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INTERVIEW PELAGIE MIEZAN (Auteur Fédora, Collection «Lova», Frat Mat Editions)

Remi Coulibaly | | Litterature

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«LA VIE NE NOUS IMPOSE RIEN…»
Après trois années d’existence, le pôle édition de Fraternité Matin, lance une collection appelée « Lova ». pour inaugurer ce pan de la littérature dite à l’eau de rose, honneur a été fait à Reine Pélagie Miézan, une jeune qui veut acérer sa plume en la plongeant dans l’encrier sociétal ivoirien, à travers le roman « Fédora ». Intrigues amoureuses,  frasques juvéniles, quête effrénée du bonheur sont les ingrédients d’une trame actancielle qui ne manque pas de séduire le lecteur. entrevue avec une valeur montante de la littérature africaine dont la première livraison livresque est appelée à faire date.

Vous venez de publier chez Frat Mat Editions, «Fédora, la conquête du bonheur», inaugurant la collection «Lova» qui a été officiellement lancée récemment. Pourquoi le choix de l’écriture?
C’est cela. Je suis arrivée à l’écriture par amour de la chose littéraire, par passion.

Pourquoi avoir choisi «Fédora» comme titre de votre tout premier roman? Cela revêt-il une signification particulière?
C’est d’abord le nom de l’héroïne de mon œuvre. A travers «Fédora», qui est un acronyme, j’exalte le bonheur. Ainsi, le «fé» est mis pour «fée», le «dor» pour doré donc de la valeur de l’or et cela m’inspire une fée en or. Le «ra» pour traduire le futur que j’espère radieux, un lendemain meilleur.

Cela contraste pourtant avec l’intrigue du roman. La tragédie, le drame même que vit le personnage, n’est point radieux et sa quête du bonheur apparaît désespérément hypothétique…
Lorsque l’on part à la quête d’une chose, mieux, du bonheur, ce n’est pas évident que tout aille pour le mieux. Le chemin peut être parsemé d’écueils, d’obstacles, d’embûches. Et, donc, Fédora, à travers tout ce qu’elle vit comme drame, peut être traduit ou interprété comme initiation à la vie.

Mais cette initiation vire finalement au drame, puisqu’il y a eu viol!
Oui, à l’adolescence, Fédora est violentée, violée, et perd donc ce qu’elle a de plus cher en elle: sa virginité. Et quelques temps après, elle perd son unique sœur, sa cadette. Quelques années plus tard, elle croit avoir trouvé l’amour, mais il se trouve qu’il va très vite s’éteindre et Fédora est trahie.

Cette trahison est-elle seulement romancée? L’auteur ne se retrouve-t-elle pas elle-même en train d’exorciser un pan de sa vie ou d’évoquer une scène de vie commune à travers ce roman?
En fait, j’ai voulu seulement m’inscrire dans la logique des écrivains, pour paraphraser Aimé Césaire qui disait que «l’écrivain est le porte-voix de la société». A travers «Fédora, la conquête du bonheur», je ne dénonce que des faits de société. En même temps, je sensibilise tout en portant un message au public, particulièrement aux jeunes.

Ce message n’est-il pas quelque peu pessimiste quand on sait que, finalement, Fédora n’acquiert pas, ne conquiert pas le bonheur auquel elle aspire?
C’est justement pour cela qu’il y a une suite à cette première partie. Car cela peut, au prime abord, paraître ainsi. Disons, dans un premier temps, j’ai montré que toute chose, bonne, ne s’acquiert pas de façon aisée, facile. Pour acquérir quelque chose de durable, il faudrait plus ou moins, souffrir pour ensuite être récompensé. Comme pour donner force et vérité à l’adage selon lequel «la récompense est au bout de l’effort».

A 26 ans, c’est quoi le bonheur pour Pélagie Miézan?
Le bonheur pour moi, c’est une satisfaction totale. Au-delà, c’est le sens et l’essence de la vie, de l’existence humaine. Autrement fit, l’existence humaine, n’a de sens que dans la quête perpétuelle du bonheur. C’est tout cela qui m’a amenée à aborder ce thème.

Peut-on atteindre ce bonheur ?
Oui, pourquoi pas?

Le bonheur vrai, est-il celui qui dure toute une vie, ou celui que nous vivons intensément chaque jour, chaque heure, chaque minute de notre existence?
Cela dépend. J’ai dit plus haut que le bonheur est satisfaction. Illustrons un peu. Quelqu’un qui a envie d’étancher sa soif et qui se retrouve devant de l’eau fraîche ou une boisson, alcoolisée ou sucrée, c’est selon, en buvant, sera comblé! C’est quelque part un bonheur…

Le véritable bonheur est-il plus physiologique, sentimental, intellectuel, spirituel, moral, matériel, etc. ?
Il n’y a pas de bonheur parfait. Cela veut dire qu’il est à différents niveaux. Il peut être social, sentimental, professionnel. Particulièrement dans le roman, j’ai voulu évoquer le bonheur par l’amour, le bonheur sentimental.

A quoi peut rêver une jeune fille comme vous, en quête du bonheur?
A 26 ans, une jeune fille comme moi a envie de s’exprimer pour ne pas rester en marge de la société dans laquelle elle vit. Aussi, ai-je envie de m’exprimer sur les maux de la société, aux fins de sensibiliser les jeunes. Notamment les jeunes sœurs. Pour surtout leur porter un message optimiste. Que la vie ne nous impose rien. Et comme le disait le philosophe René Descartes, que «l’Homme est maître et possesseur de la Terre, de la vie». Ceci, pour leur faire comprendre qu’elles ont la capacité d’orienter leur propre vie. Il faut se fixer des objectifs dans la vie aux fins de les atteindre et ne pas poser des actes par suivisme ou par snobisme. Mais arriver à poser des actes par conviction et foi avec amour et dignité.

Toute jeune écrivaine avec une première oeuvre, vous ouvrez la nouvelle collection, «Lova», d’une maison d’édition aussi prestigieuse que Frat Mat Editions. Comment se sont opérés cette rencontre avec le pôle édition du groupe Fraternité Matin et le choix du roman de Pélagie Miézan?
J’ai lu dans le journal Fraternité Matin que le groupe avait lancé son pôle édition et cela m’a inspirée à me diriger vers ce groupe pour la publication de mon tapuscrit.

Comment et pourquoi avez-vous optée pour la littérature dite à l’eau de rose?
Je n’agrée pas à l’idée que «Fédora» soit un roman à l’eau de rose. Mais tout simplement un roman.

L’on (re)découvre des sites connus de la ville d’Abidjan, des écoles, des supermarchés et d’autres villes que vous évoquez dans le roman, avec force de détails et de repères d’actualité. Cela, même si ce n’est forcément troublant, invite à s’interroger s’il n’existe pas un peu de Pélagie Miézan dans cette fiction apparente?
(Rires). Quand on parle d’un peu de Pélagie Miézan dans le roman, on pourrait tout simplement dire oui, puisque ce moi qui l’ai écrit…

Habitez-vous Abidjan-Biétry ?
Non. (Rires). En fait, j’ai surtout voulu évoquer ces endroits connus, de sorte que le lecteur se sente proche de la réalité. C’est vrai que dans le roman il y a surtout de l’imagination, mais de l’imagination à proximité de la réalité.

Sur la post-face du roman, Zio Moussa, le chef du département édition de Frat Mat décrit Fédora Darou en ces termes: «belle comme un clair de lune à minuit sur une mer couleur turquoise». Il en parle comme s’il l’avait vue. Et si c’était vous?
(Rires). Je dirais plutôt qu’il a été fort bien inspiré car à un certain moment de l’œuvre, je décris la beauté de Fédora. En fait, je la veux exceptionnellement belle, et il a su le traduire dans sa post-face. Je ne pense pas qu’il ait fait de comparaison avec moi.

Avez-vous le sentiment qu’inaugurer une collection d’un groupe de référence comme Frat Mat, soit la reconnaissance de votre talent avant l’heure? En êtes-vous particulièrement fière?
J’en suis très heureuse et honorée. Mais cela ne saurait me donner la grosse tête. Il n’empêche, je sais que j’ai fait un travail et Frat Mat avec son expertise et son regard professionnel a jugé utile de lancer une collection avec ce travail-là. De là à dire que c’est la reconnaissance d’un talent, pourquoi pas?

Que vous inspire le personnage de Mian Cédrec, celui qui viola Fédora ?
C’est un jeune garçon issu d’une famille noble, très distingué mais qui a un caractère certes impétueux, mais qui a la foi dans ce qu’il fait. C’est qu’il apparaît dans le roman comme étant le bourreau, celui qui commet l’acte de viol mais au-delà a des valeurs et cultive l’excellence au travail, en dépit de cet acte ignoble qu’il a commis pendant son adolescence. Il est emblématique des adolescents fougueux, avides de découvrir le monde de la sexualité sans en mesurer véritablement les conséquences. C’est en cela, justement, que j’invite les jeunes à savoir poser les actes par foi, avec mesure, sans mimétisme.

Avez-vous déjà rencontré des filles violées pour vous inspirez du martyr qu’elles souffrent ou qu’elles ont su sublimer ?
Malheureusement, si je peux vraiment m’exprimer ainsi, vu que le viol n’est pas à souhaiter pour une jeune fille, je n’en ai jamais rencontrées. Je pense que le viol est la façon la plus basse, la plus bestiale, la plus primitive par laquelle puisse s’illustrer un homme, en arrachant à une femme ce qu’elle a de plus intime, de plus pur, de plus honnête

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