Mariage et concubinage: la singerie
Depuis des lustres, chez nous en Afrique, les liens entre un homme et une femme sont sacrés et reconnus par toute la communauté. D’où le caractère officiel de la relation qui aboutissait à ce que nos ancêtres malinkés appelaient « Fourou » (notion de durée perpétuelle dans les liens de l’union). Le mariage. Pourtant, il se trouve qu’à la faveur des contacts avec l’Europe, ce contrat qui engageait, non pas deux individus, mais des familles voire des peuples, est devenu presque vil jusqu’à être rabaissé au statut de concubinage. Et on nous imposa le mariage civil.Là, on veut nous inoculer, à tout prix, la culture et la civilisation des autres. Il faut faire très attention aux sons attendrissants de ces sirènes pâles. La législation ivoirienne a l’impérieux devoir de réhabiliter tous ces hommes et femmes qui vivent en couple dans un foyer depuis des décades mais qui ne sont guère passés (je dis bien passés) devant le maire et qu’on appelle, sans vergogne ni respect, célibataires. Quel outrage! Ignominie tropicale. Et on me parle de Code pénal.
Or on ne parle pas en ayant pour boussole le Code pénal ou la balance de Thémis sous la langue. Au lieu de nous appliquer au forceps les principes de vie des autres, nous ferions mieux de chercher notre propre voie. Pour rendre la dignité à nos parents qu’on déshonore à tout bout de champ. Défiler devant le maire ne devrait pas être la seule méthode pour « légaliser » l’union entre des individus. Des individus! Peu importe les sexes. Ah, voici une autre bagarre! À quand l’acceptation de ceux qui ont choisi de faire l’amour autrement?
Les mariages célébrés par nos rois et chefs doivent être reconnus aussi. Même ceux officiés par des guides religieux. A moins que les célébrations à la mairie ne soient une source de financement de celle-ci. On doit pouvoir légaliser sans forcément transiter par la mairie. Certains pays africains ont compris cela. Quant à nous, nous continuons de piétiner. Il va falloir secouer le cocotier pour adapter certaines réalités occidentales à notre mode de vie.
Alors, il faut des lois.
Qui confère la légalité? N’est-ce pas l’Etat? Et c’est lui qui doit légiférer (décret, assemblée nationale ou référendum) pour modeler et harmoniser certains textes de loi et notre civilisation, nos mœurs… Point n’est besoin d’appliquer servilement les principes de vie des autres chez nous. Nous sommes dotés de raison comme les autres peuples. Pourquoi leur rester petitement arrimés?
Pour résoudre cette disposition honteuse et inappropriée qui fait de certains de nos parents des célibataires, après 20, 25, 40 voire 50 ans de mariage, je le répète, nos gouvernants se doivent d’avoir de l’imagination. En matière de mariage, le Mali, le Sénégal et autres nous indiquent des sentiers authentiques. Nos Chefs, Rois et Guides religieux reconnus par l’administration doivent pouvoir officier les unions entre conjoints; ce qui n’annule pas la possibilité de la mairie. Au vu du procès verbal ou l’attestation de mariage signée de ces responsables traditionnels et religieux, l’administration territoriale ou judiciaire pourrait délivrer un document officiel avec le sceau de l’Etat. Il suffit de réfléchir plus profondément à la question. Le système que nous appliquons à présent est lourd, tatillon voire inopérant. Il n’y a qu’à comptabiliser sommairement le nombre de personnes vivant maritalement (selon nos coutumes). Légaliser leur union peut être un ressort fortifiant pour ces mariages que l’on assimile à de vils concubinages.Pourquoi vouloir que des paysans démunis parcourent des centaines de kilomètres pour venir se marier en ville? Qui supporte tous ces frais? Il y a beaucoup à dire sur cette situation incongrue. Mais bon…
C’est l’Afrique! Ô mon Afrique, réveille-toi et arrête de singer!
Soilé Cheick Amidou