La problématique en effet n’est pas nouvelle. Des auteurs africains comme Axelle Kabou (1) et Moussa Konaté (2) se sont posés les mêmes questions. Avant eux, juste après les indépendances, Réné Dumont (3) avait affirmé sur un ton provocateur que l’Afrique noire était « mal partie ».
Il est en effet inadmissible que le continent considéré comme le berceau de l’humanité puisse devenir des décennies plus tard « le fardeau de l’humanité ». Pourtant à l’origine, l’Afrique était une promesse de bonheur et de quiétude. L’historique que Traoré Dohia Mamadou fait du continent dans la première partie de son ouvrage révèle que l’Afrique était bien servie, en richesses, par la nature. Mais ce privilège, loin de favoriser le développement du continent naturel, l’a en quelque sorte desservi. Il va aiguiser des appétits et des convoitises matérialisés par l’esclavage et la colonisation, deux déchirures dans l’histoire du continent de Mandela. Mais avec lucidité, l’auteur reconnait que d’autres facteurs, tant endogènes qu’exogènes, sont à l’origine de la « chute » de l’Afrique. S’il est vrai que les puissances occidentales ont eu à spolier l’Afrique, il faut reconnaître la part de responsabilité des Africains eux-mêmes dans leur retard. Des indépendances jusqu’à nos jours, révèle l’auteur, l’Afrique a connu des coups d’Etat, des rebellions, des dictatures, la mal gouvernance, le tribalisme et autres « démons » destructeurs qui ont participé à l’enfoncer.
Malgré toutes ces tares qui semblent inhérentes à sa marche historique, l’auteur refuse de tomber dans un pessimisme inhibiteur. Son interrogation « L’Afrique peut-elle émerger ?» dans la seconde partie de l’ouvrage traduit sa foi en la renaissance du « berceau de l’humanité ». L’Afrique dispose des ressources naturelles et humaines susceptibles de la sortir de l’abîme. Mais comme le demande l’auteur : « L’Afrique peut-elle émerger de par ses ressources minières, pétrolières, agricoles, humaines ou culturelles » (p 10). Suffit-il d’avoir des potentialités pour sortir du sous-développement ? L’Afrique a certes d’énormes potentialités mais cela ne garantit pas de facto son émergence. Pour l’auteur, il est important que la démocratie et la bonne gouvernance soient appliquées comme il faut pour aider les Africains à « s’engager sur la voie du développement » (P 139). En plus de mettre en place « des procédures qui serviraient à abriter ces conflits…à travers la création d’espaces de dialogues propres à canaliser les sources des tensions » (p 145), l’Afrique doit s’engager « de façon concertée et solidaire à la création d’une monnaie régionale ou sous-régionale » (p 150).
Traoré Dohia Mamadou dans ce livre fait des recommandations intéressantes mais assez bien connues : créer des institutions fortes, appliquer la bonne gouvernance, réussir le processus de démocratisation, instituer une justice sociale etc. Certes, ce travail de recherche fondée sur une riche documentation, est à saluer, malheureusement l’auteur nous sert, en termes de solutions du « déjà entendu ». Avant Traoré Dohia Mamadou, des économistes, des politologues et autres penseurs ont identifié les mêmes problématiques et fait les mêmes recommandations. Il faut songer maintenant à écrire un livre qui nous éclaire sur la manière d’appliquer ces bonnes recommandations. Des études très riches existent sur les voies à explorer pour sortir l’Afrique du sous-développement, mais elles sont laissées lettres mortes. Pourquoi les gouvernants ne sont-ils pas capables de mettre en œuvre toutes les mines de propositions contenues dans les livres des questionneurs de l’Afrique ? Existe-t-il des pesanteurs sournoises empêchant les politiques de prendre des décisions hardies ? En répondant à ces questions, peut-être que nos penseurs aideraient le continent noir à se délester de son fardeau !