27 ans après ses débuts modestes dans une commune populaire d’Abidjan, un festival pensé par et pour les créatrices s’apprête à investir la capitale française à une tout autre échelle. Du 7 au 10 octobre 2026, Paris et Saint-Denis accueillent la 9ᵉ édition du FESTIFÉES, le Festival international féminin des Arts fondé par Bello Elisabeth Oseini.
L’événement ne se contente plus d’aligner des spectacles. Il veut désormais peser sur les carrières de celles qui les portent, en multipliant les passerelles vers les professionnels du secteur. Signe de cette montée en puissance, une campagne de financement participatif a été lancée à quelques semaines de l’ouverture pour donner à l’organisation les moyens de ses ambitions.
Une aventure née à Abobo, devenue internationale
Tout commence en 1999, dans la commune d’Abobo, à Abidjan. Bello Elisabeth Oseini, comédienne, metteuse en scène, réalisatrice et productrice, crée alors le FESTIFÉES en partant d’un constat simple, la faible présence des femmes dans certaines compagnies théâtrales de l’époque. Avant même le festival, elle avait fondé une compagnie féminine, Afrique Théâtre, devenue par la suite Culture du Monde. Le FESTIFÉES naît ainsi directement de cette expérience du terrain culturel.
Vingt-sept ans plus tard, le festival s’installe pour quatre jours à Paris et Saint-Denis, avec une programmation qui traverse le théâtre, la danse, la musique, le conte, la poésie, les marionnettes, le slam et l’exposition. Sa règle fondatrice n’a pas changé, les femmes occupent la scène en tant qu’interprètes, sans que les hommes soient écartés des autres fonctions de création comme la mise en scène ou la chorégraphie. Une formule qui distingue nettement le FESTIFÉES d’un simple festival consacré à un genre artistique, puisqu’il s’agit avant tout de rendre visible une création portée par des femmes venues de tous les continents.
Un festival qui veut transmettre autant que montrer
Le thème choisi pour cette 9ᵉ édition donne le ton, « Femmes et Arts, héritières du passé, actrices du présent et bâtisseuses du futur ». Autour des spectacles et des expositions, l’organisation prévoit des conférences, des panels, des ateliers, des masterclass et des rencontres professionnelles. L’idée est simple, une artiste ne vient plus seulement présenter une œuvre. Elle peut aussi partager une pratique, rencontrer d’autres créatrices et accéder à de nouveaux réseaux.
Cette dimension professionnelle s’inscrit dans la continuité d’éditions précédentes. En 2022 déjà, la 6ᵉ édition du FESTIFÉES avait célébré le théâtre féminin à Paris, confirmant l’ancrage progressif du festival sur la scène parisienne. En 2024, c’est à Grand-Bassam que l’événement avait pris ses quartiers, réunissant des compagnies venues de Côte d’Ivoire et de France, avec des distinctions attribuées dans plusieurs disciplines et un volet consacré à la découverte du patrimoine de la cité historique.
Cette volonté de faire dialoguer création et transmission trouve un écho plus large dans le paysage culturel ivoirien. On la retrouve par exemple dans la dynamique du FENACMIS, le festival national des arts et de la culture en milieu scolaire, qui mise lui aussi sur la révélation de jeunes talents à travers le théâtre. Elle rappelle également le parcours de figures comme Akissi Delta, l’une des rares femmes à s’être imposée comme actrice, réalisatrice et productrice dans le cinéma ivoirien, preuve que la place des créatrices dans les arts ivoiriens se construit de longue date, sur plusieurs disciplines à la fois.
Paris comme tremplin, Abidjan comme ancrage
Le passage par Paris ne signe pas un abandon des racines ivoiriennes du festival. Le calendrier 2026 prévoit déjà une 10ᵉ édition en Côte d’Ivoire, du 2 au 5 décembre, quelques semaines seulement après le rendez-vous parisien. Le FESTIFÉES fonctionne désormais sur deux territoires, la France comme espace de diffusion internationale et la Côte d’Ivoire comme point d’ancrage historique.
Mais cette double implantation a un coût très concret. À l’approche de l’édition parisienne, l’organisation a lancé une campagne de financement participatif destinée à couvrir la location des espaces, les moyens techniques, la communication et la modernisation du site internet du festival. Une réalité qui rappelle que faire vivre un événement culturel international demande autant d’artistes et d’idées que de moyens et de partenaires.
Du 7 au 10 octobre, les scènes parisiennes et dionysiennes deviennent ainsi le prolongement d’une histoire commencée à Abidjan il y a vingt-sept ans. Entre création, transmission et circulation internationale, le FESTIFÉES 2026 montre qu’ouvrir une scène aux femmes ne suffit pas. Il faut aussi leur permettre d’y construire des réseaux et d’y inscrire durablement leurs œuvres dans le paysage culturel mondial.
Innocent KONAN