Côte d’Ivoire / Les 4 étoiles du Kouroubi : un festival qui met en lumière une pratique ancestrale oubliée

Des coups de sifflets, des cris, des battements de tam-tam… Ce 28 septembre 2025, la bibliothèque nationale du Plateau s’est transformée en scène vivante où le Kouroubi, danse ancestrale longtemps reléguée à l’ombre, a brillé de nouveau sous les projecteurs lors du festival « Les 4 étoiles du kouroubi ».

Un festival haut en couleurs et en émotions

Il est un peu plus de 15 heures lorsque les tambours résonnent. À l’entrée de la salle, on entend déjà les cris et les sifflets des festivaliers. Le décor est posé : la bibliothèque nationale du Plateau ressemble à une grande cour de village. Les spectateurs, venus de Kong, Dabakala, Bouna et Bondoukou, s’installent avec impatience. Des guides religieux ont élevé leurs bénédictions sur la cérémonie, sous le regard attentif des autorités venues marquer leur soutien.

Puis surgissent les danseuses des “4 étoiles du Kouroubi” (Kong, Dabakala, Bouna et Bondoukou). Drapées dans leurs tenues traditionnelles, le cou et les poignets ornés de bijoux étincelants, elles avancent avec dignité. Dans leurs mains, des chasse-mouches en queue de cheval ou de bœuf se balancent au rythme des tambours, symboles de noblesse et d’élégance. À chaque mouvement, le djembé pulse, les regards s’illuminent, et la foule s’embrase.

« J’ai eu l’idée de créer ce festival il y a 5 ans et je la mets en pratique cette année. J’ai appelé mes sœurs de Bondoukou et de Dabakala que je représente. J’ai souvent dit à mes autres sœurs qu’on a l’habitude de voir des danses à Abidjan qui ne viennent pas de chez nous. On ne rejette pas la danse des autres mais il faudrait qu’on mette pour nous en exergue », explique Cissé Makoko, initiatrice du festival.

« Il est des trésors qu’on ne garde pas dans un coffre mais dans la mémoire et dans le cœur. Il y a des héritages qui ne sont pas forcément des biens matériels mais une dignité, une fierté et une lumière. Et le Kouroubi est cet héritage, ce joyau de notre identité et notre culture. C’est important qu’on montre nos traditions aux yeux du monde entier. » a-t-elle ajouté.

Le message touche le public. Le représentant du parrain de la cérémonie, Diabagaté Daouda, a salué l’aspect rassembleur de l’événement, mettant en avant l’importance de préserver nos valeurs culturelles et de renforcer les liens entre générations à travers de telles initiatives.

Le Kouroubi, entre rite de passage et tradition menacée

Le Kouroubi n’est pas qu’un spectacle. Derrière les chants et les danses se cache une tradition profondément ancrée dans l’histoire des peuples du nord-est de la Côte d’Ivoire.

Pratiqué à partir du 26ᵉ ou 27ᵉ jour du Ramadan jusqu’à la veille de l’Aïd-el-Kebîr, ce rituel marquait autrefois la transition des jeunes filles vers l’âge adulte. Vêtues de leurs plus beaux vêtements, elles exécutaient les pas de danse sous le regard attentif de leur communauté. Pour certaines, c’était aussi le moment d’être remarquées par de futurs prétendants.

Mais depuis les années 1990, le Kouroubi a perdu du terrain. La montée de l’islam rigoriste, la modernisation des modes de vie et l’absence de transmission intergénérationnelle ont contribué à son recul.

Pourtant, chez celles et ceux qui continuent de le pratiquer, l’attachement reste intact. « Nous sommes fiers de pratiquer cette danse parce que c’est notre identité culturelle et c’est à travers elle qu’on nous connaît… », confie Camara Adjara, danseuse du Kouroubi, originaire de Bouna.

Dans la salle, chaque coup de tambour résonne comme une promesse : celle de ne pas laisser ce patrimoine disparaître. Le festival des 4 étoiles du Kouroubi apparaît ainsi comme un acte de préservation, une façon de redonner au Kouroubi la place qu’il mérite dans la mémoire collective.

La soirée s’achève dans une atmosphère d’effervescence et de partage. Les applaudissements couvrent encore les échos du djembé. Ce soir-là, le Kouroubi n’était pas seulement une danse : il était une mémoire, une fierté, une renaissance.

Et alors que les spectateurs quittent la bibliothèque nationale du plateau, une question flotte dans l’air : si une tradition peut renaître sur une scène, pourquoi ne pas la faire vivre, encore et toujours, dans le cœur des villages et des familles ?

Innocent Konan

Innocent KONAN: Journaliste de formation, je suis passionné par les sujets d'actualité liés à la culture, la politique, l'économie, la technologie (cryptomonnaies, fintech, insurtech) et la société. Avec un master 2 en journalisme en poche, je mets mes compétences au service de l'information en tant que secrétaire de rédaction chez 100pour100culture. Ma curiosité et mon adaptabilité me permettent d'aborder une grande variété de sujets avec rigueur et clarté.