« Même au paradis on pleure quelquefois » est une métaphore du paradis terrestre qui n’en est pas un en réalité, mais un enfer, une grave erreur. Aussi énigmatique soit-il, ce titre, de prime abord, choquerait plus d’un croyant. Au fond, Bandama Maurice l’a fait à dessein, car c’est ce que les psychologues ont convenu d’appeler la thérapie du choc. Il faut choquer pour guérir ! Il faut choquer pour faire prendre conscience ! Cette œuvre satirique des travers sociaux, stigmatise deux grands vices : l’amour démesuré de l’argent et l’amour du sexe. Marc N’diblai, Suzanne N’diblai, Lamla-lamla, Gouya et bien d’autres en sont les prototypes.
Marc N’diblai et sa femme ont cohabité avec la gloire et le bonheur. Ils étaient forts et craints de tous tant leur richesse avait atteint des proportions innommables. Mais, Bandama révèle au lecteur ceci : «…croyez-vous que toutes ces grosses cylindrées qui encombrent les rues d’Abidjan, tous ces châteaux qui fleurissent aux Deux-Plateaux, à Cocody et à la Riviera sont acquis ou bâtis avec de l’argent propre ? » (p.80). Le nom de Marc N’diblai rime avec prévarication, trafic de drogue, blanchiment d’argent. En cela, l’œuvre de Bandama Maurice, personnalité ivoirienne, très informé des grands milieux d’affaires s’avère interpellatrice et révélatrice sur l’illusion du bonheur. Marc N’diblai, voleur de l’Etat et du contribuable sera rattrapé par ses actes inhumains, iniques et cyniques. La fin sera tragique : la prison et le suicide.
Suzanne N’diblai connaîtra une descente drastique aux enfers : de son palais des plus beaux du monde de la Riviera, elle sera locatrice d’une baraque à Yopougon sicobois. Quelle déchéance ! Quelle chute ! « Eh ! Allah ! L’homme ne connaît pas sa fin ! » (p.192) Gouya, ancien ami de Marc N’diblai devenu mari de Suzanne lui aussi va pourrir en prison. Suzanne ne pouvant plus accepté de retomber dans la plèbe se suicide comme Marc. Au regard de ce qui précède, N’zarama N’diblai, fille des N’diblai, n’a donc pas eu tort de philosopher sur l’illusion du bonheur terrestre quand plongée dans ses réflexions elle « réalisa que l’homme n’était heureux que par erreur » (p.227)
Pour conclure cette belle œuvre, Bandama Maurice caricature la vie de tout riche sur terre à partir de celle de Suzanne qui « était un grand vide ou tourbillonnaient, artifice, fatuité et vanité. Et derrière ce masque où elle affichait un sourire presque divin, se dessinait la laideur d’une vie malheureuse ou couvait le cri d’une espérance déchue » (p.229).
La vie des hommes ici-bas n’est que vanité des vanités et poursuite du vent enseigne , le sage Salomon. La meilleure voie qu’enseigne donc Maurice Bandama par l’entremise de « Même au paradis on pleure quelquefois » est celle du Seigneur.
C’est peu dire que de déclarer que Bandama Maurice est un grand écrivain, un grand éducateur, un grand moraliste. Même au paradis on pleure quelquefois, pour ceux qui l’on lue, est une œuvre produite avec toute la dextérité que l’on connaît aux grands écrivains classiques : Chateaubriand, Guy de Maupassant, Honoré de Balzac, etc. Maurice Bandama enseignant de Lettres Modernes, de formation, semble avoir indubitablement avoir été influencé par ces écrivains.
L’écriture au niveau grammatical, orthographique, syntaxique, stylistique et thématique constitue la force de cette œuvre qui confirme Maurice Bandama dans sa posture d’écrivain expérimenté, bien formé et donc maître de l’écriture romanesque. C’est un honneur pour la littérature ivoirienne que des écrivains de la trempe de Maurice Bandama l’animent.
Abraham GBOGBOU