INTERVIEW / GABIN BAO ( Manager culturel ) : Le management culturel est un métier d’ avenir sur le continent africain « 


Gabin Bao est l’ un des plus doués de sa génération dans le métier qu’ il exerce : manager artistique. A travers  » 7 Etoiles « , la structure qu’ il dirige , il essaie de donner à ce métier très peu connu, la place qu’ il mérite sur le continent. Attiré par les challenges, il parcourt l’ Afrique et l’ Europe pour faire valoir son savoir-faire. Son rêve : faire du management un métier ( re )valorisé sur le continent. C’ est un professionnel très passionné à qui Didier Drogba vient de confier la rédaction d’ une bande dessinée retraçant son enfance jusqu’ à sa carrière de footballeur professionnel. Aux âmes bien nées, la valeur n’ attend point ne nombre des années, dit l’ adage. Gabin Bao pourrait être un exemple patent. Lisez plutôt…

Pourquoi as-tu choisi le métier de manager artistique ?

J’ai choisi ce métier parce que je n’avais pas de courage pour devenir un artiste de scène donc j’ai cherché alors à travailler pour l’encadrement des artistes afin de les aider à mieux gérer leurs carrières.

Depuis quand le pratiques-tu ?

Je suis dans le management d’artistes depuis 2002 mais dans l’industrie de la musique depuis 1998. Sinon, j’avais des actions que je faisais dans le monde de l’ évènementiel depuis 1996.

Le rôle d’un manager artistique consiste en quoi ?

Le rôle d’un manager artistique consiste à non seulement conseiller, donner les orientations de la carrière, rédiger les contrats, analyser les contrats mais aussi impulser à l’artiste un développement professionnel de sa carrière.

D’ après ton expérience, est-ce facile d’exercer ce métier sous nos tropiques quand on sait que la culture est reléguée au second plan ?

Je pense que ce n’est pas facile d’exercer ce métier non pas forcement du fait que la culture soit reléguée au second plan mais surtout parce que les artistes eux-mêmes refusent de ce professionnaliser. Il y a aussi le fait que la majeur partie des managers n’ont aucune formation sur le métier qu’ils prétendent exercer et c’est aussi un grand problème. Dans le cas de la Côte d’Ivoire, vous verrez que plus de 80 à 90% des managers d’artistes n’ont aucun contrat qui les lie avec l’artiste. C’est très souvent le système de l’ami du quartier qu’on contacte pour décrocher le téléphone ou faire un boulot de coursier et c’est dommage ! Je pense que c’est à nous les acteurs de la musique de nous professionnaliser avant que les autorités nous donnent une place majeure.

Raconte nous tes débuts dans ce métier.

Pour résumer, j’ai fais mes premiers contacts avec le monde de la musique et de l’évènementiel par l’organisation des galas des 100 Jours du bac du Lycée Français Jean Mermoz (Abidjan). Apres j’ai travaillé en tant que responsable du développement artistique et stratégique de la société de distribution musical Sahel Production. Apres j’ai créé en collaboration avec la société JBA (société Française) ma première société de production et  d’évènementiel du nom de La Prod.com. Cela m’a permis de comprendre et apprendre beaucoup de choses. Pendant cette période, j’ai travaillé pour le développement de l’artiste Petit Denis, sur la production de deux concerts du groupe Steel Pulse et sur plusieurs autres évènements.

Comment fais-tu pour faire comprendre aux artistes qu’ils doivent être professionnels jusqu’ au bout des ongles ?

La seule chose que je peux leur demander c’est qu’ils acceptent de se faire encadrer par des professionnels aguérris et qu’ eux-mêmes acceptent de travailler dans un développement de carrière qui sera établi sur un plan qui prendra en compte le court, moyen et long thème. C’est ceux qui travaillent dans cette stratégie de développement qui arrivent à aller de l’avant.

La tâche n’est toujours pas aisée il me semble…

La tache n’est pas du tout aisée avec tout ce que je viens d’ expliquer. Malgré cela, je pense que les choses se mettront en place tout doucement mais il faut une véritable volonté des artistes de se professionnaliser.

N’ envisages-tu pas de créer une structure pour former des gens dans ce domaine ?

