Patrimoine/ Combat des reines : Un autre visage de la Suisse

Connue pour être un pays sûr pour ces activités bancaires, la Suisse est également un Etat foncièrement attaché à son riche patrimoine culturel dont il faut noter en bonne place le « combat des reines ».

Tout comme en Afrique, en Europe aussi, l’on n’a pas perdu la valeur des traditions. Contrairement à ce que peuvent penser la plupart des africains. Certaines traditions ont été bien conservées et ce, malgré les importantes mutations culturelles observées depuis de nombreuses décennies sur le continent.
La modernité n’a pas pu éradiquer les traditions rurales même si celles-ci connaissent des évolutions et des recompositions importantes.

En Espagne la tauromachie est une tradition profondément ancrée, en Allemagne à Munich c’est la bière qu’on célèbre lors de la fameuse Oktoberfest et en Suisse se sont les «reines» qui font l’objet d’admiration. Ces reines,  qui « anoblissent » leurs propriétaires, n’ont pas de sang royal mais sont bel et bien les vaches de la race d’Hérens à la robe caractéristique d’un brun sombre.

Dans le canton du Valais se pratique chaque année depuis 1922 des combats de ces reines, qui sont naturellement belliqueuses. Le village d’Aproz accueille chaque mois de septembre la finale cantonale qui attire des milliers de « supporters » et de plus en plus de touristes.
Les propriétaires de ces vaches bichonnent leurs bêtes et les paradent devant les spectateurs éblouis. Ils ne boudent pas leur fierté lorsque leur reine prend part aux combats de la finale qui sont diffusés sur les chaines TV nationales. Les vaches s’affrontent en se poussant avec la tête et le jury ne déclare une bête vaincue que lorsqu’elle se détourne de son adversaire ou refuse le combat en signe de soumission.

On peut s’étonner, dans l’atmosphère chaleureuse et conviviale des combats, du prix que peuvent valoir les reines. Bien que les chiffres soient généralement gardés secrets, les bruits de couloir laissent entendre que les meilleures combattantes, et leur descendance, peuvent valoir entre 30.000 et 40.000 CHF/US$, ce qui équivaut à 25.000/33.000 Euros ou encore entre 12 et 16 millions de CFA. Bien que ces prix soient environ 10 fois supérieurs à ceux des animaux de boucherie, ils sont généralement considérés comme valides et n’effraient pas de riches citadins férus de cette tradition qui sont de plus en plus nombreux à acheter leur propre reine.

Cet aspect financier ne doit pas occulter toutefois le fait que ce qui est fondamentale est la célébration de la culture qui une fois de plus unie des personnes de divers horizons et fait découvrir l’amour de l’échange.
La culture à travers les combats de reines nous fait découvrir un autre visage de la Suisse au delà des banques, du chocolat et des pendules à coucou. Au-delà du stéréotype du pays replié, la Suisse est un pays qui tient à ces traditions, qui les conserve et essaie de les faire connaître. Elle fait comprendre aussi que la culture est un facteur influant sur l’économie donc sur le social et que 700 ans de démocratie donnent à la culture le droit de jouer sa partition.

Il faudrait pour nous africain, penser la culture comme vecteur d’innovation et de développement économique et social. Pour cela, il est impératif de renforcer les capacités du secteur, d’en accompagner les mutations tout en réduisant leurs influences sur les traditions qui méritent d’être conservées.

Nakouty Luyet: