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11e édition du SILA : La jeunesse, cible privilégiée des auteurs africains

Arsene DOUBLE | | Litterature

En marge de la 11e édition du Salon Internationale du Livre d’Abidjan (SILA), la salle Niangoran Porquet du Palais de la culture d’Abidjan-Treichville a été le théâtre d’un panel portant sur la thématique : « Livre & Jeunesse », vendredi 17 mai 2019. Les panelistes ont tenté d’éclairer la jeunesse sur leurs ouvrages ainsi que sur d’autres problématiques littéraires.

Les panelistes, au nombre de six, sont des ténors de la littérature africaine. Les écrivains à l’honneur comprennent quatre femmes de lettres, dont trois ivoiriennes et une sénégalaise, et deux hommes. La plupart de leurs ouvrages se classent dans la littérature d’enfance et de jeunesse. Ils comptabilisent tous une panoplie de productions littéraires, dont nous ferons l’économie de toutes les citer. Ces écrivains se présentent comme suit : Sophie Koné Boating, Gina Dick Boguifo, Fatou Kéita, la sénégalaise Mariam N’Doye, Dr Christian Tidou, Samuel Dégny.

Il était 15h lorsque le rideau s’ouvrit sur le panel. La salle Niangoran Porquet refusait du monde. Tout pouvait commencer. Le facilitateur Dr Paul Hervé Agoubly, enseignant chercheur et auteur de plusieurs publications scientifiques, au moyen d’un tour de table, leur pose des questions sur leurs dernières œuvres, leurs démarches littéraires et d’autres problématiques littéraires. Après, les spectateurs, en majorité des jeunes, en font autant.

 

Le militantisme en faveur du livre africain

Garantir la représentativité du livre africain constitue l’une des préoccupations des auteurs africains. Les œuvres africaines doivent être lues partout dans le monde.

 « Le livre africain doit voyager et pour voyager, il faut que ça soit de beaux livres. Des livres exploitables, bien écrits et illustrés. », a déclaré Fatou Keita, enseignante chercheuse à la faculté d’anglais de l’Université Felix Houphouët Boigny et auteure de plusieurs livres, dont « Rebelle », « Le petit garçon en bleu », « L’Abissa : La leçon du roi ! ».

 « Il est important, poursuit-elle, que le livre africain puisse s’exporter vers les autres pays africains et vers l’Europe. »

Elle se dit écœurée de voir qu’en Noël, nos parents africains offrent aux enfants africains des beaux livres occidentaux. Alors que nos auteurs africains ont la possibilité de produire la même qualité. C’est pour joindre l’acte à la parole qu’elle offre, aux plaisirs des lecteurs africains, « L’Abissa : La leçon du roi ! ». Mêlant réalisme et fiction, l’œuvre prône la réconciliation, la tolérance, et l’humilité. L’auteure essaie de montrer au monde entier que les africains sont aussi capables de pratiquer la démocratie. « Pour parvenir, dit-elle, à la vraie paix, il faut pouvoir écouter les autres. »

L’écrivaine ivoirienne Gina Dick Boguifo, enseignante chercheure à l’Université Félix Houphouët Boigny, ne dit pas le contraire. Les livres doivent être très esthétiques, bien encartonnés, résistants avec une couverture et des feuilles rigides, ainsi que de belles illustrations.

« Il faut que le livre soit bien illustré pour attirer les enfants. Parce que quand l’enfant voit une belle illustration, même s’il ne sait pas lire, il peut essayer de le lire. » fit-elle savoir. Et d’ajouter : « L’image est très importante, parce que c’est la première chose qui attire l’enfant  avant de voir le contenu.»

Gina Dick Boguifo compte à son actif plusieurs œuvres, à savoir « Il n’y a pas de sot métier », « Dansez maintenant », « Chouchou ne veut pas se brosser les dents » et « Un bébé crabe, un peu trop curieux ».

Mariam N’Doye, écrivaine sénégalaise, pense qu’il est bon d’apprendre aux enfants africains leur culture. Il faut les amener à aimer les œuvres africaines en partageant avec eux des bandes dessinées retraçant l’histoire des personnalités historiques africaines, comme le poète président sénégalais Léopold Sedar Senghor et Felix Houphouët Boigny, premier président de la Côte d’Ivoire. Il faut pérenniser leur mémoire.

Auteure de « Quand les méchants deviennent gentils », Mariam N’Doye recommande à tous la tolérance et le pardon. Les enfants, jugés méchants, peuvent devenir bons, s’ils bénéficient d’une seconde chance. « Tout le monde a droit à une seconde chance. Il faut leur donner la chance de se repentir et enfin de revenir sur le droit chemin », a-t-elle avancé. De peur qu’ils se retournent contre la société, il faut faire preuve d’indulgence à leur égard.

La frontière entre l’auteur et le narrateur

Jugeant un peu complexe d’établir une distinction entre l’écrivain et le narrateur, l’auteure ivoirienne Fatou Keita estime que l’écrivain s’identifie parfois au narrateur. Il se cache de temps à autres derrière lui pour se protéger. « Y a toujours un peu de soi-même dans un livre. Même s’il s’agit de fiction. », nuance-t-elle.

Le poète dramaturge et romancier ivoirien, Samuel Dégni, chef de fil de la Prediromance, quant à lui, tente de faire le distinguo entre l’auteur et le narrateur. « L’auteur se met d’abord dans une certaine position totale pour observer, et ensuite, il observe et dit, puis il laisse le personnage central [le narrateur ndlr] lui-même s’exprimer. L’auteur plante en fait le décor », explique -t-il.

Samuel Dégny est auteur d’« Un million d’Euro pour 48 heures », « Le dernier jour d’un condamné à mort » et « Les confessions de l’enfant microbe ». La dernière œuvre teintée de réalisme et de surréalisme, traite du phénomène des microbes, qui mine la société ivoirienne. Là, il ne tient pas les enfants pour responsables. L’auteur pointe du doigt l’Etat. Il soutient : « L’éducation établie passe d’abord par l’Etat. L’Etat régit les lois, impacte ainsi la vie de la société en tant que telle. Si elle n’a pas de lois fortes, n’a pas des règles préétablies, qui contribuent à l’éducation réelle, nous allons voir que nous aurons une dépravation morale. »

Les bandes dessinées, destinées à tout public

L’auteure ivoirienne Sophie Koné Boating ne s’en remet pas à l’idée que la bande dessinée n’est destinée qu’aux enfants. La bande dessinée, selon elle, s’adresse à tous les publics. Sa conception est fonction des tranches d’âge. Donc, parents et enfants peuvent être concernés.

Sophie Boating affirme également que l’émerveillement favorise l’apprentissage. « Quelqu’un qui est émerveillé, garde toujours une âme d’enfant et a toujours envie d’apprendre (…) Il faut être émerveiller, car quand on est émerveillé, on a toujours envie d’apprendre », dit-elle.

La simplicité des œuvres

« J’aime les choses concises, les choses simples, les choses claires, les choses qui parlent. » indique l’écrivaine ivoirienne Sophie Koné Boating. Pour mieux faire passer son message, elle priorise la simplicité des écrits.

Auteure de « Moi, Borg, enfant de Korhogo », « Le chien et le poisson, Mister dog and mister Fish », Edition bilingue français-anglais, Sophie Koné Boating retrace la vie toute entière de feu Felix Houphouët Boigny dans une bande dessinée intitulée « Felix Houphouët Boigny ». Ladite bande dessinée est une œuvre très documentée et d’une rafraichissante simplicité, qui nous donne à voir une autre personnalité de notre pays.

Cela fait vingt-six (26) ans qu’il n’est plus. Maintes jeunes ne l’ont pas connu. Il existe bien des œuvres qui retracent sa vie. Mais, leurs volumes et l’hermétisme des mots utilisés rendent leurs appréhensions du père fondateur plus ou moins aisées. La volonté de Sophie Boating de faire comprendre à la jeunesse la personnalité de Felix Houphouët Boigny l’amène à opter pour une démarche simple et accessible à tous. Ce qui est d’ailleurs un succès.

Du même avis que Sophie Boating, Dr Christian Tidou assure qu’« il faut simplifier les choses pour donner au public ce qui peut lui être utile.» Enseignant chercheur en lettre moderne à l’Université Felix Houphouët Boigny, Dr Christian Tidou, est auteur de romans pour la jeunesse, dont « Kpatakolou et Gbeubeugbeu » et « Le secret ».

 

Arsène DOUBLE