Mamphela Aletta Ramphele : Une femme d’exception
Du haut de ses 65 ans, Mamphela Aletta Ramphele est difficile à présenter tant son palmarès est éloquent et impressionnant. Cette femme d’exception de nationalité sud-Africaine, personnalité reconnue du monde académique et des Institutions Internationales, Ancienne militante anti-apartheid, médecin et anthropologue spécialiste des questions du développement s’est illustrée successivement comme recteur de l’université de Cape Town et Directeur Général de la Banque Mondiale. Actuellement membre du Conseil d’Administration de la Fondation Rockefeller à New York, Mamphela Ramphele est une figure de la lutte en faveur de la justice sociale aussi bien sur le plan national qu’international.
Née dans une famille modeste en 1947, de parents tous deux instituteurs,Mamphela Ramphele a sept frères et sœurs. Brillante élève, on s’amuse à raconter que Mamphela s’ennuyait énormément en classe, car les cours lui paraissaient trop faciles. Elle décide alors de faire des études de « médecine » malgré le désaccord de ses parents.
Déjà à l’époque, en Afrique du Sud, la profession de médecin était presqu’essentiellement occupée par des hommes. Très peu de FEMMES mêmes blanches pratiquaient ce métier hautement masculin, a fostiori quand elles sont noires. Il va s’en dire que les femmes de couleur noire étaient pratiquement absentes de cette profession. C’est ainsi qu’en 1967, Mamphela décide d’entrer à la « Natal Medical School », seule université acceptant des étudiants noirs sans autorisation spécifique du gouvernement. Son père meurt peu après son entrée à l’université. En 1972, elle obtient son diplôme de médecine.
Elevée sous le régime de l’apartheid en Afrique du Sud, Mamphela Ramphele est devenue une figure active du militantisme étudiant et a été l’un des membres fondateurs du Black Consciousness Movement (BCM) avec Steve Biko dont elle était la compagne. Bien que marié, Biko et Mamphela, entretinrent une longue relation d’où naquirent successivement en 1974 une fille, Lerato, décédée peu de temps après et en 1978 un garçon qui n’eut pas l’occasion de connaitre son père mort presqu’au même moment.
En raison de ses activités politiques, Mamphela est arrêtée et contrainte à l’exil en 1977 dans le Transvaal du Nord où elle restera pendant sept ans jusqu’en 1984. Poursuivant sa campagne en faveur de la justice et de la responsabilisation, elle établit le programme sanitaire de la communauté d’Ithuseng.
Elle continue cependant ses études et reçoit un PHD à l’université de Cape Town en Anthropologie sociale, un BA (Business Administration) de l’université d’Afrique du Sud et sort diplômée de la « médecine tropicale et santé publique ». Cette figure de proue aux multiples facettes rejoint l’université de Cape Town en 1986 en tant que responsable d’un programme de recherche avant d’y être nommée Présidente en 1991. C’est ainsi que Mamphela Ramphele devient la première femme noire à accéder à cette fonction dans une université sud-africaine.
Elle démissionnerait de ce poste en 2000 pour rejoindre la Banque mondiale en qualité de Directrice générale. Mamphela Ramphele sera alors la première africaine et la deuxième femme à accéder à ce prestigieux poste international. Au titre de ses compétences, elle était en charge de la direction des activités de développement humain de la banque dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de la nutrition, de la population et de la protection sociale.
En 2004, Mamphela Ramphele a été nommée Vice-Présidente de la Commission des Nations Unies pour les migrations, un nouvel organisme analysant les potentialités et les défis liés aux flux migratoires, en Afrique et dans le monde. Mamphela Ramphele a ajouté plusieurs cordes à son arc en s’imposant comme présidente du Conseil d’Administration de l’Independent Development Trust (IDT), la plus grande ONG dédiée au développement en Afrique du Sud.
Mamphela Ramphele, cette femme d’exception vient de signer son entrée en politique depuis quelques jours à la tête d’un parti politique. Sa formation politique pourrait se présente une alternative possible capable de faire bouger considérablement les lignes dans le paysage politique sud-africain largement dominé par l’ANC (Congrès national africain) depuis la fin de l’apartheid. L’expérience exceptionnelle de Mamphela Ramphele viendra vraisemblablement l’enrichir.
Femme d’exception, Mamphela Aletta Ramphele saura-t-elle impulser ou imprimer une touche nouvelle à la politique sud-africaine marquée par les stigmates et marques indélébiles de l’apartheid ?