Interview/ Macaire Etty, écrivain, auteur de La Loi des Ancêtres

Après « Gloire et Déclin Apocalyptique », roman publié au Canada, aux éditions dhart, Macaire Etty vient il y a qualques semaines de publier un second roman intitulé « La Loi Des Ancêtres ». Pour échanger sur cette dernière œuvre, nous l’avons rencontré. Interview.

Professeur de littérature, écrivain, poète, journaliste, critique littéraire… comment parvenez-vous à concilier toutes ces activités ?

Toutes ces activités gravitent autour des lettres. C’est dire que je me sens sur le même territoire du rêve et du beau. De formation, je suis enseignant de lettres. Ecrire (écrivain et journaliste) et lire (critique littéraire) sont des ramifications de mes activités de professeur de lettres modernes que je suis. Ma fonction d’enseignant et d’éducateur réapparaît sous différentes formes à travers tout ce que je fais. Je reconnais que cela demande de la passion et de la pugnacité. Quant à la poésie, elle est accrochée à mon âme.

Faire de la critique est-elle déterminant dans vos productions littéraires ?

Je répondrai d’abord par la négative, car on n’a pas besoin d’être un critique littéraire avant que de produire un ouvrage. C’est la lecture active qui prépare à l’écriture. Je répondrai aussi oui. L’activité de la critique littéraire, le double acte de lire et de décortiquer des œuvres est un viatique inestimable pour celui qui projette d’écrire. A force de lire et d’éplucher les œuvres des autres, j’acquiers de l’expérience, j’amasse des trésors considérables dont le réinvestissement donne des fruits savoureux. Mieux : je suis obligé d’être rigoureux envers moi-même afin de produire des œuvres littéraires de qualité, des œuvres littéraires qui tiennent debout sans béquilles.

Par le titre, La Loi des Ancêtres, on s’attend  à une histoire enracinée quelque part dans les tréfonds de l’AFRIQUE implacablement traditionnelle, ce n’est pas ce qu’on découvre quand on ouvre le livre.

L’histoire romanesque se déploie dans un espace citadin certes, mais l’Afrique traditionnelle est fortement présente à travers le personnage de Mangouté qui a tété les mamelles des enseignements initiatiques dont les origines remontent dans les méandres du temps. Même dans une Afrique modernisée, occidentalisée, les ancêtres n’ont pas encore dit leur dernier mot. Ils influencent le présent par la profondeur de leurs croyances. Mangouté et la communauté bila sont imprégnés de ce passé et de ses valeurs séculaires. L’histoire romanesque porte indiscutablement le souffle des ancêtres.

De même la première de couverture nous fait penser à un livre de contes. Pourquoi un tel choix ?

Sur la couverture, trône ne statue de couleur noire. Elle se trouve dans une posture de méditation, de réflexion et de tristesse. Dites-moi en quoi cette image renvoie-t-elle aux contes ? Non et non ! Cette image est fortement en congruence avec le contenu de l’ouvrage. La plupart de ceux qui l’ont vu l’ont aimée. La statue connote la culture africaine. Sa posture charrie des idées comme le péril, le malaise et le mal être. En bref cette image traduit l’idée que la culture africaine est percutée de toute part.

Du nom de vos personnages, aux espaces et autres lieux, on y découvre beaucoup d’africanité. Conservateur ?

C’est le contraire qui aurait pu susciter des interrogations. Un auteur africain qui met en scène des personnages portant des noms de son terroir et évoluant dans des espaces arborant des noms aux sonorités africaines…c’est ce qu’il y a de plus évident. Conservateur ? Non ! Africain ? Oui.

Vous nous contez l’histoire de Mangouté. Un homme attaché indéfectiblement à la tradition au cœur d’une ville africaine occidentalisée à volonté ! Tradition et modernisation s’entrechoquent… que voulez-vous nous montrer ?

Chaque fois qu’une culture s’impose à un peuple qui ne l’a pas demandée, il se pose des problèmes de conflit de civilisations. De l’Europe nous avons hérité une manière de vivre, de penser, de juger. Or, nous avons une âme qui se trouve en situation d’ingurgiter ce mode de vie. Mais le faisant, elle se met en danger, en situation de friction. Le traumatisme des Africains consécutif au choc des civilisations est plus profond qu’on ne le croie. Je veux montrer que l’occidentalisation de l’Afrique a été faite de façon brutale, inadaptée. Mangouté est une victime de cette violence morale et symbolique. Formé dans le bois sacré et influencé par l’enseignement de Touta, un grand maître, il n’a pas réussi à s’insérer dans ce nouveau monde qui attend  qu’il meurt à sa culture pour renaître à la nouvelle. Mangouté n’a pas pu réussir cette nouvelle naissance, d’où sa mort.

Dans votre livre, l’Amour est brandi tel un trophée contre toutes les tornades…nous sommes bien curieux d’en savoir plus…

L’amour est fort et puissant. Comme la foi, elle peut déplacer des montagnes, sauter des bornes, briser des interdits. C’est un doux feu dévorant qui consume tout sur son passage, c’est un courant d’eau qui ne peut être contenu. Hery aime le Sous-préfet et met en mal sa réputation. Mangouté aime Héry et se moque des lois qui se dressent sur son chemin.

A mesure que nos regards font voler les pages de La Loi des Ancêtres, nous découvrons deux personnages qui laissent tout de même perplexe, par leurs portraits : Birika et Dakaté.

Ils sont certainement les personnages les plus curieux et attachants de l’œuvre. Le lecteur ne peut pas ne pas s’intéresser à eux. Les deux personnages sont l’union des contraires, des points de contradictions. Birika est un homme disert, indiscret, fouineur mais il est reconnu comme un homme véridique. Dakaté est un alcoolique indécrottable, mais il scintille par sa grande culture. Il est considéré comme une mine de sagesses. Ils ont joué un rôle déterminant dans la dynamique de l’œuvre.

Est-ce une invite à la révision des traditions que transcrit  votre plume ?

Il ne s’agit pas d’une invite à réviser nos traditions, mais une invite à les questionner. Mais le questionnement va plus loin. Il faut questionner en profondeur notre situation de peuple à l’intersection de deux cultures. Faut-il plaquer les valeurs de la culture occidentale à notre quotidien, comme ça, sans s’interroger sur leurs conséquences ? A-t-on une fois cherché à comprendre qu’il y a des Africains qui ont du mal à rompre avec leur tradition pour adopter la nouvelle civilisation dite universelle ?

Qu’aviez-vous voulu démontrer par la fin du personnage de Mangouté ?

Mangouté a fini son parcours par la mort. Ayant violé les règles qui régissent les sociétés modernes, il devait subir les rigueurs de la loi. En clair, ayant commis un homicide volontaire, il a violé la loi. Et pour cela il a été condamné et jeté en prison. Dans cet univers rude, il n’a pas survécu. C’est un aboutissement qui aide à mieux s’interroger. Il faut que Mangouté meure pour qu’on comprenne qu’il a été victime de ce choc des civilisations.

Deux narrateurs-personnages dans votre roman. Cela est intéressant et rompt avec les habitudes, mais pourquoi ?

Pour moi, l’écriture d’un roman ne se limite pas à raconter une histoire. Elle est aussi l’histoire d’une écriture. J’ai choisi de mettre en situation deux narrateurs intradiégétiques pour expérimenter quelque chose de difficile et d’audacieux. L’avantage de tel choix est que le lecteur comme un juge ou un auditeur a le privilège d’entendre la version de chacun des deux protagonistes, sans intermédiaire. A partir de là, il peut maintenant se faire une opinion et juger par lui-même. Je pense l’avoir réussi.

A qui est-ce que vous vous adressez en majorité, à travers vos productions ?

A tout le monde, à l’Afrique, au monde entier, aux jeunes et aux moins jeunes, aux gouvernants, aux religieux, etc.

Pour une personne étrangère à l’AFRIQUE et ses traditions, qu’est-ce-que LA LOI DES ANCETRES peut lui transmettre ?

Ce roman l’aidera à comprendre que souvent les actes que les hommes posent prennent leur source dans des situations que le regard extérieur n’arrive pas à décortiquer. Le juge a-t-il compris dans quel état d’esprit Mangouté a commis le crime ? Les bilas ont-ils compris pourquoi Hery femme exemplaire a-t-elle commis l’adultère ? Cependant, à chacun d’en tirer sa compréhension. La lecture d’un livre est plurielle qui souvent va au-delà du projet de son auteur.

Ancêtres, traditions, amour, femme…voilà des thèmes qui reviennent. D’ailleurs votre dernière  sortie semble être le ‘’tome2’’ de la première.que pouvez-vous répondre ?

Non et non, les deux romans abordent des sujets différents et véhiculent des philosophies vraiment différentes. Des thèmes et des notions peuvent revenir et même investir mes prochaines productions. Rien de plus normal. C’est ce que les exégètes appellent les métaphores obsédantes.

Parlant de la Femme, votre roman semble nous dire qu’elle est le présage de tous les malheurs. Mais pourquoi ?

C’est un jugement trop sévère. La femme ici a été utilisée comme un actant, un facteur au service de l’idéologie de l’œuvre. Hery dans ce roman n’a pas été diabolisée. Elle a commis l’adultère, mais il est difficile de la brocarder. Elle a commis cette faute au nom de l’amour, au nom de la faiblesse humaine.

Pourquoi le public devrait-il s’intéresser à LA LOI DES ANCÊTRES ?

Le public doit se procurer de ce livre et le lire en profondeur. C’est un livre qui va lui procurer du plaisir, ce plaisir unique que procurent une belle écriture et une narration audacieuse.

 

Par Laetitia Sostène

Laetitia Sostene: