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Des femmes solidaires de Saint-Malo parrainent de jeunes nomades afar:«LUTTER CONTRE L’EXCISION EN ETHIOPIE»

Christine Avignon | | Evènements

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Depuis 2005, l’association «Femmes solidaires» a mis en place un projet afin de lutter contre l’excision en pays Afar, à Gawani. Une vingtaine de Malouines associées au projet parrainent des petites filles entre un et dix ans afin que leurs mères refusent de faire exciser.

«Dans certaines régions, une femme sur deux meurt d’hémorragie en accouchant. Des fillettes meurent également d’hémorragie à la suite de leur mariage. Et il y a bien sûr le sida, transmis par l’outil non désinfecté de l’exciseuse ou de la matrone qui coupe l’infibulation au moment de l’accouchement» explique Jacqueline Lohat, la présidente de l’association «Femmes solidaires» en pays malouin. «L’autre problème lié à l’excision, c’est la fistule qui fait de ces femmes de vraies parias ; plus personne ne veut d’elles, ni le mari, ni la famille». Une situation difficile à imaginer quand on vit en France, même si des excisions ont aussi lieu ici et là dans certaines familles en Europe. Les femmes de l’association «Femmes solidaires» ont donc décidé d’agir.

Le projet d’aide aux jeunes éthiopiennes a été initié par la djiboutienne Aïcha Dabalé, membre de la direction nationale de «Femmes solidaires» et présidente de l’association éthiopienne «Karera». Elle a elle-même subi une excision et une infibulation à l’âge de sept ans. A dix-sept ans, elle a créé le premier comité contre les mutilations génitales féminines, alors que c’était à l’époque (en 1975) un sujet tabou. A 19 ans, Aicha Dabalé est mariée de force à un ancien sénateur français de 59 ans, devenu premier ministre de Djibouti. Elle tente de nombreuses fugues, en vain. En 1981, elle réussit cependant à s’enfuir, à l’occasion d’un voyage en France. Malheureusement, fin 1982, elle rentre à Djibouti suite au décès de son frère aîné. Son passeport lui est aussitôt confisqué. De nouveau bloquée, elle réussit cependant à divorcer, organisant une campagne de pétitions pour dénoncer l’attitude de son mari. En 1985, elle tente d’organiser de grandes actions de lutte contre la famine en Ethiopie. Mais les autorités, qui considère Aicha Dabalé comme une opposante politique, bloquent peu à peu toutes ses initiatives. Avec l’aide d’amis français, Aicha Dabalé rejoint alors l’Ethiopie pour se lancer dans l’aide aux populations nomades Afar, parmi les plus pauvres de la région. Elle vit aujourd’hui à Paris, où elle milite pour améliorer les conditions de vie des femmes en Afrique et ailleurs dans le monde.

Le projet de marrainage des fillettes éthiopiennes («une idée de femmes pour aider d’autres femmes»), consiste à aider financièrement les femmes qui refusent l’excision. Chaque marraine envoie tous les mois 15 euros à l’association, qui les reverse à la famille de la filleule. «Les femmes et les fillettes qui refusent l’excision vont à l’encontre de la tradition et sont mises à l’index de leur communauté» souligne Mauricette Daumer, la secrétaire de l’association malouine, «le but du marrainage est d’inverser la tendance. Chaque fillette non excisée aura une marraine pour lui permettre d’être scolarisée, bien habillée, et donc de faire envie aux autres». Le marrainage de l’association «Femmes solidaires» concerne des fillettes afar avec ou sans parents, venant de campements nomades. Sur place, en Ethiopie, l’association «Karera» est référente. Une des membres de cette association va régulièrement visiter les familles afin de contrôler la santé et l’intégrité des fillettes. C’est elle qui alloue l’argent du marrainage. Elle tient également les marraines informées de l’évolution de leurs filleules. Quelques membres de l’association «Femmes solidaires» se rendent quant à elles sur place ou une deux fois par an.

Les marraines s’engagent pour une durée d’un an minimum. Si au bout d’un an elles ne peuvent plus continuer à donner régulièrement de l’argent, l’association trouve une autre marraine pour la fillette, afin que l’aide se prolonge dans la durée. Il y a actuellement une vingtaine de marrainages en cours dans la région de Saint-Malo. Un refuge pour les femmes qui refusent l’excision de leurs filles va être construit dans les mois à venir, avec l’accord du gouvernement éthiopien. On y trouvera une salle de classe, un dispensaire, et des ateliers d’artisanat y seront organisés. Le but à long terme étant que ces femmes rejetées par leur communauté acquièrent une certaine indépendance économique.
Si vous souhaitez devenir marraine ou faire un don à l’association afin de soutenir le projet, vous pouvez contacter Mauricette Daumer au 02.99.48.33.57. ou Jacqueline Lohat au 02.99.81.03.08., ou encore visiter le site de l’association : www.femmes-solidaires.org

LEXIQUE DES MUTILATIONS GENITALES FEMININES

Excision : Ablation de la partie externe prépondérante du clitoris et de son capuchon, et possiblement des petites lèvres. Elle est généralement pratiquée sur les fillettes entre 4 et 12 ans. En cas de chirurgie réparatrice, on utilise la partie interne (qui mesure environ 4cm) pour reconstruire le clitoris.

Infibulation : Suture de la majeure partie des grandes ou des petites lèvres de la vulve, ne laissant qu’une petite ouverture pour l’urine et les menstruations. Au premier rapport sexuel, le mari l’élargit ou l’incise pour entrer son pénis. Avant l’accouchement, la matrone coupe l’infibulation pour laisser passer le bébé.

Fistule : Trou dans un organe survenu à la suite de violences, mutilations sexuelles, accouchements difficiles… ayant pour conséquence la perte d’urine continuelle, voire des selles, inconfort aggravé par l’odeur nauséabonde. Les femmes qui en sont victimes sont souvent rejetées par leur famille.

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