Bamba Idrissa, promoteur du Woroba Tour : « Nos musiques sont vivantes et universelles »

Le samedi 11 avril 2026, la Salle Brasil Tropical à Paris accueillera le Concert de la Renaissance – Woroba Tour, un événement culturel majeur dédié aux sonorités mandingues. Porté par Bamba Idrissa, promoteur du concert, ce grand rendez-vous musical réunira sur une même scène Mahi Thourey, Kadi Joli, Mawa Choco, Mawa Gouana, Mouandou Junior, Matouba National, Saly Junior, Mariam Sicobois et Fanta de San Pedro. À travers un dialogue musical entre le Bafing, le Worodougou et le Denguélé, cette soirée placée sous le signe de la renaissance culturelle promet une célébration vibrante de la musique ivoirienne et de son héritage vivant en diaspora.

Le Concert de la Renaissance – Woroba Tour est présenté comme un événement culturel majeur. Pourquoi avoir choisi le mot “Renaissance” ?

Le mot Renaissance n’est pas choisi au hasard. Il renvoie à une volonté profonde de réveil culturel et identitaire. Les musiques mandingues, notamment celles du Bafing, du Worodougou et du Denguélé, portent une histoire, une mémoire et une spiritualité qui ont parfois été marginalisées. Ce concert est une manière de dire : nos cultures sont vivantes, actuelles et puissantes. Il s’agit de leur redonner une place centrale, notamment auprès de la diaspora. 

Le concert met en avant un “clash musical” entre le Bafing, le Worodougou et le Denguélé. Quelle est l’idée derrière ce concept ?

Quand on parle de clash, il ne s’agit pas d’opposition conflictuelle, mais plutôt d’un dialogue musical. Chaque région a ses rythmes, ses sonorités, ses instruments, ses codes. Le clash permet de montrer cette richesse, cette diversité, tout en soulignant une racine commune mandingue. C’est une manière ludique et pédagogique de faire découvrir les spécificités de chaque aire culturelle.

Quel rôle joue EBV Music dans la valorisation des musiques traditionnelles africaines en Europe ?

EBV Music est née d’un constat simple : beaucoup de talents existent, mais peu de structures les accompagnent sérieusement sur le long terme. Notre rôle est de produire, diffuser et professionnaliser des artistes tout en respectant leur identité culturelle. En Europe, et particulièrement à Paris, il y a une forte attente autour de ces musiques dites “traditionnelles”, mais qui sont en réalité très modernes dans leur message.

Pourquoi avoir choisi Paris pour cette étape du Woroba Tour ?

Paris est une capitale culturelle mondiale, mais aussi un point de convergence majeur de la diaspora ivoirienne et ouest-africaine. Organiser ce concert à Paris, c’est créer un pont entre le continent africain et la diaspora. C’est aussi une manière de montrer que ces musiques ont toute leur place sur les grandes scènes internationales.

À qui s’adresse ce concert ? Un public initié ou le grand public ?

 À tout le monde. Aux connaisseurs bien sûr, mais aussi à celles et ceux qui découvrent. Nous voulons casser l’idée que la musique mandingue est réservée à un cercle fermé. Elle parle d’amour, de courage, de transmission, de communauté. Ce sont des valeurs universelles.

Peut-on parler d’un acte culturel engagé ?

 Oui, clairement. Aujourd’hui, préserver et transmettre nos cultures est un acte de résistance douce. Dans un monde très standardisé, proposer des sonorités enracinées, des langues locales, des récits ancestraux, c’est affirmer notre identité sans confrontation, mais avec fierté.

Quel message souhaitez-vous que le public retienne en sortant de la Salle Brasil Tropical ?

 J’aimerais que le public reparte avec un sentiment de connexion : connexion à ses racines pour certains, découverte pour d’autres. Et surtout l’idée que la culture africaine n’est pas figée dans le passé, elle est en mouvement, créative et tournée vers l’avenir.

Après Paris, quelles sont les perspectives pour EBV Music et le Woroba Tour ?

L’objectif est de pérenniser ce type de rendez-vous, d’élargir le tour à d’autres villes européennes et, à terme, de renforcer les échanges entre artistes du continent et de la diaspora. EBV Music continuera d’investir dans la production, la formation et la transmission culturelle.

Un mot pour la jeunesse africaine et afro-descendante ?

Je leur dirais : ne reniez jamais ce que vous êtes. Vos cultures sont une richesse, pas un frein. La musique, l’art et la culture sont des outils puissants pour raconter votre histoire avec vos propres mots.

Le Concert de la Renaissance – Woroba Tour s’inscrit aussi comme un moment d’hommage. Vous avez souhaité associer plusieurs parrains à cette cérémonie. Quelle est la place de ces figures dans cet événement  

Ce concert n’aurait pas la même portée sans celles et ceux qui, depuis des années, soutiennent, protègent et valorisent la culture mandingue. Les parrains que nous avons souhaité associer à cette cérémonie sont des personnes de référence, des piliers, parfois dans l’ombre, mais dont l’engagement est réel.

À travers cet hommage, il s’agit pour nous de reconnaître leur contribution, leur transmission et leur fidélité à nos valeurs culturelles. C’est aussi une manière de rappeler que la culture ne se construit jamais seule : elle est le fruit d’un héritage collectif, porté par des hommes et des femmes engagés.

Ce moment d’hommage est donc à la fois un acte de respect, de gratitude et de continuité.

Firmin Koto

Firmin Koto: