Fatou Diome: Symbole de la femme africaine qui émerge

La femme Africaine qui émerge sans complexe à travers une liberté affirmée après un itinéraire douloureux. Ainsi devrait-on qualifier l’écrivaine Franco-Sénégalaise Fatou Diome qui n’entretient pas de langue de bois.
Invitée le vendredi 24 avril de « Ce soir ou jamais » sur France 2 dans l’émission, présentée par Frédéric Taddeï avec pour thème du jour : « Après le drame de Lampedusa, peut-on accueillir toute la misère du monde ? », le monde entier a eu l’occasion de découvrir sur le petit écran Fatou Diome ; une femme Africaine forte et digne qui n’a pas manqué de s’indigner sur la chaîne étatique Française du silence de l’Union Européenne et celui de l’Union Africaine (UA), face à la mort massive de migrants Africains et Arabes dans la méditerranée.
Dans un tel contexte ou en 2 semaines, 1700 migrants avaient perdu la vie le mois dernier dans la méditerranée. Et sous la pression de l’opinion publique internationale à travers des débats sur les médias sociaux, des mesures sont enfin annoncées par l’Union Européenne (sans l’Union Africaine) afin de stopper ce drame humanitaire.
Dans la mouvance des débats sur le sujet, France 2 ne croyait pas si bien faire d’exposer le sujet mais avec un thème peut novateur et à la limite méprisant qui est « Après le drame de Lampedusa, peut-on accueillir toute la misère du monde ? »
C’est en ce moment que l’écrivaine Fatou Diome qui partage le plateau rentre en scène en ces termes pour fustiger l’attitude de l’Europe » Les gens, là, qui meurent sur les plages, et je mesure mes mots, si c’étaient des Blancs, la terre entière serait en train de trembler. Ce sont des Noirs et des Arabes, alors eux, quand ils meurent, ça coûte moins cher ».
Une grave accusation face à laquelle et dans une argumentation huilée ses adversaires sont restés dubitatifs. Notamment l’historien et essayiste Néerlandais Thierry Baudet qui a tenté de l’interrompre, sans succès.
« Vous allez me laisser terminer« , avait-elle ainsi lâché pour ensuite se lancer dans un monologue cohérent de près de deux minutes dans lequel elle a dénoncé l’attitude contradictoire des pays riches vis-à-vis des politiques d’immigration.
Et elle va plus loin pour situer la responsabilité de la France qu’elle tient aussi responsable de la déstabilisation de certains pays Africains comme la Libye, conséquence de cette migration massive des populations Africaines qu’ occasionne ce suicide massif au vu et au su de tous.
Déterminée, Fatou Diome a évoqué la sélection migratoire effectuée par l’Europe et l’espace Schengen, qui lui permet de voyager et de donner des conférences en Europe. « Quand ils trouvent mon cerveau convenable, là ils l’utilisent. Par contre ils sont embêtés à l’idée d’avoir mon frère qui n’est pas aussi diplômé que moi et qui pourrait avoir envie de travailler dans le bâtiment. Vos pays deviennent schizophrènes. On ne peut pas trier les gens avec (d’un côté) les étrangers utiles et (de l’autre) les étrangers néfastes » a-t-elle asséné, avant de poursuivre.
« Quand les pauvres viennent vers vous, il y a des mouvements de foule qu’il faut bloquer, mais quand vous, avec votre passeport et avec toutes les prétentions que cela donne, vous débarquez dans les pays du tiers-monde, là, vous êtes en terrain conquis« , a-t-elle ainsi reproché avant de demander aux concernés d’arrêter l’hypocrisie car pour elle on sera riche ensemble ou on va se noyer tous ensemble. Une tribune qui était sur le point d’être applaudie par le public sur le plateau, avant que Fréderic Taddeï rappelle que les spectateurs ne sont pas invités à interagir dans l’émission.
Cette intervention, mise en ligne sur la page Facebook de l’émission « Ce soir (ou jamais !) » dans la journée de samedi avait déjà été visionnée plus de 2 millions de fois et très largement commentée par les utilisateurs des réseaux sociaux.
Née en 1968 sur la petite île de Niodior, dans le delta du Saloum, au Sud-Ouest du Sénégal, Fatou Diome élevée par sa grand-mère à treize ans quitte son village pour aller poursuivre ses études dans d’autres villes du Sénégal, tout en finançant cette vie nomade par de petits boulots : elle va au lycée de M’Bour, travaille comme « bonne » en Gambie et finit par entamer des études universitaires à Dakar. A 22 ans, elle se marie avec un Français et décide de le suivre en France mais elle divorce deux ans plus tard. En 1994, elle s’installe en Alsace et poursuit ses études à l’Université de Strasbourg. En septembre 2004, la chaîne Française de télévision France 3 Alsace lui propose de présenter l’émission « Nuit Blanche », un rendez-vous culturel, mensuel, à dominance littéraire. Ecrivaine, elle est l’auteur du roman « dans le ventre de l’océan » qui sans nul doute, fait d’elle une fustigatrice du rapport malsain que le Nord entretient avec le Sud sur le sujet de l’immigration.
Firmin Koto