Je ne vais pas créer de structure mais je suis entrain de réfléchir avec des partenaires étrangers pour voir comment monter des ateliers de formation dans des secteurs de l’industrie musicale.


Quels sont les grands évènements culturels qui portent la signature de la structure que tu diriges ?

La nouvelle structure que je dirige en ce moment n’a pas encore travaillé sur des projets d’évènementiels musicaux mais a plutôt produit le projet de la Bande Dessinée sur la vie du footballeur international ivoirien Didier Drogba. Sinon j’ai travaillé dans la production et la mise en place de concerts et festivals pour des artistes tels que : Steel Pulse, Oxmo Puccino,Tiken Jah, Factor X, Sherifa Luna, Singuila, DJ Jacob, Nix, Fanny J, Kim, Dibi Dobo, Princesse Lover, Soum Bill… C’ est donc tant au niveau national qu’ international.

Quels sont les artistes qui sont actuellement dans ton écurie ?

Je travaille que avec l’artiste rappeur d’origine sénégalaise Nix. C’est lui que je manage en ce moment.

Tu as un projet de bande dessinée avec la star du football Didier Drogba. Comment est né ce projet et en quoi consiste t-il ? ( L’ interview a été réalisation avant la parution de la BD ).

Le projet de bande dessinée que j’ai avec Didier DROGBA est né grâce aux frères Mendy (Touti et Balil) qui m’ont présenté et introduit auprès de Thierno Seyidi, le manager de Didier Drogba. Et vu que j’étais proche de Pierre Sauvalle, co-fondateur du studio d’animation Pictoon, j’ai donc eu l’idée de faire une bande dessinée sur Didier Drogba que j’ai toujours considéré comme un exemple de réussite pour la jeunesse africaine qui à besoin d’exemples pour avancer.
La mise en place de cette bande dessinée est non seulement de pérenniser l’histoire de Didier Drogba qui est une fierté africaine mais surtout de chercher à créer des héros africains à travers lesquels les jeunes générations pourront s’identifier. Observez bien, combien d’héros noirs et africains avons- nous dans l’industrie de la bande dessinée ou du dessin animé dans le monde ? Or si vous regardez bien, la majeur partie des histoires des dessins animés et bandes dessinées sont inspirés d’histoires africaines.

Pourquoi t’as t-il choisi alors qu’il y a des structures occidentales mieux outiller pour le faire ?

Je pense que Didier et son staff pourront mieux répondre à cette question mais je pense que c’est peut-être parce que j’ai été l’un des premiers à lui parler de cette manière de faire pérenniser son image dans cette industrie de la bande dessinée et du dessin animé. Je pense qu’il a voulu aussi montrer qu’il fait confiance à la jeunesse africaine. Je retiens simplement que c’est une grande marque de confiance à la jeunesse africaine.

N’ est-ce pas une façon de mettre la pression sur toi ?

La pression que j’aie est une pression positive et non négative. Elle me permet de me professionnaliser encore plus car ce n’ est pas n’ importe qui peut travailler  sur l’image de Didier Drogba.

De la musique au sport, il n’y a qu’un pas que tu as allègrement affranchi… 

Je pense que la musique et le sport sont liés car regardez bien, avant chaque match de football, vous verrez que la majeur des footballeurs écoutent de la musique dans leurs casques de baladeur MP3, IPOD et autres.

Tu te retrouves aussi dans la mode avec WATI B. Une explication ?

Je suis très proche du propriétaire de WATI B qui est en même temps le producteur du groupe Sexion d’Assaut. Apres nous essayons de faire des choses ensemble.
Pensez-vous que le management artistique est un métier d’avenir en Afrique ?

Oui bien sur ! Parce que l’ Afrique regorge de grands artistes.

Un mot pour finir.

Mon mot pour la fin se dirige vers la jeunesse africaine car il faut qu’elle puisse participer activement au développement de l’Afrique à tous les niveaux. Nous devons savoir que le développement de l’Afrique ne viendra que par ses enfants et non par les enfants des autres continents qui ont eux même leurs problèmes.
Pour moi, la chance ne sourit qu’à celui qui entreprend et travaille avec la ferme volonté de réussir.

Firmin Koto: