QUI EST « AFRICAIN » ?

Parler de l’Afrique est à la fois très simple et complexe. Simple, parce que géographiquement, on arriverait facilement à la limiter ; simple encore parce qu’on reconnaitrait ses habitants par leurs peaux foncées (noires, mattes par exemple….) Mais ce sont ces différences de la définition de l’Afrique (et par voie de conséquence de l’africain) qui la rende davantage complexe ; et essayer d’établir ou de spécifier des liens rend la tâche davantage complexe.
Complexe encore parce qu’on penserait tout de suite aux situations politiques, économiques, sociales qui prévalent sur le continent…
A y regarder de près, on ne peut avoir à l’intérieur de chaque dimension une définition univoque de l’africain parce que « très souvent mal connu ». Toutefois, un élément semble conjuguer toutes ces caractéristiques en les regroupant à travers une notion :celle de l’africain.
Alors, hasardons-nous à définir l’africain. Qui est l’africain. Nous allons nous atteler à cette tâche à travers un effort de conceptualisation.
Nous abordons dans les lignes qui suivent deux dimensions du « concept d’africain ». La dimension naturelle et la dimension culturelle, En effet, et pour paraphraser J. B. Fages, Comprendre Lévi-Strauss, Coll. Pensées, Ed. Privat, Toulouse, 1972, p. 32 « les deux termes s’excluent mutuellement mais ensemble, ils recouvrent l’ensemble de ce que vit un individu ».
C’est justement cet ensemble de vie que nous essayons d’appréhender pour définir l’africain,
La dimension naturelle de l’ « africain » 
La nature se définit globalement comme l’ensemble de la réalité matérielle considérée comme indépendante de l’activité et de l’histoire humaines.
Au plan naturel, nous abordons deux composantes, la composante géographique et la composante physiologique.
La composante géographique 
On pourrait donc être considéré comme africain à partir de son attachement (par naissance, nationalité par exemple à un des cinquante trois pays du continent). On peut citer entre autres, un marocain (au nord), un sud –africain (au sud), un ivoirien à l’ouest, un éthiopien à l’est, un camerounais au centre. De différentes nationalités, toutes ces personnes, ou les habitants de ces pays peuvent être appelés africains.
Le problème de la composante géographique, c’est qu’il pourrait avoir visiblement confusion entre un africain ainsi défini et d’autres personnes non africaines. C’est le cas pour rester toujours dans nos exemples du Marocain et d’un Arabe du proche orient, d’une Tunisienne régulièrement prise pour une Espagnole ou Sud américaine, du Camerounais ou de l’Ivoirien pris pour un Américain (des Etats-Unis), du Sud-africain (à la peau blanche) pris pour un Européen, d’un Roumain de race noire, pris pour un Antillais.
 La composante physiologique 
Cette confusion a tenté d’être résolue par des mouvements qui ont essayé de « réduire l’africain à la couleur de la peau ». A titre illustratif, nous pouvons citer le concept de « négro africain », (qui résumait globalement l’africain par la couleur de la peau et l’histoire commune liée à la colonisation), et associant par ricochet la diaspora noire. Un courant littéraire s’est développé autour de ce concept. Ce courant a débuté depuis la fin du 19e  siècle avec des auteurs précurseurs du négro spiritual aux états unis comme WEB Dubois. Des ouvrages majeurs comme « Batouala » de Réné Maran en 1923, le grand mouvement de la Négritude avec Césaire (Martiniquais), Senghor (Sénégalais) et Damas (Guyanais) et des quelques autres Rabemanjara et Rabéarivelo (Malgaches) , un peu plus tard, Camara Laye, Bernard Dadié, Yambo Ouologuème et autres dans un souci de réhabilitation et d’affirmation de l’homme noire ont développé une conviction des aptitudes et l’affirmation d’une culture et d’une civilisation africaine qui a été niées par la colonisation . Cette unicité au niveau de la peau ne saurait donc se résumer au seul continent.
Le principal constat qui pourrait être considéré à tort ou a raison comme une limite de cette définition de l’africain, c’est qu’on ne saurait localiser l’africain sur un territoire précis.
Les principales limites des deux composantes précédentes nous plongent dans la deuxième dimension du « concept africain »: la dimension culturelle.
La dimension culturelle de l’ « africain » 
La définition que donne l’UNESCO de la culture est la suivante: « La culture, dans son sens le plus large, est considérée comme l’ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble, désigne intuitivement une collection d’objets (que l’on appelle éléments…) des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances. »
En comparaison avec la définition de la nature, la culture à l’inverse de la nature met en évidence l’activité et l’histoire,
Nous ne nous attacherons pas à l’activité dans le cadre de cette définition. Il nous semble plus pertinent de porter un regard profond sur l’histoire. A ce niveau, l’africain par son histoire adhère à des valeurs socio culturelles (et/ ou se sent africain par cette adhésion) qui traduisent son comportement et son attitude; Ces deux composantes ont pour indicateurs respectifs la solidarité et la sagesse,
La solidarité et la sagesse 
Cet ensemble de valeurs socioculturelles a suscité des recherches (le courant des analyses comparatives sur la culture et le management, le courant des analyses du lien entre les traditions et le management). C’est dans ces recherches que s’inscrivent des travaux entre autres comme ceux de Philippe d’Iribane , Henry Bourgoin , Zadi Kessy, Emmanuel Kamdem…qui mettent en exergue les principales valeurs socio culturelles africaines utiles au management : la solidarité communautaire, le mythe du chef, l’oralité…Ces auteurs prônent entre autres l’afro optimisme dans le management avec pour centre d’intérêt l’évocation des valeurs socioculturelles de l ’ « africain ». Dans ce cas, l’ « africain », n’est pas qu’identifiable à un continent, ni une couleur de peau mais aussi à une tête bien faite avec ses valeurs qui sont très souvent sous exploitées……
Celui ci a son mot à dire en termes de nouveaux challenges de management. L’éthique étant de tendance actuelle, ces réflexions en notre sens sont d’actualité, avec la globalisation, les délocalisations…et les problématiques corolaires de la diversité, de l’inter culturalité…
Surtout, ne « nous » demandez pas qui est « africain », comment le définissons-nous ; nous découvrons avec vous simplement l’ambigüité, le paradoxe et surtout la richesse de qui on pourrait appeler « l’africain ».
Dr Edmond PASSE
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