DÉCÈS D’AIMÉ CÉSAIRE Le chantre de la négritude fait son éternel retour » au pays natal »

Aimé Césaire, de son nom complet Aimé Fernand David Césaire, figure tutélaire de la politique martiniquaise s’est éteint à l’aube de sa 95è année le 17 avril à Fort-de-France en Martinique laissant derrière lui 50 ans de poésie et de combat politique. Ce poète tour à tour essayiste, dramaturge, poète et homme politique n’a eu de cesse durant toute sa vie de porter haut le flambeau de la négritude, un mouvement symbolisant la grandeur de l’histoire et de la civilisation noire face au monde occidental qui les avait jusque là dévalorisées.
La langue française perd ainsi l’un de ses plus dignes représentants ; la poésie, l’une de ses plus belles voix ; la négritude, l’un de ses plus ardents défenseurs. Loin des écrivains qui disparaissent emportant avec eux une idéologie, Aimé Césaire part tout en laissant un héritage lourd d’histoire, une fierté hautement particulière. Au mieux, un Eveil…Portrait d’un écrivain pour qui l’engagement n’était pas une simple posture mondaine, mais un art de vivre.
Né en 1913 en Martinique, Aimé Césaire, débute son parcours scolaire au Lycée Schœlcher de Fort-de-France puis poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au Lycée Louis Le Grand, à Paris. C’est dans les couloirs de ce grand lycée parisien que, dès son arrivée, le jeune Césaire rencontre Léopold Sédar Senghor, son aîné de quelques années, qui le prend sous son aile protectrice.
Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, découvrent progressivement une part refoulée de l’identité martiniquaise. En septembre 1934, il fonde, avec d’autres étudiants antillais et africains (Léon Gontran Damas, les sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal L’Étudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de «Négritude». Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et d’autre part la dévalorisation de l’Afrique et de sa culture.
Admis à l’Ecole Normale Supérieure en 1935, il débute une année plus tard son Cahier d’un retour au pays natal, son célébrissime chef-d’œuvre qui lui accordera sa notoriété. Paru en 1939, Césaire, à travers son Cahier, se voulait déjà la « bouche des malheurs qui n’ont point de bouche » et souhaitait faire de sa voix « la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».
Alors que son engagement littéraire et culturel constitue le centre de sa vie, Aimé Césaire est happé par la politique dès son retour en Martinique après la seconde guerre mondiale. Pressé par les élites communistes, à la recherche d’une figure incarnant le renouveau politique après les années sombres, l’homme de Lettres est élu maire de Fort-de-France, la capitale de la Martinique, en 1945, à 32 ans. L’année suivant, il est élu Député de la Martinique à l’Assemblée Nationale. Débutera ainsi une carrière politique riche pour ce virtuose de la poésie car, parallèlement à son activité politique, Césaire continuera ses œuvres littéraires et publiera plusieurs ouvrages toujours marqués par son idéologie « négritudienne » jusqu’à sa mort.
Son éternel retour au « pays natal » montre que « le crayon de Dieu lui-même n’est pas sans gomme », comme le dit lui-même dans sa pièce théâtrale Une Saison au Congo. A la place des larmes, c’est donc toute une poésie qui a su retentir lors de ses obsèques à Fort-de-France comme pour affirmer qu’il était toujours vivant, et que sa lutte, loin de marquer un arrêt, se fera l’héritage de tous les enfants de la négritude laissés aujourd’hui orphelins.