LA FRANCE VA RENDRE LA TÊTE D’ATAÏ, LE GRAND CHEF KANAK DÉCAPITÉ QUI MENA L’INSURRECTION DE 1878 CONTRE LES COLONS FRANÇAIS.

C’est quoi cette histoire ? En 1878, 25 ans après la prise de possession de la Nouvelle-Calédonie par la France, le grand chef kanak Ataï prend la tête d’une rébellion, à l’Ouest de l’île, pour protester contre les spoliations foncières de l’administration coloniale. Aux pieds du gouverneur Léopold de Prizbuer, l’histoire raconte qu’il avait déversé deux sacs, l’un rempli de bonne terre et l’autre de cailloux : « voilà ce que nous avions, voici ce que tu nous laisses », avait lancé Ataï. Pour faire face à cette fronde, l’armée française s’est attachée les services de… kanaks de la côte Est. Le 1er septembre 1878, l’un d’eux, dénommé Ségou, aurait tué Ataï, qui fut ensuite décapité.
Et elle est où cette tête ? Après la décapitation, la tête du chef de guerre kanak a été placée dans un bocal d’alcool, puis expédiée en France, au Musée d’Ethnographie du Trocadéro, à Paris. Durant les années 2000, alors que les Kanaks continuent de revendiquer son retour au pays, elle est officiellement perdue. Puis retrouvé en juillet 2011, dans les réserves du Jardin des plantes, à Neuilly-sur-Seine (à deux pas de Paris).
« Une émotion m’étreint ». Vendredi, Jean-Marc Ayrault a foulé le sol de la Nouvelle-Calédonie. Venu à l’occasion des 25 ans des accords de Matignon, qui ont mis fin au climat de guerre civile qui secouait cette colonie du Pacifique sud, le Premier ministre français en a profité pour annoncer qu’il s’engageait à restituer le crâne d’un rebelle kanak décapité en 1878. Pourquoi Ayrault va la rendre ? « La position de l’Etat est claire : oui cette tête a vocation à revenir en Nouvelle-Calédonie et elle reviendra », a déclaré le Premier ministre devant les élus du Congrès. Un peu plus tôt, il avait été accueilli dans la case traditionnelle du Sénat coutumier. L’institution supervise en effet une démarche de réconciliation entre les clans kanaks de la région du grand chef Ataï, afin que la restitution de son crâne ne ravive pas d’anciennes querelles.

L.Mogôba

L.Mogoba: