Chronique : La voie vers la création artistique
Aujourd’hui, plus qu’hier, la pensée artistique est répandue. Elle a envahi le monde en ayant pris une dimension incroyable. Cela se comprend d’autant que l’art a toujours occupé une place de choix dans les sociétés humaines avec tous les bouleversements observés aujourd’hui, la pensée artistique a connu un bond qualitatif.
La création, pour moi est une arme chargée reposant entre les douces et fragiles mains de l’inspiration ; il faudra donc s’attendre avec tout ce que cela supposera d’incertain et d’incontrôlable. Les psychologues, après avoir erré toute une éternité dans les vestibules de l’âme et attentivement décrit ces possibilités, ses presciences, évalué ses sentiments et ses concupiscences, se sont avisés sur l’objet essentiel de cet acquis, ce bagage intellectuel ; avec pour corollaire que cette science serait au sens plus ou moins large « la personne humaine ».
L’être humain comme une entité bien vivante, façonnable, dans une parfaite symbiose avec une identité indissociable de son temps, de son milieu physique et physiosociologique doit aspirer de manière humble à cette notion du social pour conserver son moi et défendre toutes adultérations de la créativité. La voie vers la création liée à notre manière d’agir serait incomplète et d’une intelligence difficile si l’on amputait ou négligeait chez l’humanité, celle des tempéraments ou aussi bien cette fibre de la sensibilité. La création, dans les arts, sciences et sociétés marque dans toute sa splendeur, une fine ébauche de la pensée d’autrui en acte de matérialisation sur supports. La création n’est forcément pas l’attente d’un résultat matérial. Symboliquement, elle peut juste se manifester sous une forme abstractive ou abstraite. Le sens que je donne à l’abstraction, est celui d’une genèse : la création du monde en concomitance avec celle de la création artistique. Comment expliquer le lien de notre réflexion et les réactions de notre âme, alors que l’on ignore celles de son éternel inséparable associé ? Le pur plaisir qui peut nous hypnotiser en présence d’une œuvre d’art n’aurait aucun intérêt si l’on faisait abstraction de notre corps ?
Nous inventons chaque instant de notre vie, à partir des choses existantes ou encore inexistantes par l’entremise de notre corps, notre esprit et notre âme. Si l’humanité arrive à créer des mondes imaginaires par pure et simple volupté, cela répondrait-il aux exigences de l’artiste, qui a donc pour rôle de réaliser dans un plan physique ce que l’intelligence conçoit comme vrai? Ce que le cœur sent comme bon? afin que le monde supérieur, celui de l’esprit, puisse descendre et s’incarner dans la matière ?
La capacité d’engendrer quelque chose qui n’existe pas, active les sens organiques de l’artiste, celui là même qui crée, l’envoûte en lui permettant de percevoir les choses différemment dans un objectif final, motivant de faire profiter sa vision à autrui. En somme, la création dans certains cas s’intéresse parfois au bon plaisir ou à des jeux fortuits, bénévoles, en s’impliquant à une prise du risque, comme dans tous ateliers d’initiation à la création. Le plus souvent, la création souhaite modeler l’existant qui lui paraît peu convenable ou satisfaisant. Dans ce cas, il est bien de procéder à un pragmatisme consistant primo à bien étudier avec une profondeur accentuée ce dont on veut parler, ensuite l’analyser méthodiquement pour une épuration affûtée avant toute démarche vers une quelconque modification par l’imaginaire.
Il me semble vrai qu’en art, dans les sciences et les sociétés, la création d’une manière intrinsèque, n’a pratiquement pas de différence absolue mais des nuances graduelles qui passent par la sensibilité, déclinée en une sorte de sensiblerie éduquée :Tout commence avec l’esprit et s’achève avec l’esprit qui conçoit avant tout et réalise par la suite. La matérialisation de l’œuvre artistique ne tient qu’à l’inspiration que l’esprit lui aura réservée. Bien sûr, il va s’en dire que l’être entier s’emballe pour donner corps à l’œuvre.
Désiré Amani