CRITIQUE « Le Treizième Apôtre » de Félicité Annick Foungbé

Une satire des hérésies dans le milieu des sectes religieuses 
La question de la prolifération des sectes chrétiennes va de pair avec les dérives dont elles font preuve. De plus en plus, les témoignages abondent. Et l’écrivain, sentinelle et veilleur, ne saurait ne pas tirer la sonnette d’alarme. Il ne s’impose plus de limites dans ses questionnements sur la société dans laquelle il vit. Telle est la tâche que s’est assignée Félicité Annick Foungbé, auteure du livre « Le Treizième Apôtre », un roman au titre provocateur et iconoclaste. De quoi s’agit-il dans cette œuvre ?

Il s’agit de mettre le pied dans le plat dans l’univers religieux. Celui qui se fait appeler le Treizième apôtre n’est pas Paul le célébrissime évangéliste, auteur des épîtres. Il s’agit d’un personnage du roman, un pasteur, berger de la maison de l’Apostolat qu’il présente comme la véritable église du Christ. Aussi crucifie-t-il les autres églises, qu’il taxe « d’assemblées de léthargie collective ». Ses fidèles aveuglés par ses enseignements ne jurent que par lui, jusqu’au jour où, au cours d’un rêve, il participe en personne à la passion du Christ. Lors du chemin de croix de Jésus-Christ, le voilà entrain de trahir, comme l’on fait les autres apôtres, le Seigneur. Revenu à la réalité, il se rend compte que depuis le début, il faisait fausse route. Courageusement, il l’avoue à ses frères et sœurs en Christ et les invite à une réorientation de leurs pratiques religieuses. Mais ces derniers n’entendent pas les choses de cette oreille. Pour eux il n’y a l’ombre d’aucun doute : leur vénéré frère Apôtre est possédé. Commence alors pour  ce dernier les pires épreuves. Soumis à des séances douloureuses d’exorcisme, il subit violences et mépris jusqu’au point de non-retour.

Le roman de Félicité, à travers cette histoire à la fois pathétique et tragique, se veut un réquisitoire contre le radicalisme religieux et l’hérésie qui gagnent de nombreuses assemblées chrétiennes. Où est la vérité ? Qui la détient-elle ? Au nom de quoi faut-il mépriser tous ceux qui ne sont pas membre de ton église ? Les questions, nombreuses, se bousculent au fil des pages. 

L’écrivaine pourfende les sectes qui, en raison de leur zèle et mépris,  éloignent leurs fidèles croyants du chemin de l’amour et la tolérance. A mots à peine couverts, elle met au grand jour, la guerre silencieuse des intérêts que se livrent, en sourdine, les leaders des églises, sous le voile de la foi. La ferveur dont fait preuve le frère Gomis lors de la « déchéance » du frère Apôtre est proportionnel à sa soif d’ascension et de promotion. Ne prend-t-il pas en fin de compte la tête de la maison de l’Apostolat en lieu et place du treizième apôtre déchu ?
  
Le roman « Le Treizième apôtre » est subdivisé en deux parties qui se spécifient par leur système de narration. Alors que la première de l’histoire est contée par un narrateur intra-diégétique, la seconde est le fait d’un narrateur extra-diégétique. Cette option au niveau de la forme permet de porter un regard à la fois de l’intérieur et de l’extérieur sur les contradictions qui sévissent au sein des communautés religieuses. Elle imprime, indubitablement, à cette œuvre toute sa beauté et son originalité.  Ce roman, cependant, est envahi par un flot de versets bibliques qui peuvent valoir le tiers des mots utilisés dans le livre. La profusion des citations bibliques finit par agacer le lecteur. Cela ne suffit pas pourtant pour brocarder l’auteure. Son intention, n’est-ce pas, justement,  de dénoncer l’exploitation abusive de la Parole de Dieu et des égarements qui en découlent ? Vu de cette façon, on peut affirmer que l’écrivaine n’a point raté sa cible. 

Félicité Annick Foungbé est ivoirienne. Elle est aussi l’auteure de La Légende de Manlé édité par les éditions Balafons. Diplômée de l’UFR langues, Littérature et Civilisations de l’université de Cocody, elle s’intéresse  également à la réalisation cinématographique.

Macaire Etty

Macaire Etty: