pose jamais et que vous aimeriez que l’on vous pose ?
Si vous pouviez rencontrer un extraterrestre, que lui diriez-vous ? Car j’espère qu’il existe un ailleurs, qui fait mieux que nous, où la difference est une force et non un fardeau.
Christine Avignon