Papa WEMBA, a n’en point douter restera cet grand artiste Africain qui aura prédit sa mort ? Lui qui s’est justement confié à un journaliste Ivoirien, il y a de cela quelques temps en ces termes « … quand je suis sur scène je sens que je plane… j’ai le sentiment que ca se passera un jour sur scène micro à la main » a finalement accompli sa propre prophétie à Abidjan le 4 avril sur scène, « tombant » sur la scène du Festival de la Musique Urbaine d’Abidjan (FEMUA, initié depuis plusieurs années par le célèbre groupe Ivoirien Magique System), suite à un arrêt cardiaque.
Loin des débats suscités sur la toile évoquant même un complot de micro empoisonné, votre magasine préféré qui note cependant quelques imperfections dans l’organisation de ce festival au cours duquel le père de la rumba est tombé micro à la main, a bien voulu rendre hommage au grand musicien sapeur Congolais.
Il était une fois Papa WEMBA
Connu comme le « Roi des Rhumba Rock, » Papa WEMBA est l’un des musiciens les plus flamboyants et cosmopolites de toute l’Afrique. Il a éclaté de sa République Démocratique du Congo natale pour devenir l’un des artistes de la musique du monde les plus aisés au niveau international dès la fin des années « 1980 ».
Longtemps resté un des héros et un model social pour la jeunesse dans son Congo natal avec des groupes tels que Zaïko Langa Langa, Isifi Lokole et Yoka Lokole, WEMBA a atteint le statut de ‘’Superstar’’ au début des années « 1990 » avec son groupe Viva La Musica.
Cela va lui valoir inévitablement une carrière internationale qui prend ses sources dans la réponse au succès international de ses chansons. WEMBA met alors sur pied le groupe Molokai International pour ensuite jeter son dévolu sur l’international en guise de reconnaissance.
Papa WEMBA qui a toujours chanté dans sa langue maternelle, s’attache alors à la compagnie de Peter Gabriel de Musique et de Danse dans (WOMAD) tour. Tout est alors fixé. L’audience mondial étant là !
Né Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba le 14 Juin 1949, dans la région du Kasai, dans l’ancien Congo belge, plus tard, le Zaïre et maintenant République démocratique du Congo, WEMBA fait partie de la tribu des ‘’Tetela’’. Membre actif de celle-ci, il a été élevé comme un descendant direct d’une longue lignée des chefs guerriers de ‘’Batetela’’.
Plus tard, il a obtenu le statut complet ‘’Tetela’’ guerrier chef à partir des anciens du clan pour sa contribution à la musique et à la culture. Sa famille a déménagé à la capitale Congolaise de Kinshasa quand il avait six ans. Sa mère, qui est morte en 1973, était une «pleureuse» ou pleureuse professionnelle, engagée à chanter lors des funérailles.
WEMBA considère sa mère comme une des principales personnes qui l’influence et qui l’inspire.
Enfant, il passait plusieurs jours à la regarder dans son travail. Il le souligne si clairement ici sur son site officiel:
« Si ma Mère était encore en vie, je serais riche en mots et riche en mélodies ». « Elle était mon premier professeur et mon premier public ». Après la mort de son père en 1966, a rejoint le chœur WEMBA de l’église catholique Saint-Joseph. Il a renoncé à la musique religieuse quand il a quitté l’église, mais compte comme une influence.
Zaiko Langa Langa, un groupe Africain populaire
Quel Africain toute génération confondue ne connait pas le groupe Zaïko Langa Langa fondé par papa WEMBA qui est devenu l’un des groupes de jeunes les plus populaires de la nation du mouvement Rhumba-rock ? Son style de chant, influencé par R & B Américain, lui avait valu le surnom de «Presley».
Mais lorsque le Président Mobutu SESE SEKO avait lance sa campagne «d’authenticité» modelée d’après révolution culturelle Chinoise en 1971, Zaïko Langa Langa a prospéré. La campagne a institué un retour à l’identité Zaïroise, et le président Mobutu a incité les Zaïrois à abandonner leurs prénoms occidentaux, WEMBA cesse alors d’utiliser son prénom, Jules, ainsi que son surnom, Presley et abandonne la musique d’influence Européenne et de mode pour se constituer en un groupe Zaïrois authentique.
Le Zaïko Langa Langa se présente comme une influence musicale nationaliste à laquelle en ce temps, toute la jeunesse Zaïroise adhère. La formation est bien zaïroise, et Papa WEMBA soutient à visage découvert la campagne du président Mobutu qui faisait appel aux jeunes zaïrois pour se dresser contre l’impérialisme Européen.
Un énorme succès et une influence très conséquente. Sur le site de WEMBA, on peut bien lire que l’impact du groupe sur la culture musicale du Zaïre est même comparée à celle des ‘’Sex Pistols’’ en la Grande-Bretagne, à la fin des années « 1970 ».
WEMBA a rappelé comme une période grisante et rebelle, quand lui et ses acolytes ont été des icones avec la musique. Ils ont utilisé autant que six chanteurs, et abandonnèrent les instruments à vent traditionnels pour les instruments électriques et des machines à tambour.
WEMBA a composé beaucoup de chansons à succès avec le groupe, notamment « Pauline », « C’est La Vérité », « Chouchouna, » et « Liwa Ya Somo. »
La volte face
En 1974, le groupe se dissout en raison de différents internes. Le succès de papa WEMBA est ensuite bref après la création des groupes « Isifi Lokole et Yoka Lokole », les deux années suivantes.
Alors commence l’histoire de la communauté du village Molokai à Kinshasa en 1977. WEMBA met en place un concept de commune pour les musiciens. Il y fonde son propre groupe, Viva La Musica peu de temps après.
En tant que chef de ce village, il prend le surnom de «Papa».
Le nom « Viva La Musica » quand à lui vient d’un titre de l’album « New York salsa étoiles » de Johnny Pacheco.
Considéré désormais comme un leadeur d’opinion, Papa WEMBA débute son nouveau combat en Février 1977 par la campagne pour l’authenticité. Soudainement le nouveau groupe de WEMBA est influencé par la culture occidentale. Et là surgit un facteur nouveau la mode.
Pour lui, l’appel qu’il avait alors lancé aux jeunes Zaïrois, avait bien fait plus de bien aux dirigeants qu’à la population.
Pour attirer alors l’attention des ascenseurs du gouvernement il a bien décidé de se concentrer sur les vêtements (être très bien habillé) pour donner un autre charme dans ces performances, « avait-il déclaré dans une interview avec le magazine de musique Straight No Chaser comme pour donner la réplique aux barons congolais avec leurs grands traits de vie ». « Qui va se négliger ? ». Les membres du groupe portent de ce fait des vêtements Européens interdits au Zaïre.
Chaque chanteur du groupe enfile un béret de couleur différente, et les fans portent la couleur de leur chanteur préféré. Une des premières chansons de ‘’Viva La Musica’’ a été tout de même consacrée à la première épouse du président Mobutu qui n’a pris pas mal de risque en soutenant cette cause. En moins d’un an, la formation, ‘’Viva La Musica’’ est nommé meilleur orchestre et Papa WEMBA, Meilleur Chanteur et « Mère Supérieure » Meilleure chanson par le quotidien de Kinshasa, Elima.
Les deux prochaines années ont vu une vague incroyable de popularité pour le groupe, alimenté par une série de chansons à succès et des danses, y compris « Moku Nyon Nyon », « Nyekesse Migue’l, » et « Cou Cou Dindon ».
Paris ouvre et offre un nouveau monde à WEMBA
Après un voyage de 1977 à Paris, WEMBA est convaincu qu’il y a un marché pour la musique Zaïroise à l’étranger. Parce que les actes musicaux que l’Etat-parrainé ont été autorisés à visiter en dehors du Zaïre, cependant, il y avait peu de chance de le trouver. Ainsi, en 1979 WEMBA a pris une pause de six mois à partir de la bande et se dirigea vers Paris pour rejoindre le groupe Afrisa International.
La collaboration a produit ces singles comme « Ngambo Moko » et « Lèvres Roses. » WEMBA réalise avec Afrisa international sur Zaïroise la télévision d’Etat, des exploits en performance musicale, tout en faisant des tournées avec son groupe au Sénégal, en Allemagne et autres… La grande République Française lui offre des connexions Européennes pour consolider sa crédibilité tout le temps, en matière de carrière internationale, à travers le monde entier. « Je parle du cœur quand je dis que Paris m’a permis d’aller partout – pour atteindre le sommet du show-business international, » a t-il déclaré à CNN.
Au moment où il retourne au Zaïre, la position du « pro-authenticité » avait changé. Il avait eu un avant-goût de l’Europe et aimé. Il a lancé le mouvement de la jeunesse Sapeur ou SAPE (Société des Poseurs et des personnes de l’élégance) pour promouvoir la vie propre et l’éducation pour la jeunesse africaine.
Le mouvement est controversé au détriment du strict code vestimentaire de la campagne « Authenticité » pour permettre les importations européennes.
Mais WEMBA n’hésite pas à bafouer ce code vestimentaire à la télévision Zaïroise en direct en 1981, ravissant du coup les adolescents Zaïrois.
La musique de WEMBA reste cependant ancrée dans la tradition, jusqu’à ce qu’il tombe le 24 avril dernier sur une scène. Papa WEMBA est donc mort pour que vive ‘’Papa WEMBA’’ ? Ne dit-on pas qu’un artiste ne meurt jamais ?
Dossier réalisé par Firmin Koto