Renaissance de la poésie en Côte d’Ivoire
La Poésie ! C’est le message mais aussi quand les yeux écoutent éloquemment les sarabandes de l’encre qui se tortille majestueusement sur un papyrus, les oreilles voient clairement les sonorités et le Beau qui enchantent le cœur et l’âme. Surfant sur cette sorte d’extase, l’on jubile! Tout un vaste programme alléchant. Modestement, je préfère circonscrire mon propos à la Côte d’Ivoire.
La poésie, ce genre littéraire que j’appelle la « reine » est le symbole de la voix du peuple qui crie sa misère et vomit surtout les larves douloureuses de la vie. Le bonheur intense y trouve également une majestueuse chaire pour distiller la saveur de son nectar. C’est aussi le banquet pour les amoureux qui expriment avec grâce les délices de leur passionnante idylle. Le cœur défait s’y agrippe aussi pour s’en servir comme exutoire. Par ailleurs, c’est la pyramide, la Forge permettant de tresser des vers pour magnifier la beauté, la nature, l’esthétique, la Vie. Malgré toutes ces qualités et sublimes atouts, la poésie est, semble-t-il, en perte de vitesse, chez nous.
Pour moi, les enseignants, les premiers, ont une lourde responsabilité dans le recul de la poésie sous nos tropiques. Pourquoi? L’on a l’impression qu’ils sont eux-mêmes tétanisés par le texte poétique taxé souventes fois d’hermétisme. Ils ne sont pas passionnés par la poésie ni par les lettres qu’ils prétendent enseigner.
Il est grand temps de songer à semer les graines poétiques dans les esprits frais et vierges des apprenants. Nous avons l’impérieux devoir de communiquer le feu qui gronde en nous aux jeunes générations. C’est la saison des labours ! De manière très peu orthodoxe, j’ai mis le pied dans le plat. Sacrilège!
Cependant, il faut reconnaître qu’en Côte d’Ivoire, les choses sont en train de changer. Quand l’on observe l’effervescence et le bouillonnement sur le segment de la poésie, dans quelques années, elle humera de nouveau les doux parfums de ses moments de gloire. Dadié, Kotchy, Zégoua Gbessi, Zady… sont de réels souvenirs intenses ! Qui ne se souvient de La ronde des jours ? Et Hommes de tous les continents ? Comment peut-on rester insensible à Zady et Les quatrains du dégoût ? Textes superbes venant d’outre-tombe. Voilà pourquoi l’écrivain Soilé Cheick Amidou affirmait : « Le poète est un homme transfiguré en transe qui trempe sa plume dans l’encrier divin pour peindre sa toile esthétique sous la dictée de sa muse, le paraclet entre lui et Dieu. Jamais, on ne peut demeurer dans un état normal pour féconder les mots qui laisseront éclore la vie dans des vers envoûtants. Tout créateur jouit de ce privilège exceptionnel à lui confié généreusement par le Créateur Suprême » (in le quotidien ivoirien Le Nouveau Courrier du 9 septembre 2012).
Grâce à des hommes de lettres dévoués et futés comme Josué Guébo, Tiburce Koffi, Toh Emmanuel et autres Cédric Marshall Kissy (le Rimbaud ivoirien), Jean Valère Djézou, la nouvelle poésie ivoirienne est née et vivra. J’en suis rigoureusement certain. Nourrissons-la !
Pour ce qui est des réticences des éditeurs, il s’agit simplement d’un problème commercial. Bien qu’ayant en leur sein des passionnés de lettres, les éditeurs sont avant tout des hommes d’affaires qui souhaitent investir des ressources afin de réaliser des profits. Quoi de plus normal ? Capitalisme et philanthropie débonnaire ne font pas forcément bon ménage. Mais, avouons- le, leurs portes ne nous sont point fermées.
Alors, que faire pour sortir de l’ornière où la poésie semble végéter?
Il va falloir trouver des stratégies à court, moyen et long termes.
De mon humble point de vue, le socle pour le nouveau printemps de la poésie ivoirienne devra en tout cas être l’école (les élèves) et les medias (tous) qui ont un rôle essentiel à jouer. Le quotidien Le Nouveau Courrier, la radio Cocody fm et le Café littéraire Aimsika (Les Afterworks) sont déjà sur cette voie princière. En vérité, l’institution scolaire et les médias pourraient être les locomotives pour définitivement arracher notre poésie des mains de Morphée. Il faut intéresser les jeunes en leur inculquant le goût des vers et versets à travers des concours de déclamation et d’écriture. Cela suppose des centres culturels, des bibliothèques dignes et bien sûr des prix. La vulgarisation est nécessairement au bout. Et cette entreprise est possible!
En outre, les écrivains, surtout les poètes, doivent se débarrasser, pour l’instant, de toute idée de gain de lucres. Il faut bâtir l’empire par petites touches désintéressées et généreuses. Le reste suivra. Nous devons faire nôtres les problèmes contemporains sans oublier le Beau. La langue aussi doit être l’objet de soin attentif, la poésie n’étant pas forcément synonyme d’exercice hermétique. La poésie, c’est communiquer, dire, exprimer le signifié dans une enveloppe de signifiant stylé. La beauté et le fond ! Loin de moi l’idée prétentieuse de donner des leçons.
Pour les éditeurs, l’état pourrait faire des allègements en termes d’impôt et autres intrants en imprimerie pour amoindrir les coûts de production et donc les prix des œuvres.
En ces temps scélérats où l’humanisme est un vice, en ces temps où selon Pierre-Etienne Pagès, « l’homme rêve de bonheur mais ne se satisfait que de malheur », fonçons tous ensemble en nous soutenant car la nouvelle aurore de nouveaux astres de la poésie point à l’horizon dans le firmament de notre Ciel.
Soilé Cheick Amidou