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Brou Yao Damo : « L’idiotie des non bêtes », quand, enfin, l’Afrique parle à ses enfants

Raymond Alex Loukou | | Litterature

Avant la sortie prochaine de sa première œuvre littéraire, nous avons rencontré M. BROU Yao Damo, Professeur de Génie Civil Bâtiment, Spécialiste en Energie Solaire et auteur de l’ouvrage: « L’IDIOTIE DES NON BÊTES ». Quand, enfin, l’Afrique parle à ses enfants.  Dans cet entretien autour de cet ouvrage qui fera, certainement, parler de lui, il a relevé que la prise de conscience véritable qu’il qualifie de ‘’Révolution de la conscience’’ est le vecteur directeur pour que notre chère Afrique parvienne à s’inscrire au rang des pays émergents. Entretien.

Vous êtes Technicien, alors comment êtes-vous arrivez à l’écriture ?

Avant de répondre à votre question, permettez-moi de vous remercier pour l’opportunité que vous m’offrez de parler de cette œuvre.

Rire. Le Technicien, avant d’apprendre un métier, doit apprendre d’abord français et je dirai même maitriser cette langue pour nous enseignants, afin de mieux rendre la connaissance qu’il transmet à l’apprenant. Et vous savez aussi, qu’on n’a pas besoin d’être littéraire pour écrire un livre. Le monde des grands écrivains le témoigne si bien ! Il  y a même des autodidactes qui ont écrit des best-sellers !!

Pour l’autre volet de votre question, je dirai que je me qualifie d’écrivain peu ordinaire car, c’est à l’âge de21 ans qu’une rencontre insolite avec une voix qui dit être celle de notre mère Afrique, avec un corolaire d’enseignements, que s’est imposé à moi le devoir d’écrire. C’est donc devenu un rêve que je caresse depuis ma tendre jeunesse, celui d’extérioriser les manifestations que je vivais à l’intérieur de moi et qui vont se concrétiser, dans peu de temps, s’il plait à Dieu, par la sortie de ce premier ‘’bébé’’ qui porte comme nom de baptême « L’IDIOTIE DES NON BÊTES ». Quand, enfin, l’Afrique parle à ses enfants !

Mais pourquoi un tel titre : « l’Idiotie des non bêtes » ?

Voyez-vous, ce titre en lui-même contrastant, est à l’image de l’Afrique. Car comment peut-on comprendre que notre continent est scandaleusement riche en essence et pauvre dans sa manifestation ? Comment peut-on comprendre qu’une personne couverte de richesse de tout genre soit un misérable qui tend toujours la main aux autres comme un mendiant ? Cela rappelle les pourceaux à qui, dans la fange,  l’on jette des perles. Comme ils ignorent la valeur de ces perles, ils ne s’en préoccuperont point. Eux, ils sont idiots au sens propre du terme parce que des bêtes. Comment peut-on aussi accepter ce honteux phénomène de  l’immigration clandestine qui porte l’opprobre sur tout un continent, alors que les richesses se bousculent pour créer le bien être de ces jeunes qui ont perdu tout espoir de rester chez eux ? Les voir se faire bouffer par les requins dans les mers, ce voyage pour lequel ils savent d’avance qu’ils ont peu de chance de survie, interpelle-t-il nos autorités ? Et comme personne ne s’en préoccupe, rien ne les effraie. Ils sont, chaque jour, plus que jamais déterminés et accrochés à leur rêve illusoire de vivre l’eldorado de l’autre côté de la rive. Bref. Il faut donc comprendre ce titre comme ‘’ les Africains, au premier rang desquels se trouvent les décideurs, se comportent comme des idiots alors qu’ils ne sont pas bêtes’’. Ce n’est pas une injure gratuite à l’endroit des dirigeants mais c’est  pour simplement exprimer l’incompréhension devant ces absurdités. Eh oui, nous nous comportons comme des idiots alors que nous sommes suffisamment intelligents pour mettre en valeur les richesses que nous possédons pour être heureux nous aussi chez nous. Nous sommes dotés d’intelligence comme tous ceux que nous considérons comme nos ‘’maîtres’’, mais nous refusons de nous servir de cette intelligence pour notre bonheur. L’Afrique n’est pas une propriété de la classe dirigeante. Ce sont d’ailleurs des personnes qui sont de passage à un moment. Même s’ils veulent passer cent ans au pouvoir et y mourir, ils s’en iront un jour. Donc tout Africain digne est interpelé quant à la misère qui sévit quotidiennement en Afrique à chaque coin de rue!

Pour me répéter, je dirai qu’il faut donc comprendre ce titre au-delà des mots. Il doit inciter plutôt la réflexion de l’Africain lambda.

A la lecture, votre œuvre parait révolutionnaire ?

Révolutionnaire dans le sens de « qui apporte de grands changements » oui. Il ne faut pas toujours voir la révolution de manière négative ! Toutes les sociétés qui ont émergé, ont atteint ce niveau enviable à travers une remise en cause perpétuelle de l’existant. Cet état de fait a fait naitre la révolution culturelle qui s’est traduite par un bouleversement profond dans la manière de faire de la société européenne. Et le résultat est bien palpable. Il faut donc courageusement que nous arrivions un jour à mettre de l’ordre dans les choses parce que ça ne va pas. En Afrique, cet état de léthargie hypnotique favorise une minorité aux détriments d’une majorité désespérée et qui réclame sa part de bien être. Nous faisons toujours le contraire des choses. L’injustice et le népotisme sont les canaux qu’empreinte la révolution. La conséquence, ce sont les crises répétées et incessantes dans tous les pays africains. Seulement, je ne suis pas pour une révolution ignorante d’incultes qui consiste à tuer et à casser. L’Africain doit apprendre à franchir des pas pour tendre vers l’évolution. Je voudrais inviter les peuples africains à s’approprier la révolution de la conscience. Et j’insiste bien sur ce concept : la révolution de la conscience. Elle est le vecteur directeur pour sortir l’Afrique de cette situation de misère que nous avons acceptée comme une fatalité.

Qu’entendez-vous concrètement par ‘’révolution de la conscience’’ ?

Mon frère, la révolution à laquelle on nous a habituée, ce sont les manifestations violentes qui nous font reculer des décennies en arrière. Par  révolution de la conscience, nous devons désormais comprendre que si les autres sont développés, s’ils transforment les matières premières ; nous aussi, nous en sommes capables parce que nous avons des têtes pensantes et aujourd’hui la ressource humaine dans tous les domaines de la connaissance pour relever les défis de la dépendance, du parasitisme chronique et de l’assistanat. Il est grand temps que nous sachons qu’il nous faut absolument travailler dur comme des forçats pour nous inscrire dans le concert des nations développées. Selon mon entendement, l’Afrique ne doit pas s’éterniser dans ce pitoyable assistanat pendant que, de manière antinomique, nous réclamons matin, midi et soir une indépendance, une souveraineté ! Un être humain normal doit se départir de la voie de la facilité qui plombe la conscience à demeurer dans un état pathologique de parasite. Il faut donc le travail, le travail rien que le travail, la seule solution de sortir du trou. Mon sage instructeur me disait ceci un jour: « En vérité mon fils, l’avenir est une page vierge à remplir. Sache que rien n’est préétabli à notre destin, le hasard n’existe pas. Seuls ton courage, ta détermination, ta foi et ta persévérance pourront t’amener à réaliser le minimum de tes désirs car souvent, il semble que la vie s’oppose à notre destin. Mais la vérité est que sans les difficultés, nous ne serons jamais fiers de notre bonheur. Alors, ne baisse pas les bras, bats toi pour atteindre ton but ». Lorsque l’Africain s’appropriera cette pensée, il fera un spectaculaire bon en avant. Ainsi, à l’image des dragons d’Asie, ceux qui nous taxent d’écornifleurs, réviseront leur position. C’est cela la révolution de la conscience.

Mais, avec l’hégémonie extérieure, pensez-vous que la révolution de la conscience peut emmener les pays africains à ne pas dépendre des occidentaux ?

Moi je ne m’inscris plus dans ce genre de débat. Pour moi, alimenter les conversations en parlant de l’extérieur qui est toujours responsable de nos malheurs est un artifice qu’emprunte toujours la majorité de dirigeants africains incapables de gouverner. Alors ils utilisent cela comme une arme pour couvrir leur carence. Le danger, c’est qu’ils donnent cela comme substance nutritive à la jeunesse qui n’a de reflexe que de crier leur colère contre les Occidentaux. Nous devons comprendre que, depuis que le monde est monde, la suprématie, le pouvoir prépondérant d’une personne sur une autre ou sur un groupe social, est la caractéristique du règne animal et humain. Alors pourquoi en faire un tabac quotidien quelque chose qui est normal? Mais, il faut plutôt se servir de cette réalité comme un indicateur et nous battre intelligemment pour notre survie. Ce combat est un combat sur nous-mêmes pour nous dire que si nous attendons que les autres préparent toujours tout pour nous mettre à la bouche, nous sommes perdus. Nous devons donc travailler, organiser notre société selon nos réalités culturelles et savoir y ajouter ce qui est positif dans celles des autres pour avancer. Si nous fuyons ce devoir régalien par pure paresse ou par notre éternelle complexe d’infériorité, parce que nous voulons nous contenter de ce que les autres ont conçu depuis des siècles pour leurs peuples, ne soyons pas surpris de demeurer toujours leurs subalternes ! C’est vrai, l’hégémonie extérieure est évidente mais elle ne sera éternelle que si nous la voulons ainsi car nous ne posons aucun repère remarquable projeté dans l’avenir pour servir de socle sur lequel l’Africain peut s’asseoir.

Voyez-vous, les occidentaux ne nous ont jamais empêchés de travailler ! Ils ne nous demandent pas de dormir dans nos bureaux ou de passer le temps à jouer aux Zuma luxieux, de venir au travail à 10H et repartir à 13H !! Ce n’est non plus leur hégémonie qui fait que les  bureaux, dans la fonction publique, sont déserts les jeudis et vendredis pour les mariages et les funérailles sans que personne ne lève le petit doigt pour interdire de telles pratiques !! comment des personnes conscientes de notre retard peuvent-elles se lever de chez eux, se bousculent pour avoir des ‘’gbakas’’ ou se serrent dans les bus sous prétexte qu’elles vont au travail, peuvent venir jouer que des jeux contenus dans leur outil de travail, l’ordinateur, et repartir à la maison ? Ces comportements là, c’est l’hégémonie extérieure qui nous l’impose ? Ce n’est pas l’hégémonie des Européens qui fait que les étudiants se découpent avec des machettes dans les cités universitaires ! Ce ne sont pas les Européens qui menacent les Présidents africains de les chasser du pouvoir s’ils mettent les travailleurs dans de bonnes conditions de travail ! Ce ne sont pas les Occidentaux qui ont institué cette corruption déferlante dans tous les domaines de la société ! Ce ne sont pas les Européens qui menacent les dirigeants de bombarder leurs pays s’ils essaient de fabriquer des jouets, des téléphones portables, des ordinateurs, des vélos, des voitures, etc. ! Même la petite aiguille et la petite lame nous ne pouvons fabriquer. Ce ne sont pas eux qui demandent aux Africains de se tuer chaque jour dans des guerres stupides parce que seulement quelqu’un veut être président de la république ! Vous voyez, tout dépend de nous-mêmes Africains pour changer le visage de notre Afrique. Alors, il nous appartient de changer le fusil d’épaule ! Aujourd’hui, il est plus que jamais nécessaire que nous nous inscrivons dans une prise de conscience véritable afin que nos pays soient des pays développés. Imaginez un instant qu’avec toutes nos richesses du sol, du sous-sol, maritimes et j’en passe, nos pays s’industrialisent ! Vous verrez que l’immigration clandestine prendra une direction contraire. Il ne faut surtout pas se décourager. Il faut seulement savoir écouter le langage du vent pour nous rendre compte que tout est cycle. Tout est régit par la même loi immuable universelle. L’Afrique a été, à un moment donné, à l’apogée de gloire. L’Egypte pharaonique est le patent exemple. Ensuite est venue celle de la Grèce antique qui s’est étendue dans toute l’Europe. Aujourd’hui, c’est le tour de l’Amérique qui tire d’ailleurs à sa fin pour laisser place à l’Asie à travers l’émergence du Japon, de la Chine et l’Inde. Si vous tracez une circonférence et que vous positionner les continents, vous comprendrez mieux ce que j’appelle la loi du cycle. Le bien-être enviable est à la portée de tous les continents. Mais celui qui dort ne connaitra pas cette gloire. Le relais sera pris par celui qui est prêt. Alors, je prie tous nos aïeux d’inspirer nos dirigeants afin que l’Afrique ne rate pas son tour de reprendre le flambeau. Mais comme je l’ai plusieurs fois répété, le seul facteur qui favorise l’émergence est la prise de conscience que c’est le travail qui libère l’homme de toute oppression. Il faut donc se réveiller, nous devons nous réveiller.

Donc un appel à l’éveil de la conscience de l’Africain ?

Tout à fait. En tant qu’enfants de cette Afrique, son passé, son présent et son futur nous concernent tous et nous devons l’assumer en toute responsabilité. Malgré les méchancetés et les brimades dont nous avons été victimes à un moment donné, il faut, un tant soit peu, cesser  de pleurnicher sur notre sort. Mon maître initiateur m’enseignait ceci : ‘’Livre tes mains, mais refuse tes ailes ; baisse la tête, mais ne la mets jamais entre tes jambes. Lève-toi et sers-toi de ta souffrance comme vecteur de ton édification’’. Quelle leçon !

Venons-en au contenu de votre œuvre. Quels sont les thèmes que vous y développés ?

J’y parle de cette rencontre insolite que j’ai eue avec cette voix de nulle part qui dit être celle de l’Afrique. C’est ce qui a éveillé en moi toutes les sensations de l’écriture. J’aborde les chapitres sur l’Esclavage et la Colonisation,  les  enseignements à tirer ; la culture et la tradition africaine en voie de disparition ; la Religion africaine diabolisée ; Quand la politique signifie assassinat de l’Afrique ; les Recommandations sur l’éducation,  sur le rêve de paix dans une Afrique en perpétuels conflits ; et enfin, de ces quelques porte – flambeaux qui font, quand même, la fierté de l’Afrique parce que tout n’est pas sombre malgré tout.

Avec ces idées, ne pensez-vous pas que vous ferez la politique un jour?

Non ! Pas du tout. Je ne ferai jamais la politique. Elle ne fait pas partie de mes soucis. Tous les éveilleurs de conscience que sont les écrivains, artistes musiciens, scientifiques et philosophes qui demeurent immortels sont mes exemples. Voici des milliers d’années pour certains et des dizaines pour d’autres que sont morts les Platon, Thalès, Pythagore, Voltaire, Newton, Anta Diop, Hampaté Bah, etc., mais ils sont positivement présents dans notre conscience ! Rares sont les politiciens qui le sont autant. J’entends souvent dire que si tu ne fais pas la politique, la politique te fait. Peut-être qu’en tant que futur écrivain, ma politique est l’écriture pour aider nos dirigeants à s’inspirer de nos pensées pour construire notre Afrique ; exactement comme l’ont fait les Eclaireurs des années des Lumières en Europe. Nous devons, malgré nos différences,  absolument soutenir tout président qui arrive au pouvoir afin qu’il réussisse sa mission parce qu’il s’agit de la réussite de tous. Ce Président aussi, qui est porté au pouvoir par le peuple, doit savoir rendre à ce dernier, ce qu’il attend de lui. Aussi, faut-il qu’il soit réceptif et accepte avec humilité les critiques du peuple dans toute sa composante pour réussir sa difficile mission qu’il prétend conduire au nom du peuple.

Comme je l’écris dans cette œuvre que chaque Africain doit se procurer, l’Afrique, berceau de l’humanité risque d’être son tombeau si ses enfants continuent de s’entretuer comme des idiots. Voyez-vous, il ne se passe pas un seul jour où les mass médial ne parlent de guerre, de coup d’état et d’attaques de rebelles armés jusqu’aux dents. Pourquoi sommes-nous incapables d’éviter la première étincelle d’hostilité ? Pourquoi ne pouvons nous pas utiliser notre intelligence pour construire notre chère Afrique ? Quand arrêterons-nous de chercher à nous venger de l’autre ? Tant que les politiciens n’élèveront pas leur conscience pour mettre en application la démocratie qu’ils appellent à gorge déployée ; tant que la tolérance, à cause du peuple qu’on dit tant aimer, ne visite pas leur moi intérieur,  l’Afrique restera captive de ses propres enfants. Car, en vérité en vérité, c’est être des matricides si nous ignorons que s’entretuer matin, midi et soir, c’est notre mère Afrique nous que assassinons. Il appartient donc aux politiciens africains d’explorer leurs propres voies de développement. La pratique démocratique n’est pas universelle. Les Occidentaux qui nous imposent ce système de gouvernance ont des variantes dans son application. La démocratie en France diffère de celle de l’Angleterre et celle de l’Angleterre diffère de cette de l’Allemagne, ainsi de suite. Certains sont encore en pleine monarchie. Cela veut dire que chaque peuple conçoit la démocratique selon sa culture et sa tradition. Il n’y a pas une définition unique de la démocratie. Alors, pourquoi ne voulons nous pas réfléchir de nous-mêmes et concevoir cette démocratie selon nos réalités culturelles ? Je propose donc des solutions dans mon œuvre.

Lesquelles ?

Eh mon frère, vous voulez que je vous dise tout dans cet entretien ? Vous ne voulez pas payer mon ouvrage ou bien ? Rire.

Votre ouvrage s’inspire t-il de ceux de la négritude ?

Chaque époque a sa couleur et son ton. La négritude fut un combat noble qu’ont mené nos devanciers pendant une sombre période de l’histoire du peuple Ebène que nous sommes. Une manière de revendiquer nos valeurs culturelles et spirituelles. Il faut continuer le combat selon les réalités du comment. Plusieurs luttes ont été menées de l’abolition de l’esclavage aux indépendances.  De cette indépendance de façade obtenue hier, il nous faut parvenir maintenant à l’indépendance totale, entière qui passe forcement par l’indépendance économique. Il appartient à l’Africain de cultiver en lui les valeurs élevées comme le travail, le courage, le mérite, la foi, la détermination, la persévérance, la rigueur et la paix préalable à tout développement.

L’appellation peuple ‘’Ebène’’ tout à l’heure, me fait penser à pratiquement un chapitre de votre ouvrage où vous écrivez que, le fait de nous appeler ‘’noir’’ a un impact négatif sur nous…

C’est malheureusement vrai. Je ne suis nullement offusqué un seul instant par cette appellation. Mais il faut corriger cette épithète décorée de racisme ou d’insuffisance linguistique. Pour celui qui l’ignore encore, un nom est composé d’un ensemble de lettres associées qui donnent naissance au mot, symbole de la pensée. Ce nom est donc un mantra, c’est-à-dire un pouvoir spirituel influent. Le prononcer pour désigner une personne, c’est lui infuser l’élément  force ou l’énergie vibratoire véhiculée par ce mot. Le qualificatif ‘‘noir’’ dont nous répondons, n’exprime-t-il pas, selon le symbolisme des couleurs, l’obscurité, la tristesse, la négativité, l’impureté? Se faisant, les vibrations de l’attribut ‘’noir’’, n’influencent-elles pas négativement aussi la conscience de ceux à qui cet attribut est destiné? Ce qualificatif imprégné désormais dans la conscience comme un ornement, on n’y prête aucune attention particulière. Celui qui veut y penser, de crainte d’être taxé d’alarmiste, de mesquin ou de superstitieux, évite simplement d’exprimer l’interrogation que, pourtant, son cœur lui recommande. Or, dans la recherche permanente des causes de la souffrance des Africains, en plus de la spoliation orchestrée par les prétendus ‘’maîtres’’ du monde et des vilains sentiments qui les animent, il n’est pas vain de prendre en compte, un tant soit peu, cette marque qui leur est destinée.

De la préhistoire à nos jours, le niveau de conscience humain va d’amélioration en perfection d’où la nécessité de corriger les clichés futiles des périodes sombres pour un monde humanisé. S’il est tant important de distinguer les peuples par la couleur de leur peau, alors, les Africains au sud du Sahara, sont des Ebènes. Le teint ébène est, certes, une dégradée de la couleur noire, mais il n’est pas noir. Aussi, la consonance agréable ‘’ébène’’ est-elle préférable aux effets annihilant de l’épithète péjorative ‘’noire’’ attribuée volontairement par les racistes impénitents et paranoïaques.

Est-ce franchement intelligent de faire une fixation sur les différences pigmentaires des peuples ? D’ailleurs, aucun déterminant désignant la pigmentation des êtres humains, n’est correct. Mettez chaque couleur à côté de chaque peau et vous vous apercevrez aisément que le ‘’Noir’’ n’est pas noir, le ‘’Blanc’’ n’est pas blanc, le ‘’Jaune’’ n’est pas jaune. La simple diversité pigmentaire humaine a entraîné une classification raciale sur les critères fantaisistes les plus immédiatement apparents : leucodermes (Blancs), mélanodermes (Noirs), xanthodermes (Jaunes), etc. Cette classification a prévalu, avec diverses tentatives de perfectionnement dues à l’influence des idées linnéennes, tout au long du XIXème siècle. Observés comme des considérations insensées, les progrès de la génétique conduisent aujourd’hui à rejeter toute tentative de classification raciale. Par conséquent, un être lucide et fier ne peut accepter éternellement un tel attribut négatif.

Le crédo le plus fondamental que je me suis imposé, est la découverte de l’unité dans la diversité parce que je n’admets pas que la différence engendre des conflits. La beauté de cet univers manifesté est recommandée par la diversité et je ne vois pas un ennemi dans chaque étranger. J’admets toutes les voies et je reconnais la grandeur partout où je la rencontre parce qu’au fond, il n’y a qu’une seule race : l’humanité.

Nous avons hâte de prendre connaissance de cette œuvre, M. Brou !!

Je suis moi-même animé par une impatience fiévreuse parce que c’est ma première œuvre. Mais pour une question de santé et de déménagement de l’éditeur, sa sortie a pris un peu de temps. Rendez-vous est donc pris pour début 2014. Une fois encore, je vous remercie infiniment de l’opportunité que vous m’offrez de m’exprimer dans les colonnes de votre quotidien qui est l’un des plus lus dans notre pays.

 

Raymond-Alex Loukou