Djeli Moussa Condé : Le griot de Ménilmontant récidive avec « Womama »
On le réclamait depuis 2 ans. Il est enfin là ! Avec « Womama », mais aussi avec une annonce choc sur l’immigration. Pendant que le discours de l’opinion est plus en plus favorable en Europe à sédentarisation de l’Africain, Djeli Moussa Condé pense plutôt le contraire. « Je ne peux pas pour prétexte que la vie est dure en Europe, conseiller aux jeunes Africains de rester en Afrique » répondait-il à la journaliste qui l’interrogeait le weekend dernier dans le journal de TV5 à la question de savoir ce qu’il conseillerait aux jeunes Africains tentés par l’aventure Européenne.
Et de renchérir à la journaliste que la situation générale du monde est de plus en plus favorable à une migration des peuples du monde entier avec leurs savoirs et leurs cultures. Le temps de cette présentation de son deuxième album solo dont la sortie est prévue le 6 avril prochain avec à la clef un concert au Pan Piper le 10 avril 2015.
Ce natif de l’Afrique, bien que talentueux a eu beaucoup de difficultés à obtenir son titre de séjour en France. Mais pour autant il ne veut généraliser son cas aux autres jeunes Africains qui sont tentés par l’aventure en Europe ou dans le monde tout entier. Et de conclure « c’est difficile autant en Afrique qu’ici en Europe. Mais faut-il pour autant rester les bras croisés » ?
La musique de ce petit fils de griot est une musique de paix et d’amour que tout le monde peut écouter et cela se matérialise bien palpable dans cet album, qui encore une fois est un hymne à la femme donc à l’amour même si cet opus montre quelque peu l’envers du décor chez la femme sous nos tropiques.
Né en Guinée-Conakry, Djeli Moussa Condé s’est installé à Ménilmontant en arrivant à Paris. Au cœur de ce quartier populaire de l’Est parisien, le joueur de kora a imaginé avec la complicité du percussionniste, arrangeur et producteur Vincent Lassalle ce qui est aujourd’hui une carrière bien menée avec deux albums solo aux « accents world » et de bonnes factures.
Mais avant cette belle carrière qui fait passer désormais Djeli Moussa Condé de l’autre côté de la rive de la galère. Il devenait un soir des années « 1993 » par la force des choses un clandestin, mais un clandestin dont le nom apparaîtra tout de même au côté de quelques grands de la musique. Un clandestin qui finira par obtenir des papiers, en bonne et due forme avant le changement de millénaire. Plus tard, en 2003, il signe « Aduna » avec la chanteuse New-yorkaise de blues Janice de Rosa et la complicité, entre autres, de Jean-Philippe Rykiel.
Il a collaboré avec de nombreux artistes tel que Manu Dibango, Salif Keïta, Mory Kanté, Richard Bona, Alpha Blondy, Cesária Évora, Hank Jones, Cheick Tidiane Seck, Janice De Rosa et a sorti son premier album solo en mars 2012. Couramment appelé Djeli, il est également surnommé le Griot de Ménilmontant.
Condé est issu d’une famille de griots et apprend très jeune l’art du chant et de la kora. Pendant quatre ans le maître Lamine Sissoko lui enseigne cet instrument et la culture musicale de son pays. Très doué, Djeli se voit décerner par l’Unesco le diplôme de participation au premier Festival de Kora d’Afrique de l’Ouest à Conakry. Déjà, il commence à exprimer ses talents de compositeur. Il part ensuite à l’aventure, durant plusieurs années, à travers l’Afrique de l’ouest.
Il voyage et séjourne en Gambie, Sénégal, Mali, jusqu’à Abidjan, où il est repéré par Souleyman Koly, et devient de 1989 à 1993, auteur-compositeur de l’ensemble Kotéba d’Abidjan. Il participe à de nombreuses tournées à travers le monde et compose quatre morceaux pour « Waramba », premier Opéra Mandingue primé au Festival d’Avignon en 1993.
Djeli Moussa arrive à Paris en 1993, où il décide de s’installer afin d’y découvrir les nombreuses influences musicales qui y coexistent et de donner un sens à sa vie. Sans papiers, il est parrainé par Bernadette Lafont et Musiciens sans frontières et aura son titre de séjour après une longue lutte.
Firmin Koto