Livre: Tréfonds de Cœur de Pierre de Cédric Marshall Kiissy ou la foi d’un barde blessé


Un défi : écrire un ouvrage poétique pour exprimer son trop plein d’émotion. Le poète c’est bien l’homme dont la sensibilité s’ébranle devant toute déchirure, toute larme mais aussi tout sourire et toute lueur.

Le poète Kissy devant les déflagrations et les boursouflures de l’humanité laisse le soin à sa plume de dire son drame intérieur ? Il est l’être des « douleurs éternelles » qui porte le fardeau de toute l’humanité. Le monde dans lequel il vit n’est pas toujours un univers édénique, un lieu où souffle à tout instant la brise balsamique. Et l’humanité n’est pas exempte de reproche. L’évolution que vante la presse, souvent, n’est qu’illusion. En effet, elle crée plus de problème qu’elle ne résout. En somme, en son nom des bourgeons de bonheur ont été sacrifiés, des joies massacrées. Kissy explore les dédales ombrageux de la vie pour débusquer le venin et le poison. Sa plume peinée pleure l’Afrique en proie à l’exploitation, à la déchéance, à la compromission, à la chute.

Afrique, village éclairé de pénombres ténébreuses ?
Afrique, réalité illusoire ?
Afrique, regard inoffensif agressif ?
Afrique, épée émoussée mortelle ?

Le tam-tam instrument de transe jubilatoire n’annonce plus la joie et ne rythme plus la vie. Elle ne connait qu’une seule soif : annoncer la mort. « Le tam-tam sanguinaire » qui ébranle la forêt est un appel au trépas et au sang. Kissy est-il un poète pessimiste ? Rien n’est sur !

Tréfonds de Cœur de Pierre de Cédric Marshall Kiissy prend souvent des couleurs gaies et repues d’espoir. Au-delà des cris de détresse qui déchirent le ciel, des poèmes laissent entendre des éclats de rire, des professions de foi, des engagements exaltés. Le poète Kissy ne se présente-t-il pas lui-même comme « le poète de l’espoir » ? Le poète comme le prophète est oint par les dieux pour venir dans les moments de turbulence montrer au peuple le chemin de la terre promise. Avec une fierté qui heurtera sûrement les cœurs simples, Kissy s’accapare le statut de « fils digne » l’aède dont « Mes doigts délient les nœuds/De la tristesse et de la peur » (page 34) …..

Du point de vue du projet philosophique, Kissy a réussi à relever le défi. Mais la poésie est-ce simplement un message ? Un instrument ? Une arme ? La poésie est aussi et surtout un ornement, un art du langage, une parole policée et sublimée. Et c’est sur ce point que Tréfonds de Cœur de Pierre, (pas d’un bout à l’autre, mais de temps en temps), décevra les exégètes de l’art poétique. Si on peut pardonner à la prose de manquer de poésie, il est inadmissible d’envisager un poème sans souffle poétique. Et pourtant c’est à cette tristesse que nous condamnent certains textes poétiques du « poète de l’espoir ». « Afrique », « Internet » …s’ils sont constitués de vers n’en demeurent pas moins des poèmes malheureusement sans saveur poétique. Si le talent de Kissy ne fait pas de doute – sinon une maison de la réputation de L’Harmattan n’allait pas le publier – il gagnerait à « travailler » ses textes, à les murir, à les policer jusqu’à ce qu’ils aient le pouvoir de parler au cœur et l’âme.

Nicolas Boileau ne dit pas autre chose :
Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez

Macaire Etty: