Gabriel Guéi-Monin: « Trous de Cœur » un bouquet de poèmes pour l’esprit et le cœur! »

Les mots à l’aventure; le socle d’une poétique, le règne de la poésie. Sous la plume de Gabriel Guéi-Monin, cette odyssée est ruisselante et chantante. Et le paratexte est une vraie brèche pour exhumer ou célébrer de merveilleux vers sculptés qui s’assoupissent ou galopent à travers ses « Trous de Cœur ». Ce peut être des saillies du cœur, des balafres pour psalmodier la catharsis du poète souffre-douleur ou des parois d’oxygénation nourrissant son âme afin qu’il s’envolât dans l’éther. Des bribes de signifiés susurrés par le titre serpentant sur du noir fleuri.

Ce recueil de poèmes est une voûte dont les quatre piliers thématiques sont la nature, l’amour, les élégies et l’espoir-espérance. C’est le creuset d’une poésie simple, mais surtout une poésie profonde qui démarre en trombe sous la coulée lucide de Guéi-Monin. N’écrit-il pas sous une forme incantatoire proche de la prosopopée « Poésie, poésie/Tu es la Libération de mon âme/En toi, je me mire/(…) je me sens retrouvé » (P.7) ? Voici la portée thérapeutique de l’art qui permet de se connaître à travers le prisme du miroir, loin de la faiblesse de Narcisse au bord du cours d’eau. Une partie de ce coffret de poèmes réservée à la nature se décline en chant à l’honneur du temps à travers ses différentes métamorphoses « Nuit et Jour » (P.11). L’existence humaine oscille entre pénombre et clarté dans une floraison d’oxymorons : « Nuit de jour/Clarté noire/Blancheur sombre ». Et le charme ou la force des éléments de la nature se tissent dans ce vers au ton impératif : « Vois ces arbres aux sourires larges !» (P.15). Ainsi, l’eau, la lune, le feu et le vent, créatures de l’Horloger, présentent leur ambivalence, leur dualité. Cette fluctuation dévoile l’homme qui mesure son impuissance puisque « L’eau (…)/Grande est sa colère/Infinie est sa mansuétude » (P.16) puis son ambiguïté exprimée dans cette comparaison déroutante: « Comme le vent, nous sommes/Haïssables/Aimables » (P.18). Tel dans « L’horloge » de Baudelaire, le temps nous impose sa féroce dictature, même quand l’on le supplie de suspendre son vol. Les imbrications de la nature dans la trame de la vie sont ainsi campées sous l’écritoire du poète.
Quant au thème de l’amour, Gué-Monin le perçoit comme un « Bouquet de lumière » qui « Nous illumine de ses éclats incandescents/Eclairant nos vies assombries » (P.23). Ce rôle roucoule dans les amours de « Ma perle des savanes (qui) éponge mes chagrins » (P.29). Ô douce métaphore ! Mais il n’oublie pas de verser dans notre gamelle les ronces et les épines des sauts du cœur ; le « goumin-goumin ». Et à travers « N’dèye », « Je » subit « une entaille dans (son) jardin sentimental/Un pic se trouve planté dans (son) cœur » (P.32). Voici les bémols et les épanchements d’une plume au lyrisme débridé. Ce sont les soubresauts du cœur qui ploie sous le doux heur et le spleen.
« Être au cœur si doux, tu vaincras ta douleur ! » (P.49) tonne le poète. Guéi-Monin embouche les élégies pour se consoler. « Trous de cœur », le poème éponyme, dansant et pleurant sur ses généreuses rimes qui claironnent la douleur de l’âme, est un chant, un hymne à la vie, contraire dynamique du trépas, un refus de subir la faux des Parques. La dialectique de l’existence.
Enfin, entre anaphores, apostrophes et allégories, le poète fait retentir des chants d’espoir et d’espérance pour croire en demain. A la « Colombe », il crie : « Vole plus haut/Tu goûtes aux délices d’un El Dorado » (P.67). Cette forte dose de poésie vêtue du manteau de l’allégorie nous plonge dans la poésie du combat pour embellir la vie. La plume habile de Guéi-Monin appelle à l’unité pour affuter les consciences, celle des Ivoiriens meurtris dans leur diversité sur les vertus de ce vecteur social « Porteur d’espoir » (P.74). Ce dépassement pour véhiculer le sens mystique et métaphysique du message coule de source sans viles fioritures. Pourtant, dit-on, le langage poétique obscur protège le poète. Pourquoi Guéi se livre tant ? Il veut se faire un « Echo » dans la clarté pour annoncer que « Loin, à l’horizon, se profile une lueur d’espoir » (P.78) qui nous impose de nous fortifier dans le « Miroir » pour franchir les barbelées de la superficialité. On comprend alors qu’espoir et espérance sont des leviers robustes pour sortir des trous pour aspirer à la clarté.

Ce recueil tranche par la brièveté de ses 52 poèmes illuminés par un préambule qui confère un statut à la Reine de la littérature. La poésie, un exutoire pour l’âme, un miroir pour l’homme. Avec Guéi-Monin, elle se pare d’une heureuse docilité. Le lecteur la cueille comme des mangues mûres. Elle sort royalement de sa tour d’ivoire étanche et jette le masque de l’hermétisme. Cette inattendue flexibilité procède de la volonté de l’écrivain à s’offrir. Nu !

Gabriel Guéi-Monin, « Les Trous du Cœur », éd. Xlibris, 2014.

 

Soilé Cheick Amidou

Soile Cheick Amidou: