« Être soi… »

Dans ce monde agité qui court presque fatalement à sa perte, je suis inquiet. Tout s’effondre once de temps après empan de temps. Et, telle une berge de mer fouettée par les vagues fougueuses aux crocs tranchants et irascibles, l’homme est envahi par l’angoisse existentielle qui secrète des complaintes.
C’est au cœur de cette pérégrination vagabonde et tragique de lamentations que le Maitre de la parole léchée trouve son chemin pour sortir l’humain de la torpeur. La verbosité de sa langue, avec maestria, a fendu mon cœur d’orgueil en me rappelant l’histoire de mes Ancêtres. Renaissance soudaine…
Et mon  « gnaman » s’est juché sur son ergot. Ô cette superbe! Un sentiment fiérot me traverse l’esprit pendant que l’égo se « surdimensionne ». Alors, fusent des interrogations rhétoriques qui me taraudent l’esprit.
Quand comprendra-t-on que je suis fier de mes racines? Quand acceptera-t-on que la Forge est l’une de mes fiertés? Quand comprendront-ils que cette affaire de ces prénoms venus d’ailleurs  m’effarouche parfois? Je suis de la lignée séculaire des Bakayoko. Maîtres forgerons! Cultivateurs, soldats et suzerains ont eu besoin de votre art pour « engrosser » les innombrables greniers de vivres et guerroyer pour bâtir des empires prospères qui ont baissé pavillon dans la fournaise de l’Histoire. Je veux être moi, moi avec mes paumes  larges et calleuses.
Est-ce trop tard? Mais au moins, est-il temps de sauver ce qui peut l’être. Que sommes-nous devenus? Des êtres hybrides. Ni nègres, ni blancs. Nous ne sommes plus rien avec ces masques que dénonçait Frantz Fanon. Et on me parle de rencontres…
Moi, je veux bien m’ouvrir aux autres mais pas les bras ballants. Je désire aller à ce riche banquet universel les mains chargées de victuailles et l’esprit limpide de ma civilisation pour ne point être phagocyté. Une  vraie gageure qui se décline en compétition loyale.
Cette généreuse lutte pacifique pour le retour aux sources sera âpre. Mais c’est la voie idoine pour s’en aller embrasser les autres fleurs du monde avec honneur. On le peut. Retenons que celui qui ne lutte pas a déjà perdu. Tout perdu. Même son âme. Et donc, est perdu.


Soilé Cheick Amidou, Enseignant et écrivain-poète

Soile Cheick Amidou: